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Piazza Armerina
Derniers feux de la culture antique
Au cœur de la Sicile, nichée dans une vallée verdoyante au pied du mont Mangore, près du fleuve Gela, la villa del Casale offre aux regards un ensemble archéologique exceptionnel à l'allure de palais datant du début du IVe siècle et dont les pavements de mosaïques riches et complexes constituent le fleuron.

Une grande propriété

Construite entre 310 et 340, sur les ruines d'une ancienne – et modeste – maison de campagne, sans doute détruite par un séisme à l'aube du IVe siècle, la villa est alors le centre d'une vaste latifundia. Elle contrôle notamment l'agglomération voisine de Philosophiana – l'actuelle Sophiana –, étape commerciale sur la route Catane-Agrigente. Le nom de son propriétaire a fait l'objet de spéculations, mais reste à ce jour inconnu. On a d'abord supposé que la villa del Casale était une résidence impériale. Des recherches plus récentes donnent à penser que son propriétaire était un riche sénateur, peut-être d'origine africaine. A cette époque de crise, les villes périclitent et les véritables centres de la vie sociale sont les villas des riches propriétaires appartenant à l'aristocratie sénatoriale. Un petit autel votif conservé au fond du vestibule d'entrée porte probablement l'emblème de sa famille : une feuille de lierre dans une couronne...

Espace public / espace privé

Construit en terrasses sur quatre niveaux, l'ensemble est monumental et se déploie selon une organisation complexe articulant le public et le privé, l'ostentatoire et l'intime. Les invités de marque traversent d'abord une vaste cour d'accès dont les murs étaient ornés de personnages en pied grandeur nature. Ils passent ensuite sous une porte monumentale ornée de fontaines et accèdent à une deuxième cour à portique. Enfin, ils parviennent au vestibule. Au sol, la mosaïque met en scène la cérémonie d'accueil : un ensemble de porteurs de candélabres, de rameaux, de tablettes forme un chœur majestueux et quelque peu intimidant.
Puis il leur faut contourner un grand jardin orné de bassins à la forme compliquée en empruntant un portique de colonnes corinthiennes en granit avec des chapiteaux de marbre blanc. Au sol, quatre-vingt-quatre protomés d'animaux inscrits dans des couronnes de lauriers.
Enfin, après avoir traversé le corridor de « la grande chasse » et gravi quelques degrés, ils accèdent à la basilique, le lieu des grandes cérémonies publiques, richement pavée de marbre et dominée par une statue d'Hercule. Les mosaïques « publiques » qui ornent cet espace ont un rôle social et symbolique. La grande salle d'accès aux thermes publics est ainsi décorée d'une représentation très fidèle, presque « documentaire », du Circus Maximus à Rome, avec la course des quadriges qui tournent autour de la spina. « La grande chasse », la mosaïque la plus impressionnante de la villa, met en scène la capture d'animaux vivants destinés aux jeux de l'amphithéâtre. De la Maurétanie à l'Inde, tigres et éléphants, phénix et autruches sont piégés, transportés dans des chariots puis sur des bateaux et débarqués au port de Rome, sous le contrôle de fonctionnaires qui assument ainsi sans doute l'une des charges du patricien propriétaire de la villa, ostensiblement rappelée.
Une telle solennité cohabite avec des activités plus décontractées, d'images de la vie quotidienne faite d'oisiveté et de loisir. Scènes de danse, de pêche ou de vendanges. « La petite chasse » fait le récit des étapes de cette activité très prisée par les élites dans une Sicile alors couverte de forêts, du sacrifice à Diane jusqu'à la dégustation, en plein air, de gibier. Enfin, dans une chambre donnant sur le portique du jardin intérieur, dix jeunes femmes au corps élancé, vêtues de ce que l'on a comparé à des bikinis, pratiquent des jeux athlétiques : haltères, lancer du disque, jeux de balle...

Une haute culture

Car plus encore sans doute que la monumentalité des ruines, ce sont les mosaïques qui, aujourd'hui, suscitent l'émerveillement du visiteur. On sait qu'elles sont l'œuvre de deux mosaïstes originaires – comme peut-être le propriétaire des lieux – d'Afrique du Nord ou y ayant travaillé. Le marbre qui servit à fabriquer les tesselles fut transporté de Tripolitaine, de Maurétanie, de Numidie et de Sicile, c'est-à-dire de toutes les parties de l'actuelle Afrique du Nord.
Leur programme iconographique exceptionnel dessine le portrait d'une personnalité de grande culture, enracinée dans la tradition de l'Antiquité païenne – alors que nous sommes déjà au IVe siècle après J.-C. –, capable de commander un ensemble très original et d'une haute tenue.
Dans les appartements privés, au décor particulièrement raffiné, les allusions littéraires, musicales, théâtrales mettent en exergue la lutte entre l'élément rationnel et l'élément bestial, entre l'harmonie de l'art et le chaos sauvage. Arion joue de la lyre sur le dos d'un dauphin, enchantant de sa musique les habitants de la mer, néréides, tritons, centaures marins. Dans une scène symétrique, Orphée apaise les animaux sauvages. Plus loin, Ulysse, prisonnier du cyclope Polyphème, lui tend une coupe de vin dans le but de le soûler : supériorité de l'intelligence sur la force brute. Toutes ces scènes trouvent leur sens dans l'antichambre du grand appartement privé. Là, une mosaïque montre la lutte entre Pan et Eros. Pan est accompagné d'un groupe dionysiaque, silènes, satyres et ménades. Eros est assisté par trois femmes et deux enfants. Ces femmes et ces enfants sont des êtres réels, ils faisaient sans doute partie de la famille du commanditaire : fascinante proximité des dieux et des hommes, conscience aiguë de son appartenance culturelle, chant du cygne de la civilisation païenne antique.

De l'oubli à la renaissance

Toujours plus dégradée, partiellement détruite, la villa reste pourtant occupée à l'époque byzantine et même après la conquête musulmane de l’île. Le coup de grâce lui est probablement donné vers 1155 par le souverain normand de Sicile, Guillaume le Mauvais. Les derniers habitants quittent alors ce qui reste de la villa pour s'installer dans la localité voisine de Piazza Armerina.
Son existence est ensuite presque oubliée et une partie de son territoire utilisé pour l'agriculture. Repérée au XVIIIe siècle par les érudits, les premiers fragments de colonnes et de mosaïques sont exhumés au siècle suivant. Il faut toutefois attendre 1929 pour voir les premières fouilles organisées. Plusieurs campagnes se succèdent : en 1935-1939 et, surtout, de 1950 à 1960, conduites par l'archéologue G. V. Gentili. La magnificence de la villa del Casale – en particulier ses plus belles mosaïques – est alors révélée. Elle constitue aujourd'hui le vestige le plus important de la présence romaine en Sicile et un témoignage unique et inégalé de la culture antique tardive.
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