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L'église Beta Gabriel-Rufael à Lalibela
Un témoignage des origines
Moins abouti stylistiquement que d’autres églises du site du point de vue de l’intérieur, ce monument est toutefois celui qui pose le plus de questions et réunit le plus de témoignages relatifs à l’histoire du lieu avant le règne de Lalibela.

Une forteresse ?

L’église dédiée aux archanges Gabriel et Raphaël à Lalibela présente un plan qui a conduit l’ensemble des scientifiques à considérer que cet emplacement n’abritait pas, à l'origine, une église. Deux arguments viennent appuyer cette thèse. En premier lieu, le monument n’est pas orienté, alors qu’une église doit l'être selon une direction est-ouest, le sanctuaire se situant à l’orient et possédant des fenêtres permettant au soleil du matin d’y pénétrer. En second lieu, les espaces intérieurs présentent, du sud au nord, trois salles disposées en enfilade : la salle désormais placée sous le vocable de Raphaël en contrebas, reliée par une volée de marches à la pièce centrale qui constitue la nef de l’église consacrée Gabriel, et le sanctuaire dédié à ce dernier saint dont la disposition témoigne d’une fonction non-liturgique, ou, en tout cas, sans lien avec la liturgie chrétienne.
Considéré depuis l’extérieur, le monument aujourd’hui consacré aux archanges s’apparente en de nombreux points à une forteresse. Seule une passerelle construite récemment fait le pont au-dessus d’un vide, à plus de dix mètres de hauteur, entre la galerie par laquelle on accède au second groupe des églises du site de Lalibela et les escaliers qui donnent sur la porte d’entrée du bâtiment. Autrefois, c’était de simples troncs d’arbre qui servaient de passerelle, et il est facile d’imaginer qu'ils pouvaient être déplacés, pour couper tout accès au monument. A l’ouest de l’église actuelle, une paroi a été réservée dans le rocher. Elle plonge dans une tranchée qui entoure toute cette partie du site et lui donne un aspect défensif, mais on ne sait pas aujourd’hui si la tranchée et le bâtiment sont contemporains. Dans la cour surplombée par la passerelle d’accès, on a aménagé sous le rocher un réservoir d’eau, dont l'entrée est marquée par quelques marches et un puits fermé par un couvercle de pierre.

La résidence de l’évêque égyptien ?

Ce caractère défensif du monument dédié aux archanges a conduit certains chercheurs à identifier ce lieu comme la résidence du métropolite Michel, l’évêque égyptien contemporain du roi Lalibela. Jusqu’en 1959, l’Eglise d’Alexandrie exerçait son autorité sur celle d’Ethiopie qui recevait régulièrement un moine égyptien comme évêque (ou métropolite). Or, d’après l’Histoire des patriarches d’Alexandrie, qui livre une biographie de chaque patriarche, le métropolite Michel qui avait été envoyé en Ethiopie en 1203, avait été chassé du royaume en 1208-1209. Le document témoigne alors de l’envoi d’ambassades entre l’Egypte et l’Ethiopie, qui ont permis à l’auteur de la notice biographique de décrire à la fois la « ville du roi » éthiopien et la résidence du métropolite dans cette ville.
Certains ont vu dans ces passages une description du site de Lalibela comme la capitale des rois éthiopiens au XIIIe siècle, et considéré, par conséquent, que la résidence du métropolite était Beta Gabriel-Rufael. Cette résidence est décrite comme une forteresse tout en réunissant les critères d’une demeure privilégiée dans le monde oriental, comme le jardin intérieur muni de fontaines : « [Le métropolite] avait construit dans la capitale une maison, il y avait planté des arbres et y avait amené de l’eau qui jaillissait dans les salles ; il y avait dépensé beaucoup d’argent, l’avait blanchie et y avait fait des couloirs tellement longs que ceux qui s’y engageaient étaient fatigués avant d’arriver à la cour. Il en avait fait une construction haute et forte qu’il appelait le château. »
Toutefois, les éléments pour affirmer que Lalibela était la capitale du roi sont très fragiles et, qui plus est, la résidence du métropolite n’est jamais décrite comme un monument rupestre, entièrement taillé dans le rocher. Détail qui, sans nul doute, aurait frappé les ambassadeurs égyptiens.

La création d’une chapelle à l’époque du roi Lalibela

S’il est encore difficile de savoir quelle était la fonction du lieu à l’origine, on peut en revanche retracer certaines étapes de son évolution, qui conduisent à rester prudents en termes d’interprétation. Depuis la cour intérieure de l’église actuelle, on peut aisément observer un pilier engagé tronqué afin d’aménager trois fenêtres. Celles-ci attestent la création d’une chapelle, qui est documentée par ailleurs par l’inscription qui figure sur un meuble d’autel en bois, toujours conservé dans l’église, qui témoigne de la dédicace d’un autel à l’archange Gabriel, au temps du roi Lalibela. Par conséquent, au début du XIIIe siècle, le lieu n’est pas transformé en église, mais une chapelle y est aménagée. Ce qui plaide en faveur d’une occupation domestique.
En outre, un coup d’œil à la façade du monument permet de constater qu’un escalier et une terrasse avaient été aménagés par les tailleurs de pierre. Escaliers et terrasses furent tronqués lors d’une phase ultérieure, ce qui explique qu’ils donnent désormais dans le vide, alors que ce n’était sans doute pas l’intention première. Les surcreusements qui ont nécessité l’aménagement d’une passerelle sont dus à la nécessité de laisser l’eau s’écouler, mais aussi d’assainir la roche qui, au contact de l’eau, devient friable. Ces éléments expliquent la raison pour laquelle le monument est aujourd’hui comme suspendu au-dessus d’un vide de plus de dix mètres, ce qu’il n’était sans doute pas à l’origine.
Sans résoudre toutes les questions, ces observations tendent à montrer que le site de Lalibela a beaucoup évolué dans le temps, qu’il n’a pas cessé d’être transformé et que le roi Lalibela s’est installé en un lieu qui connaissait déjà de nombreux aménagements et excavations, et qu’il a lui-même adapté à son projet.
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