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Le palais des grands maîtres de Rhodes
Joyau militaire des chevaliers de Saint-Jean
Posée au sud-est de la mer Egée, Rhodes est la plus grande île de l’archipel du Dodécanèse. Elle connaît durant l'Antiquité un rayonnement exceptionnel, au point d'abriter l'une des Sept Merveilles du monde, le fameux Colosse. S'il n'en subsiste rien, un autre monument fascine toujours aujourd'hui le voyageur qui découvre l'île : le palais des chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, qui surplombe toute la ville médiévale, précieux héritage de l'ordre militaire des Hospitaliers présent sur l'île de 1308 à 1522.

Rhodes : forteresse chrétienne face à l'Empire ottoman

Massive, indestructible et spectaculaire, l'empreinte architecturale des Hospitaliers dans la capitale est telle que le visiteur se retrouve plongé immédiatement dans cette « Rhodes des chevaliers » qui fut deux siècles durant la citadelle avancée de la Chrétienté face à l'Empire ottoman. Après la chute de Saint-Jean-d'Acre en 1291 et la perte définitive de la Terre sainte, l'ordre militaire des Hospitaliers de Saint-Jean se réfugia un premier temps à Chypre. Contrairement aux Templiers qui regagnèrent définitivement l'Europe, les Hospitaliers souhaitaient se maintenir au plus proche de la Palestine pour poursuivre la croisade pour reconquérir la Terre sainte. C'est sur la grande et fertile Rhodes qu'ils jetèrent leur dévolu. La population grecque de cette île byzantine, convertie au christianisme dès le Ier siècle par saint Paul, accueillit avec bienveillance ces moines-chevaliers qui en prirent définitivement possession en 1310.

Un admirable exemple d'architecture défensive

Avec l'appui militaire et financier de l'Ordre, devenu celui des chevaliers de Rhodes, la république aristocratique gouvernée par le grand maître s'attacha à renforcer la défense de l'île. La capitale était déjà une puissante cité fortifiée, mais l'Ordre en renforça les capacités défensives. Tout en engageant la fortification méthodique de l'île, les Hospitaliers développèrent une puissante flotte de galères de combat capable d'attaquer sur les mers l'adversaire turc. Dans la ville même, le grand maître Hélion de Villeneuve fit aménager dès 1320, sur l'ancienne citadelle byzantine, un bâtiment massif conçu à la fois comme un lieu défensif et un lieu de pouvoir. Ce premier palais-forteresse ne cessa par la suite d'être renforcé et modernisé par l'Ordre, avec l'aide d'ingénieurs, de maîtres d’œuvre et d'artisans grecs et italiens. En 1403, Ruy Gonzales de Clavijo, envoyé comme ambassadeur auprès de Tamerlan, décrit la ville en ces termes : « Elle est protégée par une forteresse située à l'extérieur de la cité et par des murailles doubles. A l'intérieur de la cité, il y aussi une forteresse, entourée d'une enceinte et de tours, où se trouve le palais du grand maître et des chevaliers de l'Ordre. »
Mais, de l'installation des chevaliers jusqu'à leur départ en 1522, Rhodes demeura un chantier permanent pour renforcer toujours davantage la protection de la cité, en l'adaptant à l'évolution de l'artillerie, et en la dotant d'un admirable système défensif. Aussi, c'est sous le magistère du grand maître Pierre d'Aubusson (1476-1503), féru de poliorcétique et de fortification, que le puissant palais des chevaliers vit véritablement le jour. Construit dans le style gothique provençal, avec un donjon, des fossés, une muraille crénelée et jalonnée de tours carrées, il évoque immédiatement le palais des Papes à Avignon.

Citadelle inviolée

Partie intégrante des fortifications de la ville médiévale, le palais des chevaliers se présente comme un château fort rectangulaire structuré autour d'une magnifique cour centrale à doubles arcades en plein cintre. Résidence du grand maître, il servait aussi de lieu de refuge pour la population de l'île en cas d'attaque. Un portail, s'ouvrant sur deux tours semi circulaires crénelées, permettait au peuple de gagner cette vaste cour intérieure de 40 mètres sur 50, entourée de magasins voûtés qui renfermaient provisions et munitions. Complété par un dispositif de silos souterrains creusés dans le sous-sol de la cour, le palais du grand maître permettait à Rhodes de soutenir un siège prolongé.
Les Mamelouks l'assiégèrent ainsi en vain en 1440 et 1444. En 1480, les Ottomans menés par le pacha Misah, ancien prince byzantin converti à l'islam, virent également leurs assauts s'y briser. Mais le grand siège de 1522, mené par Soliman à la tête de 200 000 hommes et d'une flotte de 400 navires, eut finalement raison des Hospitaliers et provoqua le départ définitif de l'ordre. Après cinq mois d'attaques incessantes, c'est sans doute la trahison du grand chancelier André d'Amaral qui permit d'emporter la place. Ce dernier avait juré de se venger quand quelques mois plus tôt, Philippe Villiers de L'Isle-Adam avait été élu à sa place grand maître de l’Ordre. Rhodes cependant avait tenu bon et l'héroïsme des chevaliers de Saint-Jean et des habitants forcèrent tant l'admiration du sultan qu'il leur accorda de quitter l'île avec armes, richesses et archives.

La splendeur et la chute

Outre sa vocation militaire, la forteresse était aussi un palais d'agrément : planté d'arbres, le terre-plein du boulevard du palais offrait une vue panoramique sur toute la ville. Mais des luxueux appartements du grand maître, situés à l'étage, comme de la chapelle abritant les reliques de Sainte-Catherine du mont Sinaï et une épine de la couronne du Christ, il ne reste rien. Tout fut totalement pulvérisé en 1851 par l'explosion d'une poudrière laissée dans le sous-sol par les Turcs. Cet accident détruisit la majeure partie du palais des Chevaliers, dont l'église Saint-Jean-Baptiste, nécropole des grands maîtres. La forteresse, tel un immense vaisseau en ruine fut délaissée pendant près de soixante-dix ans pour renaître seulement en 1919 avec l'arrivée des Italiens.
Le palais des chevaliers qui s'offre aujourd'hui au regard est, en effet, l'œuvre d'architectes italiens, qui lancèrent, de 1937 à 1939, une « reconstruction » relativement fidèle au palais d'origine, grâce aux plans originaux miraculeusement conservés. En même temps, on retrouve immanquablement une certaine influence de l'architecture mussolinienne dans ce palais que le Duce souhaitait transformer en résidence d'été pour le roi d'Italie Victor-Emmanuel III. Aujourd'hui, il abrite plus modestement le musée byzantin de la ville de Rhodes. On peut y admirer, tout en déambulant dans les différentes salles de l'Ordre, de magnifiques mosaïques d'époque hellénistique ou byzantine, provenant des îles du Dodécanèse et mettant en scène monstres marins, muses, ou encore la Gorgone avec sa chevelure de serpents. Ainsi en ce palais des grands maîtres s'entremêlent la Grèce mythologique, l'Empire byzantin et le souvenir émouvant de ces chevaliers de Saint-Jean, qui, sans réussir à s'établir définitivement sur l'île, marquèrent à jamais Rhodes de la croix hospitalière.
 

 
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