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Le fort Rouge d'Agra
Sous le sceau des Moghols
Si le Taj Mahal, célèbre mausolée de marbre, révèle la splendeur et le raffinement culturel de l’ancienne capitale moghole d’Agra, le majestueux fort de grès rouge édifié à quelques centaines de mètres, sur la rive droite de la Yamuna, laisse entrevoir la puissance atteinte par cet empire aujourd’hui disparu et qui, à son apogée, à la fin du XVIIe siècle, s’étendait sur la plus grande partie de l’Inde. Citadelle longtemps réputée imprenable, le fort Rouge abrite, derrière un mur d’enceinte long de 2,5 kilomètres, non seulement palais, jardins, pavillons et mosquées, mais encore d’anciennes et prestigieuses salles d’audience et de gouvernement. Fondé en 1563 par l’empereur Akbar, âgé seulement alors de 23 ans, il fut remanié, modifié, agrandi par ses successeurs pendant près de deux cents ans et porte ainsi la marque du style moghol depuis sa naissance jusqu’à son inéluctable déclin entamé au XVIIIe siècle en même temps que la décadence progressive de l’empire. Ensemble incomparable d’architecture indo-islamique, où le marbre et les pierres précieuses finirent par le disputer au grès originel, il fut inscrit au patrimoine mondial de l’humanité en 1983.

Depuis les origines jusqu’à l’époque d’Akbar

Dès le XIe siècle est fait mention à Agra d’une citadelle sur le promontoire naturel qui commande la rive droite de la Yamuna et si l’on en n’a pas de traces écrites, les premières fortifications bâties en cet endroit sont sans doute beaucoup plus anciennes. On suppose même qu’elles remontent au IIIe siècle avant J.-C., à l’époque d’Ashoka, l’un des empereurs de la dynastie hindoue des Maurya. Pour autant, en dépit de son ancienneté, la cité d’Agra ne devient une ville d’envergure qu’après sa conquête par les Moghols. Babur (1483-1530), fondateur de la dynastie, fut ainsi le premier à la choisir comme capitale et c’est à Akbar (1542-1605) que l’on doit sa véritable transformation sur le plan architectural. De 1565 à 1574, ce dernier fait détruire l’ancienne enceinte dans sa totalité et confie à Mohammed Qasim Khan la construction d’une nouvelle forteresse en grès rouge, dont les contours irréguliers rappellent la forme d’un demi-cercle, ouvert sur l’extérieur par quatre portes monumentales. La principale d’entre elles, dite “la porte de Delhi”, encadrée par deux énormes tours octogonales, a conservé jusqu’à nos jours sa forme originelle. Au-delà un second mur double la première enceinte, délimitant ainsi un profond fossé, autrefois rempli d’eau, en cas de siège.

A l’intérieur allaient aussi s’élever de nombreux palais et pavillons, séparés les uns des autres par des jardins d’agrément, dont les essences et les fontaines semblaient évoquer le paradis. L’écrivain persan Abul al-fazl ibn Mubarak (1551-1602), historiographe de la cour d’Akbar, décrit “cinquante édifices de pierre construits dans les styles du Gugerat et du Bengale”. Mais, parmi eux, seul le palais de Jahangir est demeuré intact. Il révèle les influences croisées qui allaient façonner l’art moghol et aboutir à ce syncrétisme singulier. La décoration extérieure offre ainsi au regard, dans la pure tradition mauresque, d’élégants carreaux de céramique et ces arcs outrepassés caractéristiques des motifs à mihrab ou encore des portes voûtées à  iwan. L’agencement intérieur rappelle en revanche les demeures princières hindoues aménagées avec, en leur centre, deux cours à cloître, l’une publique, l’autre réservée au harem, autour desquelles s’articulent en enfilade salles, passages et terrasses, ornés de sculptures sur bois typiquement indigènes. Ce palais fut construit par Akbar non pour lui-même mais pour son fils Salim, qui allait régner à son tour sous le nom de Jahangir de 1605 à 1627. Dans le jardin qui jouxte la façade principale, on peut encore admirer l’immense vasque en porphyre offert par ce dernier à son épouse et qui, d’après la légende, servait à la confection d’un breuvage magique et enivrant – le bhang – digne des héros de l’épopée guerrière du Mahabharata.

Tour à tour délaissée et magnifiée, Agra connaît son apogée sous Chah Jahan

Akbar lui-même finit par délaisser la cité d’Agra pour donner à Fathepur Sikri le statut de capitale. Son successeur immédiat, Jahangir, ne fut pas un grand bâtisseur, mais on observe cependant dès la fin de son règne, un retour progressif à la tradition persane tranchant sur le plan artistique avec l’éclectisme qu’affectionnait son père. Si Agra n’est plus alors le centre culturel et politique de l’empire, elle témoigne elle aussi, dans la décoration de cette évolution. Pour autant, elle ne change réellement de visage qu’avec l’accession au trône en 1627 de Chah Jahan (1592-1666), qui lui redonne sa suprématie sur toutes les autres cités de l’empire. On lui doit la plupart des monuments visibles aujourd’hui à l’intérieur de l’enceinte du fort Rouge, comme à l’extérieur, ainsi le célèbre Taj Mahal, dont la grâce et la légèreté semblent évoquer un rêve de pierre. Peu à peu en effet, alors que s’affirme l’art moghol classique, la délicatesse des lignes l’emporte sur la vigueur d’antan. Ce fut le cas notamment au Kash Mahal, ensemble d'habitations princières destinées à l'empereur et sa famille. Ces somptueux édifices s'ouvraient sur le jardin des vignes, dit Anguri Bagh, où le voyageur français Jean-Baptiste Tavernier (1605-1689) put observer, enchâssés dans les parterres de fleurs, des éléments de joaillerie : « deux ou trois ceps d'or avec leurs feuilles, des émeraudes et des rubis faisant des grappes. »

Le pavillon nord du Kash Mahall avait aussi la particularité de communiquer avec le Musammam Burj, une tour octogonale richement décorée d'incrustations en marbre polychrome et en pierres dures ou semi-précieuses – cornaline, corail, malachite, jade, lapis et turquoise – qui représentaient autant de motifs floraux. A travers tant de splendeurs, l'empereur entendait magnifier sur la terre l'amour qu'il éprouvait pour son épouse Mumtaz-i-Mahall, pour qui il fit bâtir cet édifice. Or, les chroniqueurs rapportent que lorsque Chah Jahan fut destitué par son propre fils Aurangzeb, en 1658, c'est là même qu'il fut enfermé pendant huit années consécutives avant de rendre l'âme, le visage tourné vers le mausolée de sa défunte bien aimée, le délicat Taj Mahal, qu'on pouvait apercevoir par les fenêtres. L'on doit à Aurangzeb (1618-1707), dernier des grands moghols, la construction de la Nagina Masjid, c'est-à-dire la « mosquée Joyau », construite entièrement en marbre. Elle ressemble, mais avec des dimensions plus modestes, à la Moti Masjid – la « mosquée de la Perle » qu'avait fait édifier son père, à l'apogée de sa puissance, en marbre blanc, bleu et gris.

L'irrémédiable déclin

Mais l'âge d'or d'Agra allait prendre fin en même temps que s'amorcerait le long déclin de l'empire moghol, dès le début du XVIIIe siècle. En 1761, puis en 1764, les palais du fort Rouge furent pillés successivement par les Jats de Bharatpur, installés au Rajasthan, et les Marathes de Gwalior, ennemis héréditaires des Moghols. Les Anglais prirent la place à leur tour en 1803 et le fort devint un symbole à la fois de conquête et de résistance lors de la révolte des Cipayes, en 1857, contre la compagnie britannique des Indes orientales. Les représentants de la couronne soutinrent en effet victorieusement un long siège de quatre mois, jusqu'à l'arrivée des secours envoyés après la conquête de Delhi. Aujourd'hui, qui pénètre le fort par la porte, seule ouverte au public, d'Amar Singh, redécouvre, par le biais de l'art et de la beauté, le passé prestigieux de cette civilisation disparue.
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