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Roland Etienne, professeur à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne et ancien directeur de l'Ecole française d'Athènes, nous présente ici les mythes qui furent à l'origine de la puissance et du rayonnement de l'île de Délos.

La Délos historique
Lorsqu’Ulysse s’émerveille de la beauté de Nausicaa, il ne trouve de comparaison qu’avec la jeune pousse de palme qu’il vit croître près de l’autel d’Apollon de Délos (Odyssée, 6.16)… Au cœur de la mer Egée, à un peu plus de cent cinquante kilomètres du Pirée, l’île de Délos est l’une des plus petites des Cyclades, mais elle a joué un rôle considérable dans l’histoire grecque. Occupée par les Mycéniens dès le IIe millénaire avant J.-C., elle bénéficie à l'époque classique du prestige que lui vaut son sanctuaire d’Apollon avec lequel seul celui de Delphes pouvait rivaliser. Après l’éclatante victoire sur les Perses remportée à l’issue de la seconde guerre médique, Athènes concrétisa sa prééminence sur l’Egée en constituant la ligue de Délos qui, sous le patronage apollinien, asservissait de fait les cités ioniennes. Durant trois siècles, l’histoire de Délos fut mouvementée. Elle sera contrôlée successivement par Sparte, les Séleucides et le royaume du Pont et il faudra attendre 42 avant J.-C. pour que les Romains rétablissent magnanimement, mais sous leur contrôle, la souveraineté athénienne sur l’île sacrée…

La naissance d'Apollon

Le mythe lié à l'origine du sanctuaire est connu par l'hymne homérique dédié à Apollon qui fut composé entre 650 et 550 avant J.-C.
Dans les cent premiers vers, le poète met en scène, de façon dramatique, la naissance du dieu. Léto, déesse d’Asie Mineure, cherche un lieu pour accoucher du fruit de ses amours avec Zeus, mais partout où elle passe, elle essuie un refus, sauf dans les Cyclades où Délos accepte de l'accueillir.
« Salut bienheureuse Létô ! Tu mis au monde ces superbes enfants, le Seigneur Apollon et l’Archère Artémis, elle à Ortygie, et lui dans l’âpre Délos, quand tu vins t’appuyer contre le Cynthe et sa large falaise, tout près du palmier, au bord des ondes de l’Inopos. »
On sait qu’Ortygie est l’île de Rhénée en face de Délos où se trouvait un grand Artémision. A Délos même, le Cynthe, la montagne sacrée, et l’Inopos, le cours d’eau permanent qui se jetait dans le lac sacré, sont les deux éléments essentiels qui animent le paysage délien. Des palmiers sacrés sont cités dans les inscriptions de Délos : l’arbre est propre à l’Apollon délien, comme le laurier l’est à l’Apollon de Delphes. C’est au palmier de Délos qu’Homère compare Nausicaa dans un vers qui constitue, dans l'Odyssée, la seule mention de l'île. Délos accepte finalement de servir de lieu de naissance à Apollon en exigeant de Léto sous serment (v. 80-82) « qu’ici même il [Apollon] fondera un temple magnifique, qui sera l’oracle des hommes, puis de l’humanité entière, tant il aura de renom ». La deuxième partie du poème rapporte les premiers pas d’Apollon à Délos et évoque les sacrifices et les concours qu’instituèrent les Ioniens « aux tuniques traînantes ».

Les Vierges hyperboréennes
Pour compléter les mythes et les rites déliens, il faut aussi recourir à des auteurs plus tardifs, comme Hérodote, qui passa à Délos au milieu du Ve siècle, et Callimaque, poète ayant vécu à Alexandrie, qui composa un Hymne à Délos au début du IIIe siècle. L’intérêt du premier pour les mirabilia, les recherches du second en matière de mythologie, permettent de compléter les récits un peu courts sur l’Apollon délien.
Hérodote consacre un long passage au livre IV, 33-35 à la légende des Vierges hyperboréennes. Deux couples de vierges, Opis et Argé, Hypéroché et Laodiké, seraient venus du Grand Nord, du pays des Hyperboréens, au-delà du pays des Scythes, pour honorer Apollon et lui apporter des offrandes. Elles seraient mortes à Délos et des cérémonies se déroulaient autour de leurs tombeaux :
« En l’honneur des Vierges dont j’ai parlé, qui étaient venues de chez les Hyperboréens et qui moururent à Délos, jeunes filles et jeunes gens de Délos se coupent les cheveux ; les filles, avant de se marier, retranchent une boucle de leur chevelure et, après l’avoir enroulée autour d’un fuseau, la déposent sur le tombeau des deux vierges [ce tombeau est à gauche en entrant dans l’Artémision ; il y a poussé un olivier] ; les jeunes Déliens, autant qu’ils sont, tressent de leurs cheveux autour d’une herbe verte, qu’ils déposent aussi sur le tombeau. »
Au tombeau d’Hypéroché et de Laodiké sont donc liés des rites de passage, bien connus dans tout le monde grec et réservés ici à la communauté des Déliens. Il est intéressant que des inscriptions du IVe siècle av. J.-C. attestent le rituel des offrandes hyperboréennes et que l’on ait identifié leurs tombeaux sur le site, même si cette identification soulève plus d’un problème. Callimaque, dans son Hymne à Délos, évoque lui aussi les offrandes hyperboréennes et il est le premier à citer des rites curieux qui se déroulaient autour de l’autel d’Apollon et qui étaient certainement encore pratiqués de son temps : on dansait la geranos, ou danse de la grue, autour de l’autel d’Apollon – comme le fit Thésée, le célèbre héros athénien, avec ses compagnons, en revenant de Crète –, et des rites propitiatoires, réservés aux marins, consistaient à mordre l’olivier sacré et à faire le tour de l’autel en le flagellant ou en se flagellant ; les deux interprétations sont possibles.

L'Histoire mythique des Ioniens des îles

Circule donc par voie orale tout un corpus de mythes, élaborés ou réinventés par les poètes, adaptés aux besoins de la communauté locale dont ils constituaient l’histoire et celle, plus large, des Ioniens des îles. L’absence de textes sacrés bien codifiés, laissait une large place à la parole inventive des hommes qui, lors des grandes fêtes, célébraient les dieux par la bouche de chœurs de jeunes filles.
 

 
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