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L'Escorial
L'austérité grandiose
C'est à quarante kilomètres de Madrid, au pied de la sierra de Guadarrama, que Philippe II a fait ériger un monastère-palais où il entendait préparer sa fin dans la vie et son entrée dans l'au-delà. Dans son isolement, l'Escorial apparaît bien comme une antichambre de la mort, austère et grandiose jusqu'à la folie.

Dédommager Saint-Laurent

Saint-Quentin, 10 août 1557. Au moment d'engager la bataille contre les troupes françaises du duc de Montmorency, Philippe II fait le vœu, en ce jour de la Saint-Laurent, de dédier son éventuelle victoire au saint en lui élevant un monastère. Les armes se révèlent favorables au roi et il tient parole. Rentré en Espagne en 1559 après la paix du Cateau-Cambrésis, il fixe la cour à Madrid et ordonne la construction d'un palais au nord de la nouvelle capitale. L'énorme bâtiment, qui va sortir de terre en à peine plus de vingt ans, préfigure une ère nouvelle dans l'architecture espagnole. L'adoption tardive des influences « romaines » de Vitruve met un terme brutal à la vogue du plateresque flamboyant. Ce changement de cap est intimement lié au contexte politique et religieux de la seconde moitié du XVIe/sup> siècle, temps où toute croyance est ébranlée depuis l'avènement de la Réforme protestante. Contrainte de réagir, l'Eglise catholique a lancé un vaste programme de réflexion et d'action pour défendre sa conception de la foi chrétienne à laquelle adhère pleinement Philippe II, et il est impossible d'évoquer l'Escorial sans replacer sa construction dans le contexte de la Contre-Réforme.

La Contre-Réforme traduite dans la pierre

La coïncidence n'a dû échapper à personne. La première pierre de l'Escorial est posée en 1563, l'année même où le concile de Trente termine ses travaux. Féru d'architecture, le roi encourage Juan de Herrera, le véritable inventeur du plan de l'Escorial, à mettre en œuvre un projet architectural d'une conception résolument nouvelle. Herrera et le roi deviennent ainsi les architectes de la Contre-Réforme. A l'Escorial, Philippe II réalise aussi l'union du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel. Ce n'est pas un hasard si le bâtiment renferme tout à la fois un palais, les tombeaux des Habsbourg, un monastère et un collège confiés aux Hiéronymites. L'ensemble peut fonctionner en autarcie, comme un Etat dans l'Etat, microcosme-reflet d'un monde supérieur. La symbolique du plan est forte : l'église et les appartements privés se trouvent dans l'axe du quadrilatère, comme le cœur et la tête de l'ensemble. On retrouvera la même disposition dans le Versailles de Louis XIV, où la chambre du Roi-Soleil, ouvrant sur la cour de marbre, est placée à l'épicentre du château. Où comment rendre visible aux yeux de tous l'absolutisme d'une monarchie de droit divin...

Une puissante rudesse

Le gigantesque quadrilatère (208 m x 162 m) en granit bleuté de la sierra de Guadarrama, affecte la forme d'un grill, élément du supplice de saint Laurent. Les tours d'angles figurent les quatre pieds, les appartements royaux le manche, en saillie sur les jardins. Passé le porche principal, le patio des Rois ouvre sur la façade de l'église, veillée par les statues colossales des rois de Juda. Le grandiose intérieur est rehaussé par le retable de la capilla mayor, œuvre herrerienne par excellence, flanquée des statues orantes du roi et de sa famille. En sous-sol, exactement à la verticale du chœur, le Panthéon royal est une chambre octogonale où brillent le bronze doré et les revêtements précieux. A gauche, empilés dans des niches, les cercueils des rois, à droite, en vis-à-vis, ceux des reines ayant laissé une succession au trône. Une promiscuité éternelle bien singulière pour Charles-Quint, Philippe II et leurs descendants Habsbourg et Bourbons. La bibliothèque est une somptueuse salle ornée de fresques maniéristes. Dans cet antre de la culture catholique, les rayonnages renferment quelque soixante mille volumes, tandis que des sphères armillaires semblent rappeler l'universalité déclarée de la royauté espagnole.

Face à tant de splendeurs, les appartements du roi offrent le contraste d'une étonnante austérité. C'est dans sa chambre, étroite et sombre, pourvue d'une unique fenêtre ouvrant sur le maître-autel de l'église, que meurt Philippe II le 30 septembre 1598. Dans son testament, avec une arrogante humilité, il a ordonné que trente mille messes soient dites pour son âme, dans tout le royaume et en même temps ! Ainsi, à l'heure ultime, le roi pieux, qui a préféré au mysticisme de l'extase développé par sainte Thérèse d'Avila et illustré par Le Greco, un mysticisme de l'action, compte sur son palais-monastère pour s'ouvrir les portes du Ciel...
Pour visiter l'Escorial avec Clio
ES 31 - 11 jours

La Castille, patrie de Cervantès, fut le berceau du Siècle d'or espagnol. Philippe II fit de Madrid, en 1562, la nouvelle capitale de son royaume d'où le génie des lettres et des arts espagnols rayonna ... Découvrir ce voyage
 

 
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