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Le pont de Brooklyn
ou l'Amérique triomphante
Un symbole de New York
Nombre de villes peuvent être évoquées par l'un de leurs monuments emblématiques. Paris a sa tour Eiffel, Londres le London Bridge, Sydney son opéra, Rio le Christ du Corcovado. New York cependant ne se résume pas à l'Empire State Building, inauguré en 1931. Un demi-siècle auparavant, New York s'enorgueillissait déjà d'une réalisation extraordinaire : le pont de Brooklyn. La cité n'était pas encore surnommée la « Grosse Pomme » et seule la partie méridionale de l'île de Manhattan était bâtie. La « course vers le ciel » ne commençait qu'à peine et le prestigieux immeuble de la Western Union Telegraph Company ne dépassait pas les soixante mètres de hauteur quand les tours du pont de Brooklyn, hautes de quatre-vingt-dix mètres, dominaient déjà le paysage urbain. New York était déjà un considérable centre d'activité commerciale et son port, le poumon économique de l'East Coast et de son hinterland. Vibrants d'une activité incessante, les docks où transitaient les marchandises s'allongeaient sur les deux rives de l'East River et la cité de Brooklyn connut une croissance fulgurante, avant d'être rattachée à New York en 1898. Dès le début du XIXe siècle, des dizaines de milliers de travailleurs franchissaient chaque jour l'East River pour se rendre à leur poste, sur des bacs à vapeur qui devaient se faufiler entre les navires de haute mer rentrant au port, parfois dans des conditions difficiles lorsque le chenal était encombré de glace flottante et que soufflait un vent aigre. Ce fut ainsi qu'en 1867, après avoir envisagé la mise en place d'un pont flottant ou le creusement d'un tunnel, il fut décidé que l'East River serait enjambée par un pont suspendu.

Quand l'Amérique surpassa l'Europe
Si l'on excepte les antiques ponts de lianes ou de cordage, c'est aux Etats-Unis que vit le jour le premier pont suspendu par des chaînes en fer forgé, en 1802, œuvre de James Finlay. Franchissant le Jacob Creek, il faisait 15 mètres de longueur. L'idée fut tôt reprise par les ingénieurs britanniques, à une époque où l'Angleterre était à la pointe de la technologie métallurgique mondiale, et Thomas Telford réalisa un pont de 125 mètres de longueur en 1826. Les Français n'étaient pas en reste et l'entrepreneur Marc Seguin eut l'idée, pour le pont sur le Rhône de Tournon d'une portée de 85 mètres, de remplacer les chaînes par des câbles d'acier. Le pont suspendu moderne était né, mais il restait léger et fragile. Ce fut à un ingénieur d'origine allemande, immigré aux Etats-Unis en 1831, John Roebling, qu'il fut donné de montrer que l'Amérique pouvait désormais éclipser les plus grandes réalisations du Vieux Continent, en réalisant un pont de 1 825 mètres de longueur et d'une portée de 531 mètres !

Une construction pleine d'aléas
Roebling avait auparavant réalisé plusieurs ponts audacieux et sa maîtrise était universellement reconnue. Il proposa un pont dont le tablier serait à 45 mètres au-dessus de la rivière, permettant le passage des plus grands navires, suspendu par des câbles ancrés sur deux tours de 90 mètres de hauteur. New York en général et Manhattan singulièrement, offrent de solides assises de schiste et de gneiss, celles-là mêmes qui facilitèrent la construction des plus grands gratte-ciel. La construction du pilier Est, reposant sur le roc à 15 mètres en dessous du niveau de l'eau, fut ardue. Roebling utilisait la technique inventée par l'ingénieur français Jacques Triger, qui utilisait des caissons étanches alimentés en air comprimé pour permettre aux ouvriers de creuser dans le lit de la rivière. Mais l'ancrage du pilier du côté de New York faillit faire échouer le projet : à 35 mètres de profondeur, ils creusaient encore dans une assise de sable morainique. Roebling fit alors le pari de faire reposer la tour Ouest sur le sable damé. Ce fut à ce moment qu'il fut victime d'un accident : un ferry en accostant lui écrasa le pied et il mourut du tétanos en 1869, à l'âge de 63 ans. Les travaux furent ensuite assurés par son fils, Washington Roebling, également ingénieur de talent. Mais, à cette époque, on ignorait le problème des travaux dans une atmosphère pressurisée et l'on ne prenait pas la précaution d'effectuer une décompression lente. Vingt-sept ouvriers moururent d'embolie gazeuse – la « maladie des caissons » – et Washington Roebling lui-même souffrit d'atteintes ostéomusculaires qui le rendirent infirme. La fin des travaux fut supervisée par sa femme Emilie.

Un ouvrage fascinant
Avec ses deux tours de granit de style néogothique, son tablier large de 26 mètres qui accueillait deux lignes de tramways et deux voies pour les voitures à cheval, plus une seconde passerelle réservée aux piétons, le pont de Brooklyn fut salué comme l'expression du génie américain dès son inauguration le 24 mai 1883. Une foule de 20 000 personnes s'y pressa pour y assister dans une atmosphère de liesse, au son des salves de canons tirées par les navires du port et, quand vint le soir, admirer le feu d'artifice et s'étonner de l'éclairage électrique, le premier de la ville. Pour couper court aux inquiétudes de certains sur la solidité du pont, Phineas Barnum, le célèbre inventeur du cirque à grand spectacle, y fit passer les vingt-et-un éléphants de sa ménagerie ! La beauté peut naître de la technique et les lignes géométriques, les perspectives recherchées des suspentes du pont de Brooklyn ont fasciné nombre d'artistes peintres : l'Italo-Américain Joseph Stella, Marcel Gromaire, Albert Gleize, l'Américaine Georgia O'Keeffe ou, enfin, Andy Warhol qui le transfigura en « orange-bleu-citron vert », « vert-bleu-rose » ou encore « rose-rouge-bleu »... Plus encore que les peintres, les plus grands noms de la photographie nous ont donné des vues saisissantes de ce chef-d'œuvre. Pour ne citer que les plus grands : Eugène de Salignac, Charles Sheeler et Alfred Stieglitz furent suivis par Paul Strand et Ansel Adams, un enfant de Brooklyn, et Walker Evans. Si, aujourd'hui, des milliers de touristes reviennent toujours de New York avec une photographie du pont de Brooklyn, ils conservent aussi le souvenir de l'ambiance de la promenade piétonne où les New-Yorkais aiment, les beaux jours, venir flâner, courir, faire du vélo ou simplement se rencontrer. Mais, attention, si quelque individu vous propose de vous vendre le pont de Brooklyn, sachez qu'il vous compare aux naïfs qui effectivement l'achetèrent à l'escroc célèbre George C. Parker... qui termina sa vie dans la prison de Sing Sing après avoir également « vendu » la statue de la Liberté.
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