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Les jardins de Stourhead
Un paysage initiatique
A quelques lieues de Bath, dans cet Ouest de l'Angleterre qui semble lui-même n'être qu'un immense espace vert, se cache ce que les botanistes considèrent souvent comme le plus beau de tous les jardins anglais, dans un pays qui en compte tant. Stourhead apparaît comme un tableau mirifique, forme ultime de ce style anglais qui, au long de quatre cents ans d'évolution, s'est transformé au rythme des pensées et des modes, reflétant sans cesse l'amour des Britanniques pour la nature.

Contrepied
Avec leurs balustrades, fontaines géantes, parterres raffinés et plantes ordonnées, les jardins à l'italienne de la Renaissance ou les chefs-d'œuvre classiques du XVIIe siècle de Le Nôtre ne sont pas parvenus à s'installer sur le territoire britannique. L'intérêt des Anglais, alors en pleine ascension économique et coloniale, est clairement tourné vers la liberté et les horizons lointains, et cet état d'esprit trouve un écho dans les paysages qui les séduisent. L'idée d'un immense jardin puisant son mouvement et sa grandeur dans la nature elle-même correspond aux pensées et aux émotions exprimées alors par les philosophes et les poètes. Alors, les jardiniers paysagistes détournent des ruisseaux, transplantent des arbres, ajoutent des vallons et creusent des étangs et des lacs. Les plantations représentent l'image d'un paysage parfait, idéal, avec vue ouverte. De petits bâtiments, souvent d'inspiration antique ou néogothique, avouent seuls l'intervention humaine, dans un cadre plus naturel que la nature. Le jardin anglais est né.

Un paradis pour un banquier esthète
En 1737, un grand banquier anglais, Henry Hoare (1705-1785), surnommé « le Magnifique » par sa famille, effectue le Grand Tour d' Italie et en revient les bras chargés de trésors, dont quelques toiles lumineuses de Claude Lorrain. Il s'installe à Stourhead en 1741 et décide de recréer autour de sa résidence de style palladien l'atmosphère des tableaux du grand peintre français.

Deux ans plus tard commence l'aménagement de ce qu'il appelle lui-même son paradis. Le site naturel de Stourhead est formé de collines, de vastes terrasses et de vallées parsemées de nombreuses sources et d'étangs. L'architecte-paysagiste Henry Flitcroft se charge de transformer ces atouts naturels : des étangs en enfilade, il fait un lac aux rives ondulantes, il modèle les pentes à son goût, plante des arbres là où il en manque et en arrache là où ils sont trop rapprochés. Puis, la nature enfin domestiquée, il la ponctue de « fabriques », comme le Panthéon, copie réduite de son homonyme romain, ou le temple de Flore. L'eau – si abondante et calme en ce jardin où le lac est au centre de tout – représente, du point de vue symbolique, et selon les mots de Flitcroft lui-même, « l'infini des possibles, les promesses de développement et toutes les menaces de dissolution ».

Mythologie et parcours initiatique
Le chemin suivi à Stourhead est initiatique, et s'appuie en permanence sur les mythologies grecque et latine. Il débute par les divinités de la terre et des eaux. Il mène ensuite aux Enfers, qui rappellent les bosquets des Champs Elysées où Enée retrouva son père Anchise. On redescend, après avoir passé le bassin de Diane, ombragé d'ifs, qui vit la belle déesse au bain épiée par les vieillards, jusqu'au bassin des nénuphars, alimenté par la Stour, qui donne son nom au jardin. Un peu plus loin, voici la grotte, élément indispensable de tout jardin du XVIIIe siècle. Son entrée porte un vers de l'Enéide, rappelant la grotte qui a accueilli le héros troyen en Afrique lors de son long périple depuis Ilion vers l'Italie. Quelques mètres encore et c'est Ovide qui entre en scène, avec un passage de ses Métamorphoses, décrivant le séjour du dieu-fleuve, Pénée, dans la célèbre vallée thessalienne de Tempé, consacrée à Apollon.
Après ces références classiques et symboliques, le promeneur, par une ouverture, peut apercevoir le paysage très anglais que composent le lac, le pont palladien, et, par-delà les eaux, le Panthéon, et les frondaisons des tulipiers de Virginie, des chênes pédonculés, des sapins nobles, puis, les surpassant toutes, les cimes altières des séquoias géants. Le cycle initiatique se termine : des richesses de la Terre-Mère du temple de Flore, le visiteur a pénétré, comme Enée, dans le monde souterrain de la connaissance au centre du paysage, pour resurgir à la lumière et à la gloire du Panthéon et au temple d'Apollon, dieu-soleil vainqueur des ténèbres.

Stourhead peut ainsi se lire comme un voyage élyséen où sont mises en scène la vie, la mort, et leurs métamorphoses. Plus simplement, c'est aussi un lieu merveilleux où, l'espace de quelques heures, on peut se croire introduit dans un tableau du Lorrain, dans ces paysages où le naturel n'est en fait qu'un artifice habilement dissimulé. Les pentes vert clair tranchent sur le foncé des feuillages, les reflets de quelques colonnes antiques ondulent dans les eaux ridées par un vent qui se veut souffle. Un univers naît, image parfaite et immuable de la culture d'une époque qui alliait avec bonheur le goût du savoir et la passion du beau.
 

 
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