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La place de la Seigneurie à Florence
Champ de bataille politique et artistique
C'est sur la place de la Seigneurie que bat le cœur de Florence, riche cité d'artisans, de commerçants et de banquiers qui connut son apogée entre le XIIIe et le XVIe siècle. La place de la Seigneurie constitue un magnifique ensemble architectural et artistique où se superposent les traces de l'histoire de la ville. Au Moyen Age, la cité est déchirée entre les Gibelins, qui soutiennent les intérêts impériaux et laïcs, et les Guelfes qui sont partisans du pape. La place de la Seigneurie, centre politique de la cité, prend forme quand les Guelfes l'emportent en 1266 et rasent les maisons-tours des nobles Gibelins exilés. C'est sur cet espace où il ne reste que quelques ruines, qu'à la fin du XIIIe siècle est bâti le palais destiné à abriter les institutions de la nouvelle République de Florence instaurée par les Guelfes.
La place doit en effet son nom au palais della Signoria, siège du gouvernement où vivent ensemble et cloîtrés les prieurs des Arts et les gonfaloniers de la Justice, élus tour à tour pour deux mois afin de n'être pas tentés de s'approprier le pouvoir. Conçu comme une forteresse dans un style gothique sévère, le palais domine la place de ses créneaux à mâchicoulis derrière lesquels surgit le haut beffroi dont la cloche appelle aux assemblées. Il conservera sa fonction de résidence officielle des représentants politiques de la ville sous le règne des Médicis et quand, en 1494, après la fuite de Pierre de Médicis devant les troupes françaises de Charles VIII, le prieur dominicain Jérôme Savonarole fonde une république de la Vertu, il y résidera à son tour. La place de la Seigneurie est alors le théâtre de ses prêches enfiévrés où, contre l'humanisme de la Renaissance, il en appelle à un retour à l'ascétisme chrétien. Il y fait dresser les « bûchers des vanités » où les Florentins repentants viennent jeter pêle-mêle parures, miroirs, livres, instruments de musique et tableaux profanes. C'est sur cette même place qu'il sera à son tour torturé et brûlé le 23 mai 1498.
Après le retour des Médicis au pouvoir, au XVIe siècle, le grand-duc Côme demandera à Vasari de réaménager le Palazzo della Signoria pour en faire une demeure grand-ducale plus plaisante, ornée de somptueux décors mêlant Histoire et correspondances mythologiques à la gloire de la dynastie. Cette seconde vie du palais est illustrée par ses gracieuses colonnes adornées par Vasari et l'élégante cour à portiques qui s'ouvre sur la place. C'est lorsque le grand-duc s'installe, à la fin du XVIe siècle, au palais Pitti, que le Palazzo della Signoria prend le nom de Palazzo Vecchio.
Les façades tout autour de la place offrent un exemple de l'architecture de la fin du Gothique et du tout début de la Renaissance italienne, l'époque de Dante, de Giotto et de Cimabue, tandis qu'à l'opposé du Palazzio Vecchio, s'ouvrent les monumentales arcades du palais des Offices, chef-d’œuvre de Vasari destiné à loger l'administration du grand-duché. Aujourd'hui, le palais des Offices est surtout pour nous l'écrin d'une des plus riches galeries de peintures du monde : de la terrasse du café Rivoire on se prend à rêver, en regardant ses fenêtres, que l'ange de Simone Martini ou la Vénus de Botticelli viennent parfois s'y pencher pour admirer les statues de la place…



Un musée à ciel ouvert : l'eau et le feu

Dans la Loggia et sur la place, en effet, s'offrent aux passants plusieurs sculptures à l'histoire souvent mouvementée, car les maîtres de la ville, représentants de la République ou des Médicis, se battent souvent à coups de chefs-d'œuvre exposés sur la place pour immortaliser chacun de leur triomphe, si éphémère soit-il.
En 1495, Benvenutto Cellini signe le Persée brandissant la tête de Méduse. Ce calme triomphe sur la Gorgone qui symbolise la force maîtrisée et la confiance en la destinée humaine est pourtant le fruit d'un défi technique que l'orgueilleux Cellini mit tant de fièvre à relever qu'il y brûla sa maison ! Au même moment, en 1495, les républicains installent à la porte du Palazzo Vecchio la splendide Judith tuant Holopherne de Donatello commandée par les Médicis avant leur chute… Sous la Loggia dei Lanzi, on découvre un Enlèvement des Sabines de Giambologna où le beau mouvement des corps en spirale – qui est sa marque de fabrique – fut arraché à un bloc ingrat dont personne ne savait que faire. Le Neptune de la fontaine qui orne la place a le visage de Cosme Ier et fut réalisé à l'occasion des noces de son fils aîné, François de Médicis, avec Anne d'Autriche. Le choix de Neptune symbolise les efforts de Florence pour créer une flotte de galères et dominer les mers. Mais l'eau coule aussi pour faire oublier aux Florentins le feu : autour de Neptune s'ébattent joyeusement les faunes et naïades sensuelles d'Ammanati, images de la licence si violemment condamnée naguère par le républicain Savonarole…
Enfin, s'affrontent de part et d'autre de l'entrée du Palazzo Vecchio une copie du sublime David de Michel-Ange, dont l'original est à l'Académie, et le Hercule et Cacus de Bandinelli. Le David a été commandé à Michel-Ange par le conseil de la République pour célébrer la défaite des Médicis identifiés à Goliath. Le groupe Hercule et Cacus, où Hercule a les traits de Cosme Ier, lui fait pendant pour marquer le retour de la dynastie au pouvoir. Michel-Ange fut pressenti, mais c'est finalement Baccio Bandinelli qui le réalisa. Peut-être fut-il peu inspiré par la facile victoire d'Hercule sur un simple voleur de vaches ? Lorsqu'il fut dévoilé en 1534, l’œuvre déclencha les lazzis des Florentins, bons critiques d'art par nature, et Vasari, ennemi et rival de Bandinelli, moqua la musculature hypertrophiée qui le fait ressembler à « un sac plein de melons »…
Entre les deux, le lion stoïque, emblème de la Florence républicaine, le fameux Marzocco de Donatello (dont l'original est au musée du Bargello), se souvient que, du Moyen Age au XVIIIe siècle, on entendait parfois sur la place les rugissements d'une trentaine de ses congénères de chair et d'os, pieusement entretenus par tous les pouvoirs, qui se sont succédé à Florence et qui ont laissé leur nom à la via dei Leoni qui passe derrière le Palazzo Vecchio...
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