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Cézanne se méfiait des théories en peinture mais se laissait aller, quand les jours de pluie l'empêchaient de travailler en plein air, à griffonner des notes, lues ensuite à quelques-uns de ses amis. Il voulait que chacune de ses idées sur la peinture fût dans ses tableaux. Cette recherche occupa toute son existence, le laissant indifférent aux bruits du monde et aux recherches entreprises par Degas, Manet, Gauguin, Van Gogh, Pissaro, Renoir ou Monet, des artistes qu’il fréquenta et admira...

Un héros solitaire
Les œuvres de jeunesse de Cézanne sont étranges, curieusement empâtées et violentes, et leurs titres sont significatifs des fantasmes qui hantent alors le jeune homme : Le Meurtre, L’Orgie, Le Viol... Très vite cependant il va se libérer d'une première inspiration exprimant la simple révolte pour s’engager dans la voie d’une rupture plus profonde mais aussi plus féconde avec le monde de la peinture traditionnelle. Retiré dans sa Provence natale, au cœur des paysages de son enfance, près de la rivière où il se baignait adolescent avec son ami Zola, il se consacre exclusivement au projet artistique qu'il entend mettre en œuvre. D’abord sans le sou, il est totalement dépendant de ses parents, mais quand son père meurt – ce qui fait de lui un rentier à l’abri de tout souci matériel –, il ne change rien à sa vie. Il court la campagne comme un chemineau et ne fréquente pas les notables aixois qui le dédaignent. La peinture est sa seule préoccupation. A la fois éternel rentier et marginal inclassable, révolté et traditionaliste, solitaire asocial et bourgeois sans histoires, sauvage sans manières et humaniste érudit, Cézanne déroute autant ses admirateurs et amis que ses critiques !

Du Poussin sur le motif
Si j’avais une « belle formule », disait-il, « je ferais du Poussin sur le motif ». Tel était en effet l’idéal de ce révolutionnaire : être classique. Avoir le génie théâtral et narratif de Poussin pour mettre en scène des rochers, des pommes, des montagnes Sainte-Victoire et des vieilles femmes ! Il fit preuve d’une belle constance pour relever ce défi et mettre au point la « belle formule » qui devait lui permettre de réaliser les chefs-d’œuvre dont il rêvait. Il livra quelques bribes de cette formule magique à ses interlocuteurs : chercher dans la nature « le cône, la sphère et le cylindre », placer le « point culminant de la couleur » au centre de la toile, adopter « une touche constructive », « organiser logiquement les sensations » : ce n’était pas là de vaines paroles – Cézanne, littéraire accompli, savait peser ses mots – et c’est un plaisir que de retrouver concrètement, en observant ses toiles, l’effet puissant engendré par la mise en œuvre de l’application de ces principes.

La psychologie du sucrier
L’idéal qu’il recherchait était une harmonie subtile entre la réalité du « motif », ses sensations subjectives et les couleurs sur la toile. C’est pourquoi il peignit toujours, à de très rares exceptions près, devant le « motif », au sens de « figure ornementale » mais aussi de « raison qui pousse à agir ». Portrait, paysage ou nature morte, il ne pouvait se passer de la matérialité du modèle et, prônant la « haine de l’imaginatif », il sanctifiait « l’héroïsme du réel ». Il a parlé avec bonheur de cette relation animée qui s’établit entre le peintre et le motif : « On croit qu’un sucrier, ça n’a pas de physionomie, une âme. Mais ça change tous les jours aussi. Il faut savoir les amadouer, ces messieurs-là. Ces verres, ces assiettes, ça se parle entre eux. Des confidences interminables... Les fleurs, j’y ai renoncé, elles se fanent tout de suite. Les fruits sont plus fidèles, ils aiment qu’on fasse leur portrait. Ils sont là comme à vous demander pardon de se décolorer. Leur idée s’exhale avec leur parfum. Ils viennent à vous dans toutes leurs odeurs, vous parlent des champs qu’ils ont quittés, de la pluie qui les a nourris, des aurores qu’ils épiaient. En cernant de touches pulpeuses la peau d’une belle pêche, la mélancolie d’une vieille pomme, j’entrevois dans les reflets qu’elles échangent la même ombre tiède de renoncement, le même amour du soleil, une rosée, une fraîcheur... »

« Patatras ! Tout fout le camp »
Mais le peintre ne sort pas toujours vainqueur de ce tête à tête difficile avec la réalité : « Je mène, disait-il, comprenez un peu, toute ma toile à la fois, d’ensemble ». Il suffit parfois d’une maille qui lâche, et « patatras ! Tout fout le camp ! ». L’exemple le plus célèbre est celui du portrait d’Ambroise Vollard, à qui Cézanne imposa plus de trois cents séances de pose en cinq ans ! Lorsque Cézanne déclara le portrait achevé, Ambroise Vollard lui fit respectueusement remarquer qu’à certains endroits, sur les mains, la toile était restée vierge. Il répondit qu’il les laisserait ainsi car il ne voyait pas comment combler ces lacunes sans remettre en cause de proche en proche, tout le tableau !
On dirait aujourd’hui que Cézanne avait une approche systémique de l’image... Mais on peut aussi oublier les mots de la formule et se laisser simplement prendre au charme de l’enchantement, goûter à l’élixir de l’art de Cézanne et se sentir soudain comme « un souvenir de soleil, un peu de phosphore qui brûle dans les méninges du monde ». Poussin aurait aimé.
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