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A Agrigente, le présent regarde le passé. Sur une haute colline, la ville médiévale surgit, telle une hydre aux mille HLM blancs. A ses pieds, vers la mer qui moutonne en contrebas, Akragas, la ville grecque, est toujours là, au milieu des amandiers, des pins et des oliviers. La cité aux dix temples aligne dans la vallée les restes de sa gloire passée, celle qui, d'après Polybe, la faisait « surpasser la plupart des autres villes en force et en beauté ».

Une jeune colonie grecque
L'Akragas des Grecs est un de leurs derniers établissements en Sicile. Fondée en 581 av. J.-C. par les Rhodiens de Gela, elle appartient de fait à la seconde génération de colonies, celles qui furent créées par d'autres villes siciliennes. Son ascension est fulgurante. Malgré les côtes de l'île, réputées périlleuses, on trafique allègrement avec la « mère-patrie », cette lointaine Grèce qui importe du blé et apporte du marbre et des vases. On commerce aussi avec l'Etrurie, alors à son apogée, riche en minerai de fer. Et puis l'Afrique est toute proche, en particulier Carthage, que Rome n'a pas encore réduite au silence. Les habitants d'Agrigente y convoitent la pourpre, les parfums, la verroterie et l'or. A l'instar de toutes les régions les plus civilisées du monde grec, le régime des tyrans s'installe en Sicile. Le plus célèbre d'entre eux, Phalaris d'Agrigente, est aussi le plus cruel : il est passé à la postérité pour son légendaire taureau de bronze dans lequel il ébouillantait ses ennemis ! Avec la prospérité, les mœurs s'assagissent rapidement, et naît alors une civilisation parmi les plus plantureuses et voluptueuse qui soient. Les citoyens portent des étoffes molles, un lac artificiel regorge de poissons, rien ne freine l'audace des architectes et des urbanistes. Partout, c'est le triomphe du bel effet, l'amour du colossal et de l'ostentatoire : Agrigente atteint, à son apogée, les cent mille habitants. Sa plus grande gloire est Empédocle, tout à la fois mage, guérisseur, politique, ingénieur et, tout de même aussi, philosophe présocratique. On connaît sa fin singulière dans les braises de l'Etna, qui ne rejeta de lui qu'une sandale !
Ces temps fastes sont clos avec le pouvoir de Rome, et la cité coule alors des jours paisibles, avant que les Arabes puis les Normands ne s'en emparent. Ces derniers la baptisent Girgenti et déplacent le centre sur la colline où s'élevait l'ancienne acropole grecque. Elle n'est plus qu'une bourgade un peu assoupie quand y voit le jour, en 1867, l'illustre écrivain Luigi Pirandello.


La vallée des Temples
On rencontre « un immense amas de colonnes éboulées, tombées tantôt en ligne, et côte à côte, comme des soldats morts, tantôt écroulées en chaos ». Maupassant a bien saisi le destin qu'un tremblement de terre à l'époque byzantine a réservé à Akragas. Heureusement, depuis l'auteur de Bel Ami, les archéologues sont passés par là et ont rendu à Agrigente une bonne part de sa splendeur passée. A l'entrée de l'étroite terrasse qui accueille la zone centrale de la ville, les quatre colonnes redressées du temple de Castor et Pollux sont devenues l'emblème d'Agrigente. En réalité consacré à Perséphone et Déméter, il détache sur un ciel souvent limpide la blondeur de son entablement, comme suspendu dans l'air vibrant. Plus à l'est, le temple de Jupiter olympien est peut-être le dernier construit en ces lieux, et il est resté inachevé. Ses dimensions colossales en font le plus vaste temple dorique de l'Antiquité (113 m x 56,30 m). Dans ses entrecolonnements étaient placés des Atlantes ou Télamons, qui soutenaient de leurs bras musculeux le lourd entablement. L'un d'eux git encore sur le sol, brisé, comme un géant que la foudre de Zeus aurait frappé, pour expier quelque faute inconnue...
Cet amoncellement de blocs écroulés rend encore plus majestueux le temple de la Concorde. Daté de 440 av. J.-C., il est le mieux conservé des temples doriques de Sicile. Presque intact, il était sans doute dédié aux Dioscures. Par une ironie de l'Histoire, c'est le décret pris par Théodose en 395, interdisant désormais la fréquentation des édifices païens, qui l'a sauvé : la population chrétienne d'Agrigente, en expansion constante, cherchait des lieux adaptés à ses assemblées (ecclesia, qui a donné « église »). La demeure de Castor et Pollux devint donc celle du Dieu des chrétiens, et le temple, peu transformé et bien entretenu, a traversé les millénaires comme par miracle. Au soleil couchant, il apparaît, doré par les derniers feux, avant que les projecteurs ne prennent le relais. Tout en bas, l'obscurité recouvre le plateau, et il se détache alors, presque irréel, dans une impression d'éternité.

Agrigente possède encore d'autres temples, un des plus riches musées archéologiques de Sicile, ce qui n'est pas peu dire, et la vie animée de son centre moderne, entre Duomo et Corso.
Surtout, Akragas nous offre, par delà les âges, la magnificence d'une cité grecque et sicilienne. Les siècles l'ont dorée d'une chaude patine, elle lance haut dans le ciel les frontons de ses temples, comme pour affirmer à la face des hommes que la civilisation qui l'a voulue et qui l'a bâtie n'est pas tout à fait morte, mais nous a été offerte en un héritage unique et précieux.
Pour visiter Agrigente avec Clio
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