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« Si la visite de Pompéi évoque la vie d’une cité arrêtée d’un seul coup par un cataclysme, une promenade dans Cumes suggère au contraire les transformations et les destructions que les générations successives firent subir à l’œuvre de leurs prédécesseurs. » C’est en ces termes que Georges Vallet, directeur de l’Institut français de Naples, résume bien ce qui fait l’originalité de Cumes, premier avant-poste de l’hellénisme en Italie du Sud avant de devenir, quelques siècles plus tard, l’un des lieux de villégiature recherchés par les riches Romains sur la « riviera » campanienne.

La première cité de l’Occident grec

Ce sont les Eubéens installés à Pithecuse (Ischia) qui ont fondé Cumes vers 750 avant J.-C. Selon Strabon, les Chalcidiens et les colons venus de Cumes d’Eubée ont alors chassé les indigènes Opiques. La cité connut un rapide développement entre la fin du VIIIe et le début du VIe siècle et ce furent ses habitants qui fondèrent, au début du VIIe siècle, Parthénopé, la future Néapolis. En 524, puis en 474, Cumes remporta deux victoires décisives contre les Etrusques qui entendaient lui contester le contrôle de la côte campanienne. Son hégémonie régionale n’en est pas moins ruinée quand les Samnites s’emparent de la ville en 420 avant J.-C. Moins d’un siècle plus tard, en -338, Rome impose sa domination sur le littoral et les riches plaines de l’arrière-pays. Aidé par l’architecte Lucius Cocceius, Agrippa, le second d’Octave, transforme le lieu en une puissante base navale au Ier siècle avant J.-C., mais, après la victoire obtenue à Actium sur la flotte d’Antoine et de Cléopâtre, c’est Misène qui sera le port militaire de la région, et Cumes redeviendra un lieu sacré, avant que les communautés chrétiennes ne transforment en catacombes l’antre de la sibylle.

Un patrimoine archéologique mis au jour tardivement

Les premières découvertes des vestiges de l’ancienne cité eurent lieu par hasard au début du XVIIe siècle, à l’occasion de travaux de bonification des terres touchées par la malaria. Des fouilles systématiques furent entreprises au XIXe siècle, mais les pillages clandestins perpétrés dans les nécropoles avaient déjà affecté le patrimoine archéologique local, encore appauvri entre 1910 et 1916 à la faveur des travaux d’assèchement du marais de Licola, comblé avec la terre prélevée dans la zone des nécropoles. On avait pourtant découvert dès 1912 le temple d’Apollon, et l’exploration conduite de 1924 à 1932 par Vittorio Spinazzola et Amedeo Maiuri permit d’identifier, outre l’antre de la Sibylle, la Crypta romana et le temple de Jupiter installé sur la plus haute terrasse de l’acropole. Les recherches se sont poursuivies depuis et ont permis la mise au jour des établissements primitifs, hellénistiques et romains, ainsi que la découverte d’installations thermales et de plusieurs nécropoles. Bien protégée et s’avançant vers la mer, l’euboica rupes qu’évoque Virgile dans son Enéide fut ensuite protégée, au Ve siècle avant J.-C., par des ouvrages fortifiés construits en blocs de tuf, la roche volcanique caractéristique du lieu. Ces aménagements se poursuivirent tout au long de l’Antiquité qui vit la muraille de l’acropole se raccorder à l’enceinte qui délimitait l’aire rectangulaire de la ville basse. Un tel dispositif permettait de surveiller la mer depuis l’acropole, et l’intérieur des terres depuis le flanc de la montagne. Edifié sur une plate-forme artificielle, le temple de Jupiter s’élevait sur la plus haute terrasse de l’acropole avant d’être remplacé, au Ve siècle après J.-C., par une église paléochrétienne à cinq nefs. Construit sur une terrasse inférieure, le temple d’Apollon fut remanié à l’époque de l’occupation samnite puis entièrement rebâti sous Auguste, avant d’être transformé lui aussi en église chrétienne. On a aussi dégagé, entre 1925 et 1930, la grande galerie qui, complètement obstruée par des décombres, avait été creusée sous le mont de Cumes. On crut d’abord avoir affaire à l’antre de la Sibylle, mais on s’aperçut assez vite qu’il s’agissait d’un passage souterrain, désigné aujourd’hui sous le nom de Crypta romana, percé dans le tuf sous l’acropole à l’époque d’Auguste pour améliorer les communications entre le port et la cité ainsi reliée au sinistre lac Averne où Homère puis Virgile ont placé l’entrée des Enfers visités par Ulysse et par Enée.

Le lieu où prophétisait la sibylle

Amedeo Maiuri a découvert en 1932, sur la bordure méridionale de l’acropole, une longue galerie creusée dans la roche, qu’il identifia immédiatement comme l’antre de la sibylle, la caverne où s’exprimait la prophétesse inspirée par Apollon. Un lieu décrit par Virgile en ces termes : « La paroi énorme de la roche était taillée en forme d’antre où conduisaient cent larges entrées et cent portes ; il en sortait autant de voix, réponses de la Sibylle. » La présence d’un disque de bronze daté du VIIe siècle avant notre ère et portant une inscription indiquant que « Héra ne permet pas que l’on retourne consulter l’oracle » confirma l’intuition de l’archéologue. L’antre ainsi découvert est un tunnel de section trapézoïdale de plus de 130 mètres de long, ouvert sur six galeries latérales. On rencontre à mi-chemin des galeries secondaires aménagées en citernes probablement destinées aux lustrations rituelles. Le tunnel débouche sur une pièce rectangulaire voûtée comportant trois grandes niches dont l’une permet l’accès à un espace plus petit, également creusé de trois niches, sans doute l’habitation de la prophétesse et le lieu où elle rendait ses oracles. La galerie principale semble être un ouvrage grec du VIe ou Ve siècles avant J.-C., alors que les autres aménagements remontent sans doute à l’époque hellénistique, voire romaine; il se peut que la galerie ait été creusée à l’origine pour d’autres usages (une réserve de vivres pour les défenseurs de l’acropole ?) mais le caractère sacré de l’ensemble est confirmé par le fait qu’un étroit passage le reliait au temple d’Apollon voisin. De plus, la description de l’antre de la sibylle que nous a laissée le Pseudo-Justin correspond exactement à la galerie dégagée quinze siècles plus tard.

Tirée de l’oubli, l’ancienne Cumes recèle encore de nombreux vestiges et demeure un chantier d’envergure où une équipe archéologique française – dont le dynamisme a été reconnu il y a quelques années par l’octroi du prix Clio – poursuit l’étude des nécropoles et du paysage urbain antique.
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IT 42 - 8 jours

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