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La Scuola grande di san Rocco à Venise
Un écrin de pierre et de marbre pour Le Tintoret
Apparues vers 1250, les Scuole de Venise abritaient, sous le patronage d'un saint protecteur, des confréries laïques d'entraide et de bienfaisance. Au XVe siècle, on en comptait déjà plusieurs centaines, dont les plus riches – déclarées grande – rivalisaient de munificence. Derrière une façade ostensiblement somptueuse, se déployait, au rez-de-chaussée, une vaste pièce aux fonctions religieuses. A l'étage, les membres se réunissaient dans la salle capitulaire ou dans la salle de l'Albergo, généralement plus petite.

Saint Roch contre la peste
Fondée en 1478 après une épidémie de peste, la Scuola di san Rocco fut dédiée à saint Roch, qu'on invoquait alors contre la maladie. Originaire de Montpellier, il aurait été atteint du fléau lors d'un voyage, avant d'être miraculeusement guéri par un ange. En 1485, la translation de ses reliques à Venise contribua au prestige de la confrérie et assura sa prospérité.
Dès 1489, une église fut bâtie dans le quartier San Polo, puis, à partir de 1516, on entreprit à quelques mètres à peine de distance, la construction du siège même de la Scuola. Le chantier fut confié d'abord à Pietro Bon, puis à Sante Lombardo, et, enfin, à Antonio Scarpagnino. Sur la façade déjà « riche d'une multitude d'ornements », ce dernier ajouta une double rangée de colonnes, insufflant ainsi un nouveau rythme à l'édifice, paré d'une plus grande majesté. A sa mort, en 1549, la Scuola di san Rocco était déjà presque achevée. De style Renaissance, elle était ponctuée de réminiscences gothiques, et décorée de marbres polychromes.

L'entrée en scène du Tintoret
A l'extérieur, elle incarnait ainsi la splendeur de la dévotion propre à Venise, où l'on associait plus volontiers la piété à la beauté qu'au renoncement ascétique. Mais, à l'intérieur, la sobriété l'emporta, pour des raisons financières, pendant de longues années. Les jours de cérémonie, on se contentait d'accrocher des tentures con figure, louées ou achetées à bas prix. C'est seulement au mois de mai 1564, que la confrérie prit officiellement la décision de faire décorer la salle de l'Albergo du premier étage en commençant par l'ovale central du plafond.
Un concours public fut organisé et l'on demanda aux candidats, parmi lesquels figurait Véronèse, de présenter leurs dessins préparatoires. Jacopo Robusti, dit « Le Tintoret », alors âgé de cinquante ans, était déjà célèbre, mais souvent décrié. L'Arétin lui-même lui reprochait de peindre trop vite. Or, c'est précisément cette rapidité d'exécution qui lui permit de s'imposer. A la place de l'ébauche demandée, c'est une toile achevée qu'il posa directement « là où elle devait aller » et, pour contrer les dernières réticences, il s'empressa de l'offrir gracieusement à la Scuola. Son Saint Roch au milieu d'un ciel, rencontrant Dieu le Père avec les anges constitua ainsi la première des cinquante-six œuvres qui viendraient orner dans les trente années suivantes les murs et plafonds du prestigieux édifice. Cette exclusivité vallut à la Scuola grande di san Rocco le surnom de « chapelle Sixtine de Venise ».

La salle de l'Albergo
Autour de La Gloire de saint Roch, Le Tintoret ordonna ensuite une série d'allégories encadrées aux quatre extrémités du plafond par quatre putti figurant les saisons. Puis, entre 1565 et 1567, il entreprit sur les parois un cycle iconographique dédié à la Passion du Christ et dont la particularité est d'être présenté à rebours. Sur douze mètres de long se déploie au fond une immense Crucifixion, à laquelle font face sur le mur d'entrée, la Montée au calvaire, l'Ecce homo et le Christ devant Pilate.
En entrant dans la salle, le spectateur est ainsi confronté d'emblée à la verticalité de la croix, mais, pas plus que les multiples épisodes juxtaposés les uns à côté des autres, celle-ci ne semble pas véritablement s'inscrire dans le temps. Le peintre a choisi en effet de représenter l'instant où l'on redresse le bois du supplice, plutôt que la crucifixion même. A travers une trame narrative inhabituelle, la Passion se joue sous nos yeux tout en restant insaisissable. On n'échappe à cette vertigineuse spirale qu'en empruntant à l'envers le chemin de croix, qu'en remontant le fil du temps jusqu'à la scène du Christ devant Pilate. Là, droit et silencieux, nimbé de lumière dans son vêtement blanc, Jésus affirme, immobile au milieu du tumulte, la certitude de la rédemption.

La sala grande superiore
Lorsque l'on décida, en 1575, de faire décorer la salle capitulaire du premier étage, Le Tintoret s'engagea à la repeindre entièrement en échange d'une rente viagère de tout juste cent ducats. La proposition était tellement avantageuse qu'à nouveau, il eut raison de ses détracteurs. Au plafond à caissons, orné de dorures et de magnifiques boiseries, il commença par représenter des scènes de l'Ancien Testament. Au moment où il peignait les épisodes les plus importants de la vie de Moïse – avec, au centre, le Miracle du serpent d'airain, et, de part et d'autre, la Récolte de la manne et Moïse faisant jaillir l'eau du rocher –, une terrible épidémie de peste venait de ravager la ville. Le spectacle de la maladie associée à la misère, influença certainement le peintre et ses commanditaires, soucieux de rappeler la fonction avant tout caritative de la scuola, son devoir d'assistance aux malades, aux affamés et aux assoiffés.
Le thème de l'Eucharistie enfin, dont le concile de Trente venait de réaffirmer l'absolue nécessité, est lui aussi omniprésent dans ce grand cycle pictural, achevé en 1581. Ainsi, dans La Nativité, les bergers présentent deux pains au petit Jésus qui les surplombe, et, dans La Cène, le Christ porte à la bouche de saint Pierre une véritable hostie. Déjà, au plafond, on pouvait voir la figure d'Elie recevant du pain et de l'eau d'un ange.

Les dernières fresques
Espace de méditation, plutôt que de représentation, la salle du bas resta longtemps dépourvue de décorations. C'est seulement entre 1582 et 1587 que Jacopo réalisa des peintures cette fois consacrées à la Vierge et à l'enfance du Christ. Agé de 78 ans, le maître parvint ici à renouveler son univers pictural par le traitement inédit de la lumière, désormais prépondérante, et par ses recherches naturalistes. Dans la Fuite en Egypte, le monde extérieur déjà ne semble plus un simple décor, mais l'expression d'une réalité cosmique, presque palpable.
Dans les panneaux vraisemblablement dédiés à Marie-Madeleine et à Marie l'Egyptienne, la figure de la femme-ermite lisant le monde comme elle lirait un livre, s'inscrit au sein d'une nature obscure en elle-même, mais inondée d'une lumière surnaturelle. Bientôt, au terme de sa vie, Le Tintoret révéla à travers ses mystérieux paysages une véritable géographie de l'âme.
Pour découvrir la Scuola di San Rocco avec Clio
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