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Le monastère Chozoviotissa à Amorgos
Des moines entre ciel et terre
Accroché comme par miracle sur les falaises abruptes par lesquelles Amorgos plonge dans les eaux limpides de l'Egée, le monastère de la Panaghia Chozoviotissa est sans doute le plus spectaculaire des dizaines de sanctuaires qui ponctuent les îles des Cyclades. La visite de cet ensemble, une des plus anciennes constructions byzantines de l'archipel, est toujours un moment fort en émotion, devant la sauvagerie presque irréelle du site, la modestie de l'architecture extérieure, tout en contraste avec l'amoncellement des icônes dans la chapelle, et l'acharnement des moines à préserver une vie spirituelle et intellectuelle en ce lieu du bout du monde.

Une fondation des Comnène

Il n'existe pas de document d'époque concernant la fondation du monastère. Les historiens en sont donc réduits à se référer à des textes plus tardifs, et des traditions orales qui ne sont pas toujours unanimes. Une légende locale raconte que, dès le IXe siècle, un premier établissement religieux aurait été construit pour abriter une image sauvée de la furie des iconoclastes par une sainte femme originaire de Khozova, une localité non identifiée de Terre sainte. Si l'on veut s'en tenir à une tradition plus sûre, le monastère aurait été restauré ou véritablement fondé en 1088 par l'empereur byzantin Alexis Ier Comnène, un des principaux représentants de cette dynastie qui réaffirma l'autorité impériale aux XIe et XIIe siècles, avant de céder la place aux Paléologue. La fondation n'eut pas seulement une incidence religieuse : elle décida du repeuplement de l'île, avec l'arrivée de paysans chargés de mettre en valeur les propriétés du monastère, soit la quasi-totalité des terres cultivables d'Amorgos. Un état de fait très courant en Grèce, puisque les moines n'abandonnèrent ce privilège qu'en 1952 !

Une approche spectaculaire

Amorgos est la plus orientale des îles des Cyclades. Toute en longueur, elle est posée comme un caillou aride sur l'Egée, la mer grecque par excellence. Préservée jusqu'à ce jour des flots de touristes, elle est réputée pour sa nature intacte. Sa côte occidentale est constituée d'un ensemble de hautes falaises qui s'étirent sur plusieurs kilomètres, formant un mur vertical abrupt, dont les pieds sont dans les eaux et la tête dans les nuages. Du petit port de Katapola, où accostent les rares bateaux, on franchit l'échine de l'île pour atteindre Chora, sa petite capitale. De là, une longue descente sinueuse révèle progressivement un admirable paysage marin, et permet d'accéder au parking d'où l'on part à l'ascension du monastère. « Une armoire appliquée vers le bas d'un rocher effroyable » : ainsi apparut le monastère de la Chozoviotissa au botaniste français Pitton de Tournefort qui visita l'île au début du XVIIIe siècle et laissa une relation très vivante de ses observations. Vue d'en bas, c'est bien ainsi que l'œil perçoit la construction : un bâtiment aussi haut que large, plaqué contre la falaise, dominant la mer de plus de trois cents mètres. La visite commence. Elle se mérite, mais en vaut la peine : du parking, un sentier parfaitement aménagé de marches et de paliers s'accroche à l'abrupt. La montée est rude, mais ponctuée de haltes nombreuses et obligatoires, pour reprendre son souffle bien sûr, mais aussi pour profiter des magnifiques points de vue qui s'ouvrent à chaque instant sur la mer en contrebas, ou sur le monastère tout là-haut. Le contraste est superbe, entre les bâtiments éclatants de blancheur et la falaise rouge foncé, striée de schiste et de calcaire, où ils sont enchâssés.

Trésors d'hier et d'aujourd'hui

Parvenus au terme de la montée, on accède à une petite esplanade. Se révèle alors le volume même du monastère : par endroit, sa largeur n'excède pas un mètre cinquante. Quelques marches mènent à la porte d'entrée, sobrement décorée, et très basse, au point qu'il faut baisser la tête pour la franchir. Utile pour retarder un éventuel assaillant, mais aussi signe d'humilité avant de pénétrer dans un lieu sacré. L'escalier intérieur, taillé à même la roche, aboutit à la salle de réception. Là, un moine conduit le visiteur un étage plus haut, jusqu'au catholicon. Sur l'iconostase, élément essentiel du culte orthodoxe, sont placées de superbes icônes. Une des plus anciennes, remontant au XVe siècle, représente la Panaghia, la Vierge, à laquelle le monastère est dédié. Selon la légende, elle aurait été trouvée au fond de la mer, au large des côtes d'Asie Mineure, et mise à l'abri ici. Elle posséderait des pouvoirs miraculeux, auxquels les croyances populaires des habitants d'Amorgos font encore largement crédit aujourd'hui, puisque l'image est transportée en procession tout autour de l'île, chaque année, à Pâques. De la pénombre un peu lourde et odorante du sanctuaire, on sort sur la terrasse, accrochée entre ciel et mer. Les silhouettes des îles alentours se confondent avec l'horizon, les flots moutonnent, on ne peut détacher les yeux de cette vue constamment changeante et pourtant immuable. Il faut bien repartir, pourtant. Non sans avoir éprouvé, une fois de plus, l'hospitalité grecque. Les trois moines qui veillent encore sur le monastère ont préparé, à l'intention de leurs visiteurs, un loukoum à la douceur sucrée, que rehausse encore un petit verre de rakomelo, liqueur de raki et de miel qui semble associer bonheur terrestre et félicité céleste. Le charme de la Chozoviotissa opérera encore longtemps...
 

 
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