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L'hôpital et l'église de la Santa-Caridad de Séville
Un haut lieu du Baroque espagnol
Répertoriés parmi les plus beaux trésors du patrimoine sévillan, l’hôpital et l’église de la Santa Caridad s’élèvent non loin des berges du Guadalquivir, au cœur du quartier ancien de l’Arenal. Dédié aux pauvres, aux malades, à tous les déshérités, cet ensemble, daté principalement du XVIIe siècle, témoigne à la fois de la splendeur artistique de l’âge baroque, mais aussi des mentalités religieuses façonnées par l’omniprésence de la mort et l’incertitude du Salut. L’aspect que nous lui connaissons encore aujourd’hui est principalement le fait du vénérable Miguel de Manara, un noble et riche repenti, qui lui consacra toute sa fortune dans l’espoir d’expier ses péchés. Son souvenir semble indissociable de l’esprit des lieux, d’autant que sa statue orne les jardins de l’hôpital et qu’au seuil de l’église, sa dalle funéraire, foulée par des générations de fidèles, porte encore l’épitaphe qu’il s’était lui-même choisie : « Le pire homme qu’il y eût jamais » !

La Confrérie de la Sainte-Charité

Séville voit naître au milieu du XVe siècle la Hermandad de la Santa Caridad, confrérie religieuse dont la règle est fixée en 1578. Sa vocation première consiste à offrir une digne sépulture aux vagabonds retrouvés morts dans la rue, aux prisonniers condamnés à la peine capitale, à ceux qui, tombés malencontreusement dans le Guadalquivir, s’y noyaient, et dont elle se chargeait aussi de récupérer les corps. L’institution charitable siégea d’abord au centre de la ville, dans le cimetière Saint-Michel, puis s’installa au sein du quartier des arsenaux, dans une chapelle consacrée à saint Georges, au bord du fleuve. Mais l’édifice, jugé trop exigu, délabré par de fréquentes inondations, fut à son tour abandonné, et l’on décida, en 1644, de construire un nouveau sanctuaire, l’église de la Sainte-Charité, dont le plan originel fut dessiné par l’architecte Pedro Sanchez Falconete.

Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, la confrérie de la Sainte-Charité connut un spectaculaire développement sous l’impulsion de Don Miguel de Manara. L’histoire de ce gentilhomme sévillan est celle d’un revirement. Après avoir mené une vie dissolue, rythmée par les orgies, les rixes et les conquêtes féminines, il croise au terme d’une nuit d’ivresse un cortège funéraire. S’en approchant, il croit voir son propre visage dans celui du cadavre et interprète cette vision comme un avertissement divin. Il abandonne dès lors sa vie de pécheur et se consacre à la prière et aux pauvres dont le spectacle l’incite à construire, attenant à l’église de la Sainte-Charité, un hôpital digne de ce nom. Plus tard, Prosper Mérimée et Alexandre Dumas allaient reconnaître en lui, mais à tort, le modèle du Don Juan de Tirso de Molina, lui-même source d’inspiration pour Molière et Mozart. En réalité, l’archétype littéraire de Don Juan apparaît dès 1625 sous le nom du Trompeur de Séville, trente-sept ans avant la conversion de Miguel de Manara. D’après les archives, ce dernier devient membre de la confrérie en 1662, avant d’y être nommé frère majeur en 1664. Il fait dès lors achever la construction de l’église, ralentie depuis des années, faute de moyens. A l’intérieur, l’idée originelle d’une nef unique surmontée d’une voûte en berceau n’est pas contestée, tandis qu’à l’extérieur, le dessin de la façade est repris par Leonardo de Figueroa, qui installe une corniche en place de l’ancien clocher.

Désireux avant tout d’aider les pauvres, Miguel de Manara obtient aussi l’autorisation d’édifier un hospice, mais seulement réservé dans un premier temps à l’accueil nocturne des plus démunis. Au terme de huit années, il convainc cependant la confrérie de transformer cette institution trop modeste en un véritable hôpital. L’architecte Ruiz de Escalona entame sa construction à l’emplacement d’anciens chantiers navals mitoyens de l’église, et, jusqu’au XIXe siècle, l’édifice est régulièrement agrandi de nouvelles salles pour les malades. Il est précédé sur la rue d’un portail ouvrant sur une vaste cour intérieure divisée par une rangée d’arcades sur colonnes et décorée de panneaux d’azulejos, c’est-à-dire de faïence bleue et blanche, racontant des scènes de l’histoire biblique. De chaque côté, deux fontaines octogonales surmontées d’une statue de marbre semblent se répondre, l’une figurant la Foi, et l’autre la Charité.


L’église de la Sainte-Charité : l’incarnation même du baroque sévillan

La façade de l’église, dont la couleur blanche réfracte la lumière, est délicatement ornée de bleu et d’or, et offre un remarquable exemple du Baroque sévillan. Répartie sur trois registres horizontaux, elle est animée au niveau de la porte d’accès par des colonnes semblant surgir du sol et encadrant aussi, de part et d’autre, deux statues, abritées dans des niches. Celles-ci représentent saint Ferdinand III, qui reconquit la ville en 1248 et saint Ermenegilde, ancien prince wisigoth. Corniches, volutes et moulures dorées, ainsi que deux balustrades en fer forgé rythment l’ensemble qui est aussi ponctué de cinq panneaux d’azulejos. Sur la partie médiane, on observe ainsi saint Georges et saint Jacques et sur la partie supérieure les trois vertus théologales de foi, d’espérance et de charité. Ici, ni l’élégance ni la richesse ornementale n’entament la sobriété de l’ensemble car c’est encore la mesure et l’équilibre qui prédominent. A l’intérieur, l’esthétique baroque se déploie en revanche sous le signe du réalisme et de l’expressivité, selon un programme décoratif conçu par Miguel de Manara en personne et réalisé par des artistes aussi prestigieux que Juan de Valdes Leal, Pedro Roldan, Bernardo Simon de Pineda ou Bartolome Esteban Murillo. Dans l’esprit du temps, ils s’efforcèrent, chacun à leur manière, d’ébranler l’âme du fidèle tout en glorifiant la foi catholique chère à leur commanditaire.

Une réunion de chefs-d’œuvre

La mort et la maladie sont partout représentées à l’intérieur de l’église comme pour rappeler les deux fonctions que s’était assignées la confrérie de la Sainte-Charité : ensevelissement des défunts et soins prodigués aux malades. Au fond de la nef, le maître-autel, tout d’or paré et encadré par des colonnes torsadées, abrite ainsi une sculpture peinte de Pedro Roldan représentant avec un très grand réalisme la Mise au tombeau du Christ. L’église est aussi l’écrin de somptueux tableaux, comme ceux réalisés par Juan de Valdes, un peintre qui suscita par la suite l’admiration de Théophile Gautier. Sur le mur nord, une première « vanité », intitulée In ictu oculi (en un clin d’œil) montre un squelette terrifiant éteignant la flamme de la vie et foulant au pied le globe terrestre, tout en tenant un cercueil à la main. Par terre, on observe une tiare, une couronne, des vêtements d’apparat et des livres, symboles dérisoires de l’illusion du pouvoir et de la connaissance. Lui fait face, au sud, le Finis gloriae mundi figurant des cadavres en état de putréfaction et à travers lesquels on reconnaît ceux d’un évêque et d’un chevalier de l’ordre de Calatrava. Au-dessus, une balance tenue par la main du Christ rappelle le Jugement dernier à venir.

Sur les parois latérales, enfin, on découvre six tableaux originaux de Murillo, associés aussi à quatre reproductions dont les modèles furent dérobés par les soldats de Napoléon en 1810. Dans ce merveilleux ensemble, le peintre fait triompher les biens spirituels à travers notamment La Multiplication des pains et Moïse faisant jaillir une source, mais rappelle aussi la nécessité d’une vie de miséricorde, à l’exemple de Sainte Elisabeth de Hongrie parmi les lépreux. La douce lumière qui baigne la toile illumine particulièrement les visages, comme pour rappeler que les êtres, malades ou bienfaiteurs, pauvres ou puissants, et unis ici dans l'exercice de la charité, n’ont pas seulement la mort en partage, mais aussi l’amour du prochain.
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