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Le Royaume du prêtre Jean
Un mythe mobilisateur pour la Chrétienté latine
C’est dans le contexte des croisades que se forge, à partir du XIIe siècle, la légende du prêtre Jean. Les chrétiens occidentaux venus en pèlerins armés à Jérusalem y ont rencontré des frères en religion à peau sombre venus de Nubie et, au-delà, de l’Ethiopie désignée par les auteurs anciens comme le « pays des Noirs ». Ils ont également découvert l’existence des nestoriens qui, jadis nombreux dans l’empire des Perses sassanides, venaient d’Asie centrale où les avait refoulés l’expansion musulmane. L’idée qu’un puissant royaume chrétien était établi à l’est ou au sud de l’espace islamique fit ainsi son chemin, au point d’alimenter l’espoir d’une prise à revers de l’ennemi musulman.

Des steppes asiatiques aux plateaux éthiopiens

On identifia d’abord le royaume du prêtre Jean aux régions que sillonnaient, de la mer d’Aral au lac Baïkal, les nomades Kara Kitaï. Hostiles aux Turcs Seldjoukides, ceux-ci furent perçus comme des alliés naturels des croisés dans la défense de la Terre sainte. La conquête mongole du XIIIe siècle va unifier l’espace centrasiatique, et les ambassades de Jean de Plan Carpin ou de Guillaume de Rubrouck auprès des successeurs de Gengis Khan révéleront les limites des espoirs placés dans les empires des steppes dont les souverains se convertiront finalement à l’islam. Demeurait, au sud de l’Egypte et de la Nubie, la version éthiopienne de la légende.
Mais que penser de ce mystérieux « prêtre Jean » ? Un nom qui faisait écho à la confusion des fonctions royale et sacerdotale et au terme « zan » qui signifie « majesté » dans la langue amharique parlée au nord du lac Tana, et dans le guèze, devenu langue liturgique de la Chrétienté monophysite d’Ethiopie. On inscrit aussi le prêtre Jean dans la tradition des Rois mages venus d’Orient, et la légende est déjà répandue en Occident quand commence à circuler, vers 1160, une lettre du prêtre Jean à l’empereur byzantin Manuel, un faux dû à l’archevêque de Mayence qu’indignait l’indifférence des chrétiens face aux progrès de l’islam. Le prêtre Jean est présenté comme un roi oriental entouré de trésors. Son palais est fait de porphyre, d’améthyste et de cristal. Il commande aux Pygmées et à la reine des Amazones. Soixante-douze rois sont ses vassaux et il règne sur la fontaine de Jouvence et sur le Paradis terrestre perdu par Adam et Eve. Il contrôle aussi le commerce du pays des épices. L’Occident adopte cette représentation et, en 1339, l’Atlas majorquin d’Angelino Dulcert représente, en terre africaine, ce royaume fabuleux.

L’Ethiopie chrétienne

La réalité apparaît plus prosaïque. A partir du IVe siècle, les populations des plateaux abyssins ont été progressivement christianisées et, quand l’islam est apparu au VIIe siècle pour se répandre de l’Atlantique à l’Inde, l’Ethiopie s’est retrouvée coupée du reste du monde chrétien, copte, latin ou byzantin. Un isolement renforcé par l’absence d’ouverture maritime ; ses habitants ont toujours vécu retranchés dans leurs massifs montagneux à l’abri des forteresses naturelles que constituaient les ambas tabulaires protégés de tous côtés par des falaises aux versants vertigineux, à l’écart des plaines torrides et malsaines. Nombreux et disséminés dans de superbes décors naturels, les monastères étaient les seuls foyers de vie culturelle, artistique et religieuse. La masse du peuple vivait du produit de l’élevage et de l’agriculture, laissant le commerce aux musulmans des régions voisines. Axoum ayant été détruite et désertée peu avant l’an mil, le centre de gravité du pays était passé à Lalibela – un site célèbre pour ses étonnantes églises rupestres – puis à Tegoulet, dans le massif du Choa.
Ce n’est qu’au XIVe siècle que le « royaume du prêtre Jean » est définitivement localisé en Ethiopie par les Occidentaux. En 1328, un franciscain irlandais apprend en Egypte, « qu’en remontant le Nil pendant soixante-dix jours, on parvient, après avoir traversé la Nubie, à l’Inde supérieure où règne le prêtre Jean ».
L’Ethiopie est alors gouvernée – jusqu’au milieu du XVIe siècle – par des souverains énergiques, qui se prétendent descendants de Salomon et de la reine de Saba et ont envoyé, dès la fin du XIIIe siècle, des ambassades au Caire. Dans la décennie 1330, le roi Amda Syon sort victorieux des guerres qui l’opposent à ses voisins musulmans, et sa renommée gagne l’Occident où l’Arioste le mentionne dans son Roland furieux. Dawit Ier (1382-1411) est le premier souverain à entrer en rapport avec la Chrétienté latine et il accueille des artisans et des artistes italiens. Son fils Yeshaq entre en relation avec le roi d’Aragon et le duc Jean de Berry. En 1439, le roi Zar’a Ya’Qob (1434-1468) envoie une délégation de religieux au concile de Florence et cette ambassade éthiopienne est même reçue solennellement par le pape Eugène IV, ce qu’immortalise dans le bronze le sculpteur Antonio Averlino, dit « le Filarete », sur le battant gauche de la grande porte de la basilique vaticane. Vers 1450, une première carte de l’Ethiopie est dessinée à Florence, puis une autre par Fra Mauro à Venise, dix ans plus tard. En 1482, Battista d’Imola se rend sur place, accompagné d’un groupe de franciscains et du peintre vénitien Hieronimo Bicini, bientôt suivi de Niccolo Brancaleone. On le voit, les Italiens ont précédé les Portugais sur les hauts plateaux abyssins.

Les Portugais entrent en scène

Dès 1494, Pero de Covilha est envoyé par le roi Jean II auprès du « prêtre Jean », en fait le roi Eskender, tué peu après l’arrivée du Portugais. Empêché de retourner dans son pays, il finira ses jours en Ethiopie mais y rassemblera une multitude d’informations transmises à Rodrigo de Lima qui séjournera dans le pays de 1520 à 1526. Le règne du roi Lebna Denguel correspond en ses débuts à un apogée de la puissance éthiopienne, mais il doit faire face aux attaques de Gragne, l’imam musulman du Harar, qui va ravager pendant douze ans tout le pays. Le souverain n’a d’autre issue que d’appeler au secours les Portugais devenus les maîtres de l’océan Indien, mais il ne reçoit qu’un contingent de quatre cents combattants aux ordres de Cristavao de Gama qui sera capturé et massacré en 1542. Les Portugais prennent leur revanche en février 1543, et la mort de Gragne rétablit la situation de l’Ethiopie qui a terriblement souffert mais se trouve désormais sortie de son isolement millénaire.
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