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Le quartier de la Nouvelle-Djoulfa
Les Arméniens d'Ispahan
Ispahan, rose fleurie du Paradis, merveille des merveilles, muse sans égale de la poésie persane... Drapée dans l'éclat immaculé de son architecture, cette « moitié du monde » éveille toujours l'admiration qu'elle suscitait du temps où, au faîte de sa puissance, elle était capitale de l'empire séfévide. Au cœur de la ville actuelle se niche un quartier qui excite la curiosité des voyageurs de passage : le quartier arménien de la Nouvelle-Djoulfa qui s'étire depuis plus de quatre siècles le long de la rive sud du Zayandeh Rud, offrant le spectacle étonnant de ses églises érigées au milieu des dômes bleutés des mosquées d'Ispahan.

Naissance d'une diaspora

C'est au tournant des XVIe et XVIIe siècles que débute l'histoire singulière de cet entrelacs de ruelles. Le Chah Abbas Ier le Grand (1588-1629), qui règne sur la Perse, est alors en lutte contre l'Empire ottoman qui menace ses frontières occidentales. Le souverain décide, en 1598, de transférer la capitale de Tabriz, jugée trop vulnérable, à Ispahan. Suite aux importantes conquêtes réalisées en terres ottomanes, le chah cherche à consolider ses positions et se résout à déporter la population arménienne de Djoulfa, située dans l'actuel Nakhitchevan, vers sa nouvelle capitale tout en dévastant la région du mont Ararat. Par cette politique de la terre brûlée, Abbas Ier pensait dissuader de futures incursions ottomanes. Mais son intention était surtout d'exploiter l'aptitude au commerce des Arméniens : il ne se préoccupait pas seulement d'embellir sa nouvelle résidence, il voulait encore la rendre riche et industrieuse. La déportation se fait au cours de l'année 1605 dans des conditions épouvantables, et les chroniques racontent comment de nombreuses familles trouvèrent la mort durant la traversée forcée de la rivière Araxes. En souvenir de ce douloureux exil, le quartier dans lequel ils s'installèrent prit le nom de Nouvelle-Djoulfa et devint une véritable ville dans la ville.

Heurs et malheurs des Arméniens d'Ispahan

Dès les premières années, et en dépit de la déportation toute proche, le souverain se montra très libéral et tolérant envers les Arméniens de la Nouvelle-Djoulfa dont le sort apparaît très enviable par rapport à d'autres minorités, comme les Géorgiens iraniens et les Circassiens. Libres d'exercer leur culte et exemptés de certaines taxes, les Djoulfaiens essaimèrent et devinrent l'une des communautés commerçantes les plus prospères de leur temps, s'adossant sur un réseau qui s'étendait d'Amsterdam à Manille. Selon Fernand Braudel, ils furent les « successeurs de la riche bourgeoisie des marchands italiens, un temps maîtresse de la Méditerranée entière » ; « présents dans la presque totalité de l’univers marchand, [...] ils ont rayonné sur le monde à partir de la Nouvelle-Djoulfa ». Brocarts, lunettes de vue, miroirs, ambre ou encore montres et horloges : toute sorte de biens sont négociés par les marchands arméniens qui tiennent, de surcroît, tous les maillons du commerce de la soie jusqu’en Europe, réduisant les intermédiaires et augmentant les profits. Ainsi, les grands desseins du chah se réalisèrent : chrétiens en terres d'Orient, les Arméniens de la Nouvelle-Djoulfa servaient d'interface entre les marchés européens et les marchés asiatiques, au grand bénéfice de la cour royal et des grandes maisons nobles qui auraient difficilement pu se passer des services du commerce djoulfaien au XVIIe siècle. Leur contribution à la construction de l’Etat séfévide et au rayonnement d'Ispahan valut aux Djoulfaiens une sollicitude toute particulière qui se traduisait symboliquement par la présence du chah aux festivités de Noël, de Pâques et de l'Ascension dans la cathédrale de Djoulfa. Une anecdote raconte que le chah Safi Ier (1629-1642) venait souvent dîner dans le quartier arménien : libérées des interdits alimentaires propres à l'islam, les tables arméniennes étaient une redoutable tentation pour le gourmet royal. Malheureusement, le chah se rendit une fois malade et, par crainte d'encourir le courroux royal, ses hôtes arméniens préférèrent se donner la mort.

Les libéralités accordées aux Arméniens s'éteignent avec les derniers Séfévides et, aux premières lueurs du XVIIIe siècle, les souverains afsharides leur imposent de lourdes taxations et autres vexations qui pousseront certains sur les routes d'un nouvel exil. En 1747, Aghazar Lazarian, l'un des plus hauts responsables de Djoulfa, émigre en Russie, s'installant à Astrakhan, puis à Moscou où son fils Joachim fondit l'institut Lazarev (l'institut des peuples d'Asie) en 1815. Dans la décennie 1880, l'archéologue Jane Dieulafoy pouvait décrire une Nouvelle-Djoulfa encore marquée par le souvenir des privilèges du XVIIe siècle. On racontait ainsi que, sous les Séfévides, un Djoulfaien nouvellement enrichi pouvait échapper à l'impôt lorsque sa fortune ne s'élevait qu'à quarante mille tomans, tandis que, deux siècles plus tard, on aurait bien de la peine à réunir une telle somme dans Djoulfa tout entière. Un fort sentiment d'appartenance à la Nouvelle-Djoulfa s'est construit chez les Arméniens d'Ispahan, tant dans les années fastes que dans les périodes d'avanies. Au XIXe siècle, le Persan est encore une langue étrangère pour une bonne partie des Djoulfaiens et les conversions au chiisme duodécimain sont mal perçues.

Une signature architecturale originale

Les particularismes de la Nouvelle-Djoulfa ne s'arrêtent pas aux vicissitudes d'une histoire tourmentée : l'architecture du quartier porte l'empreinte caractéristique de la communauté arménienne d'Ispahan. De nos jours, il reste treize églises sur les vingt mentionnées dans les sources. Bâties exclusivement sous les Séfévides, entre 1606 et 1728, elles témoignent de la profondeur de l'interaction entre les influences occidentales et perses à cette époque. Comme ailleurs pour les réseaux commerciaux, les Djoulfaiens se sont montrés ici médiateurs entre les arts d'Europe et ceux d'Asie. Les édifices religieux relèvent extérieurement et techniquement de l'architecture séfévide tandis que l'ordonnancement intérieur, dérivé des traditionnelles église en pierre d'Arménie, satisfait pleinement aux impératifs liturgiques de l’Eglise apostolique arménienne. Coiffée d'un dôme circulaire, à l'instar des mosquées séfévides de cette époque, les églises arméniennes s'intègrent harmonieusement dans le paysage d'Ispahan. Construite entre 1658 et 1662, la cathédrale Saint-Sauveur est l'édifice le plus remarquable de la Nouvelle-Djoulfa. Elle se distingue par ses admirables fresques intérieures qui furent vraisemblablement en partie conçues et exécutées par un peintre européen aidé d'artisans locaux. Le dôme central, finement ciselé d'or et de bleu, retrace le mythe de la Genèse, depuis la Création divine jusqu'à la chute d'Adam, alors que le plafond du narthex se pare de motifs floraux dont le style n'est pas sans évoquer celui des miniatures persanes. Les fresques des murs se divisent en deux sections distinctes : dans la partie supérieure se déploie le récit évangélique de la vie de Jésus tandis que la partie inférieure expose les tribulations du peuple arménien en terre ottomane.

Entre terre d'exil et terre d'accueil

L'enclave culturelle que constitue la Nouvelle-Djoulfa en plein cœur de la république islamique d'Iran peut surprendre le voyageur peu au fait d'une l'histoire iranienne dont les remous et les constantes sont bien plus profonds que ne le laissent supposer l'actualité la plus brûlante et les divergences diplomatiques. Les Djoulfaiens forment toujours l'un des principaux centres de la diaspora arménienne et l'Iran une terre d'accueil dont la légitimité plonge ses racines dans les siècles antérieurs. Par contraste, l’Azerbaïdjan voisin a fait détruire entre 1998 et 2005 le cimetière arménien de l'ancienne Djoulfa, vieux de 1 300 ans. Le but était d'effacer toute trace de l'ancien peuplement arménien dans cette région âprement disputée par l’Etat arménien. Le quartier d'Ispahan demeure ainsi le seul souvenir de l'ancienne Djoulfa.
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