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Ingapirca
Quand les Incas conquirent l'Équateur
La forteresse de Cannar
En 1735, Louis XV était encore pour le bon peuple de France « Le Bien-Aimé » quand il donna « lettre d'ordre et secours » à l'astronome Louis Godin et au mathématicien et géographe Charles Marie de La Condamine pour effectuer une expédition en Amérique du Sud et mesurer avec précision, entre Quito et Cuenca, une fraction de méridien proche de l'équateur. En août 1739, malgré la suspicion des autorités espagnoles de l'Audience royale de Quito, la mission était accomplie et ce sera en référence au Journal du voyage fait par ordre du Roi, à l'équateur de La Condamine que le pays prendra, quand surviendra en 1822 son indépendance, le nom d'Equateur. Au cours de cette mission, La Condamine se passionna aussi pour l'ancienne civilisation des Incas et, en 1737, il prit le temps d'étudier en détail les vestiges d'une forteresse située à quelques lieues de la ville coloniale espagnole de Cuenca, près du village de Cannar, à 3 200 mètres d'altitude : « Ruynes anciennes que les Indiens apellent (sic) d'un nom général, Inca Pirca, c'est-à-dire, murailles de l'Inca, situées dans un terrain avantageux sur une hauteur, dans l'angle formé par deux ravines... »

L'emprise de l'Inca
Depuis la plus haute Antiquité, les régions qui forment l'Equateur d'aujourd'hui participèrent des grandes civilisations andines. Aux environs du XIVe siècle, l'Equateur était divisé en plusieurs confédérations tribales, dont la plus puissante était celle des Caras, unifiée depuis le XIe siècle sous l'égide de la dynastie des Shyri, tandis que la région d'Ingapirca appartenait à l'ethnie des Kañari – kan signifiant serpent, et ara, perroquet. Après avoir subi l'influence du royaume Chimu, l'Equateur fut convoité par l'Empire inca en pleine expansion. La conquête fut l'œuvre de Tupac Yupanqui (1471-1493) puis de Huayna Capac (1493-1525), mais elle fut difficile et sanglante. Il semble que la société des Kañari ait été de type matriarcal et les Incas purent ainsi, par mariages, en devenir les maîtres légitimes.

Cependant, jamais les Incas ne réussirent, durant les cinquante années que durèrent leur domination, à imposer leur culture, hormis l'usage obligatoire de la langue quechua. La construction de la citadelle et du complexe cultuel d'Ingapirca répondait ainsi à trois objectifs : montrer par leurs réalisations architecturales imposantes la grandeur de la civilisation inca, mettre en avant le culte solaire chez un peuple dont la divinité souveraine était la lune, et, enfin, disposer d'une place forte stratégique en cas de révolte.

Le site Kañari
Si le site d'Ingapirca, tel qu'on le voit aujourd'hui, présente tous les traits d'une ville fortifiée et d'un centre cérémoniel inca, les archéologues ont mis en évidence une longue occupation antérieure du lieu. A l'entrée du site, les pilaloma, série de chambres rectangulaires disposées autour d'une grande cour, remonteraient au IXe siècle. En 1970, une mission archéologique mit aussi au jour une tombe surmontée d'une pierre dressée, sépulture d'une souveraine ou d'une grande prêtresse kañari, accompagnée dans la mort par une dizaine de servantes. Au centre du site, le long d'une grande place – la Gran Cancha, sorte d'<>iagora bordée de maisons, de tavernes et d'ateliers –, on observe encore les vestiges de maisons traditionnelles kañari, de forme ovale et construites en galets des rivières environnantes, par opposition aux constructions incas, rectangulaires et bâties de blocs d'andésite verte, partiellement taillés.

La ville inca
Conçue globalement sur le même plan que Cuzco, la capitale de l'empire, Ingapirca était dominée par l'imposante structure elliptique appelée aujourd'hui « la citadelle » ou « le temple du Soleil » : sa fonction militaire ou religieuse est toujours objet de débats... Ceinte de deux murailles faites de blocs parfaitement taillés et ajustés, percées de portes aux impressionnants linteaux, elle était le plus grand édifice du Nord de l'Empire inca.

Au pied de la « citadelle », l'Aposentos était la résidence des « Vierges du Soleil ». Ces jeunes filles choisies pour leur beauté se livraient au tissage de la laine de vigogne et pouvaient être choisies comme épouses secondaires de l'Inca ou... victimes sacrificielles pour apaiser les dieux.

Ingapirca, véritable ville, comportait aussi, alimenté par un aqueduc, un établissement de bains – à fonction rituelle ou thérapeutique ? – des quartiers d'habitation, des palais ou résidences de dignitaires, tel cet ensemble appelé aujourd'hui La Condamine, des silos et entrepôts de nourriture.

En 1534, les Kañari accueillirent en libérateur le conquistador Sebastian de Belalcázar, mais s'empressèrent de piller les richesses d'Ingapirca, vaisselles d'or et d'argent, étoffes pailletées d'or, vases ciselés, avant qu'elles ne tombassent aux mains des Espagnols. Abandonné, le site abritait une métairie et des troupeaux de lamas lorsque La Condamine en fit la première exploration.
 

 
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