Logo Clio
Service voyages
Service voyages
La cité baroque de Noto
Un somptueux « jardin de pierre »
Accrochée entre ciel et terre dans le grandiose paysage des monts Hybléens, la ville de Noto fut entièrement reconstruite à l'issue du terrible séisme du 11 janvier 1693. D'une violence jusque-là inédite, la catastrophe fit littéralement table rase de vingt-trois villes et villages du Sud-Est de la Sicile, entraînant avec elle la ruine, la désolation et la disparition de la moitié de la population. Pour conjurer la mort, les habitants soutenus par la couronne espagnole, édifièrent à 18 kilomètres du site primitif un centre urbain totalement nouveau, dans le style répandu alors partout en Europe : le baroque. Porté ici à son apogée, ce dernier réconcilie, au moyen d'une extraordinaire scénographie urbaine, tous les contraires : la rigueur et l'exubérance, le foisonnement et la retenue, les courbes et les creux, l'émotion et la raison. Trois siècles après sa fondation, Noto demeure ainsi pour les amoureux de l'art une véritable fête, tant pour les sens que pour l'esprit, et offre un témoignage fascinant de la lutte que livre parfois la civilisation à la nature.

« Et la terre trembla ! »

Le soir du 11 janvier 1693, alors que s'achevaient les derniers offices du dimanche, la terre trembla dans le val de Noto, réduisant ainsi la région entière à un vaste champ de ruines. Après l'onde de choc, une question se pose immédiatement aux survivants : doit-on reconstruire sur les vestiges anciens ou édifier ex nihilo un nouveau centre urbain ? Cette question divise profondément la population au point qu'on adopte parfois une solution médiane ainsi qu’il en fut à Raguse. A Noto, on organise une consultation publique auprès des habitants qui, vivement encouragés à la fois par l'aristocratie locale et le pouvoir royal, acceptent de quitter définitivement les pentes du mont Alvéria pour s'installer, à plusieurs kilomètres de distance, sur un plateau calcaire plus proche de la mer. A cet emplacement en effet, trois grandes familles – les Trigona, les Impellizeri et les Villadorata – consentent à vendre leurs différents terrains, qui, réunis les uns aux autres, forment une vaste esplanade bordée de pentes, mieux adaptée à l'ambitieux projet de planification urbaine.

Une profusion bien ordonnée

Une partie de l'élite aristocratique va dès lors marquer partout son empreinte dans la ville neuve de Noto. L'enjeu est de taille : il s'agit pour elle de réaffirmer symboliquement sa puissance dans le tissu architectural de la cité. Les ruelles tortueuses et étroites sont reléguées à des temps barbares, et le réseau urbain est soumis désormais à un strict quadrillage. On privilégie ainsi une approche érudite et scientifique, en laissant place à de longues artères rectilignes, et en dégageant de part et d'autre tout l'espace nécessaire à l'édification de vastes places et de grandioses monuments, civils ou religieux. La fièvre architecturale qui allait ainsi animer Noto pendant des décennies ne fut jamais le simple fruit du hasard, mais fut mûrement pensée dès l'origine.

Les premiers maîtres d'œuvre

Mandaté par la couronne pour superviser la reconstruction des villes sinistrées, Giuseppe Lanza, duc de Camastra, joua à cet égard un rôle essentiel. En premier, il s'attacha à rapporter les reliques de saint Conrad Confalioneri, honoré à Noto depuis le XIVe siècle. Cette translation de l'ancien site vers le nouveau faisait figure de justification religieuse et investissait la cité en devenir d'une dimension sacrée. Sur les conseils de Giovanni Battista Landolina, un aristocrate féru d'urbanisme, Lanza élabora aussi les plans originels, répartissant les différents quartiers de la ville selon l'appartenance sociale des habitants.

Dès les premières années, on distingue deux ensembles reliés par des escaliers : le premier, sur la colline, s'ordonnant autour d'une place centrale, et le second en contrebas, traversé par une immense avenue – l'actuel Corso Vittorio Emmanuele III – que scande une succession d'autres places. Cet axe principal fut tracé d'est en ouest, recevant ainsi les rayons du soleil à toutes les heures du jour. C'est à Angelo Italia, jésuite et de surcroît architecte, qu'on doit le plan de la ville-basse, caractérisée encore aujourd'hui par une multitude d'églises et de couvents. Dès la fin du XVIIIe siècle, les visiteurs pouvaient même se demander « si la population n'était pas constituée que de prêtres et de nonnes ! ».

L'architecture baroque

Très lentement, les premiers édifices, succédant aux baraquements de fortune, dessinent le visage de la ville. L'arrivée de l'architecte Rosario Gagliardi, originaire de Syracuse et émule du grand Borromini, donne une impulsion nouvelle à ce vaste chantier. On lui doit de multiples chefs-d'œuvre – églises, places et palais – savamment agencés au sein de perspectives vertigineuses : à l'extrémité des rues pentues, les façades concaves et convexes se creusent ou se gonflent à l'envie, et entraînent comme par surprise le regard dans une mise en scène de pierre, qui, répondant en cela à l'esthétique baroque, semble mimer le mouvement même de la vie. Sous sa direction naissent ainsi, au bord de la piazza XVI Maggio, l'église San Domenico, comme recourbée vers l'intérieur, ou encore la blanche et or Chiesa di Santa Chiara, caractérisée, elle, par son ovale.

Sur la Via Nicolaci, l'immense palais Villadorata fut dessiné par Paolo Labisi, une autre grande figure du baroque sicilien. Doté de quatre-vingt-dix pièces, d'une rampe permettant de pénétrer à l'étage noble sans descendre de cheval, ainsi que d'une foisonnante décoration extérieure, il témoigne non seulement d'un attachement au decorum, mais aussi d'un goût pour l'extravagance : sous des balcons ventrus s'avancent, sculptés dans la pierre, chevaux ailés, sirènes, centaures et marmousets. Vincenzo Sinatra enfin, élève de Rosario Gagliardi, dessine, dans l'esprit de son maître, la Chiesa del Carmine en la parant d'une façade concave, même s'il s'orientera au terme de sa carrière vers le style néoclassique. Dès la fin du XVIIIe siècle en effet, la grandiose expressivité du baroque semble passée de mode. Le Français Vivant Denon, parcourant alors la Sicile, décrit ainsi Noto comme bâtie « à la honte des arts », et se demande si elle n'aurait pas gagné à être reconstruite « selon les bons modèles de l'architecture simple, noble et sage » !

Le mépris et la redécouverte

Il faudra attendre le XXe siècle pour que les critiques, sous l'impulsion des Britanniques Osbert Sitwell et Anthony Blunt, rendent justice à Noto. Cesare Brandi, selon une expression désormais consacrée, verra ainsi en elle un véritable « jardin de pierre ». Œuvre de l'esprit, signe du triomphe de la vie sur la mort, l'extraordinaire cité n'en demeure pas moins fragile face à une nature toujours menaçante. La cathédrale Saint-Nicolas, emblématique de ce style qui fit la gloire de Noto, ne fut pas épargnée par les secousses ultérieures et, mal entretenue, vit son dôme s'écrouler en 1996. Plaie béante au cœur de la ville, l'édifice fut pourtant reconstruit pierre par pierre avant de renaître de ses cendres en 2006. Quatre années plus tôt, c'est tout le val baroque de Noto qui fut classé au patrimoine mondial de l'humanité, accédant ainsi à une reconnaissance définitive.
Partir en voyage avec Clio
IT 61 - 7 jours

Riche de sa farouche beauté, l’ancienne Trinacrie a vu se succéder, au fil de son Histoire, toutes les civilisations qui dominèrent l’espace méditerranéen. C’est à la pointe occidentale de l’île que s’installèrent ... Découvrir ce voyage
IT 62 - 12 jours

Riche d’un passé trimillénaire, la Sicile révèle au voyageur les strates successives qui ont composé une Histoire aussi brillante que conflictuelle. Ulysse et ses marins y affrontèrent Charybde et Scylla ... Découvrir ce voyage
 

 
Mentions légales Conditions Générales de vente Comment s'inscrire Hôtels à Paris Vos assurances Qui sommes-nous ? Clio recrute Nous contacter