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La forteresse de Hwaseong
Une forteresse bâtie sur les idées
En 1762, la Corée est secouée par un scandale retentissant. Accusé de meurtre, le prince héritier Sado vient d’être condamné à être enfermé dans un coffre jusqu’à ce que la mort par suffocation s’en suive. Une mort ignominieuse à laquelle assiste son fils, le futur roi Jeongjo, qui fut à l'origine de la forteresse brillante ( Hwaseong), un des joyaux de la Corée classé au patrimoine de l'humanité par l’UNESCO en 1997.
La Corée était gouvernée depuis 1392 par la dynastie du Joseon qui s’était instituée comme une monarchie centralisée confucianiste. Les souverains régnaient au moyen d’une caste de fonctionnaires lettrés confucéens. La cour du Joseon avait connu, durant les XVIIe et XVIIIe siècles un fort développement des cabales entre factions confucéennes rivales qui avaient progressivement paralysé l’Etat et enfoncé le pays dans le conservatisme contre lequel le roi Jeongjo s’éleva dès son accession au trône en 1776. Son père, le prince Sado, avait été la victime de ces luttes, et il entendait y mettre un terme définitif.

Une nouvelle capitale pour la Corée

Hwaseong fut sa réponse à la crise. Sur l’emplacement du tombeau qu’il avait fait construire pour son père, le roi ordonna la construction d’une nouvelle capitale, à Suwon, loin de la cour. La décision était révolutionnaire. En choisissant de déplacer la capitale en ce lieu, Jeongjo faisait preuve de piété filiale, la première des vertus confucianistes, et s’ancrait dans un fief familial vierge d’influences étrangères. Les visites annuelles lui permettaient de plus de s’éloigner régulièrement de Séoul et justifiaient la construction d’un palais royal temporaire, le Haenggung. Témoignage de son ambition, les portes de la ville-forteresse furent construites sur le modèle des portes de Séoul, en plus majestueux.
C’est que Suwon réunissait tous les avantages pour la construction d’un site de grande ampleur. Le lieu était situé à la jonction des voies commerciales et proche du cœur du royaume, la plaine de la Han. Hwaseong permettait d’établir un site selon les principes du pungsu, le Feng shui coréen : la forteresse était adossée à une montagne, entourée de part et d’autre de reliefs et ouverte sur le devant sur une plaine. L’axe principal fut tracé en parallèle de l’axe de la montagne tandis qu’un cours d’eau fut détourné pour traverser la forteresse. Enfin, les portes furent orientées sur les points cardinaux permettant une circulation optimale des énergies. La forteresse épouse ainsi le relief sans imposer un plan en grille comme en Chine, révélant une identité typiquement coréenne.

Le manifeste de pierre du Silhak

Hwaseong devait être la place forte de Jeongjo. Pour cette raison, la construction de la forteresse fut la première étape de son projet politique. Ce projet devait s’appuyer sur une base idéologique forte : Jeongjo reprit à son compte les idées d’une école confucéenne considérée comme marginale, le Silhak, et fit de ses membres les maîtres d’œuvre de Hwaseong.
Le Silhak, ou école des « études pratiques », avait pour ambition de réformer le confucianisme. C’est l’un de ses membres, Jeong Yak-Yonk, dit « Dasan », qui se chargea de traduire leurs principes dans la pierre. Le Silhak avait élevé les sciences appliquées au rang de règle de comportement en réaction au néoconfucianisme qui considérait que peu importaient les circonstances, la fidélité à la doctrine primait. Dans ce carcan idéologique, les lettrés conservateurs préféraient avoir tort avec le modèle chinois qu’avoir raison en utilisant l’expérience. Les penseurs du Silhak développèrent une curiosité quasi encyclopédique pour les sciences et les nouveautés venues de l’extérieur, d’Europe et de Chine, que leurs adversaires refusaient de prendre en compte.

Une forteresse moderne

Hwaseong devait être une véritable place forte ; les principes du Silhak contribuèrent à la rendre imprenable. La forteresse devait répondre à un besoin : au XVIe siècle, la Corée avait été dévastée par les Japonais et, au XVIIe siècle, par les Mandchous. Les défenses traditionnelles de la Corée étaient constituées de forteresses de montagne protégeant les villes, qui s’étaient révélées inefficaces et dépassées depuis le développement des canons.
Suivant le pragmatisme de son école, Dasan imagina une véritable cité fortifiée permettant de protéger la population. Le maître d’œuvre avait prévu des murailles conçues comme une défense active grâce à ses tours de guet à plusieurs étages, ses tours à canons stratégiquement disposées et ses bastions avancés. Les murs disposaient aussi de portes secrètes servant à maintenir les communications et lancer des attaques proactives. Dasan avait surtout compris l’importance des communications. Un centre de commandement sur la montagne dominant l’ensemble de la forteresse pouvait centraliser les informations de chaque tour, bastion et barbacane et organiser une défense souple et efficace. Un des bastions disposait d’un système de feux d’alerte permettant de communiquer à longue distance avec Séoul et transmettre directement les informations.
C’est surtout dans la réalisation de la forteresse que Dasan montra son génie. Le site fut bâti en un peu plus de deux ans entre 1794 et 1796 par une armée de 370 000 ouvriers et artisans qui n’étaient plus des travailleurs soumis à la corvée comme par le passé, mais étaient des salariés dont la rétribution variait selon le poste et l’avancement. Ils étaient divisés en équipes et en corps, et disposaient de systèmes de grues innovantes inventées par Dasan. Cette gestion raisonnée nous est connue dans les détails par les archives de la construction de la forteresse de Hwaseong qui furent publiées dès 1800 et contiennent rien de moins que les plans originaux, les commandes de matériel, les dépenses et les salaires versés. Ces comptes tenus par Dasan nous montrent un souci de bonne gouvernance qui permit à Jeongjo de faire construire son projet sans ruiner son pays. Ces plans se révélèrent précieux lors des campagnes de reconstruction du site, lourdement endommagé par la guerre de Corée.
Mais Suwon ne devint jamais capitale : Jeongjo mourut soudainement en 1800, peut-être assassiné par les factions qu’il dérangeait. Ses projets furent enterrés, Dasan fut disgracié et exilé. Dans les années suivantes, les luttes de factions reprirent, bloquant toute évolution jusqu’à ce que les Occidentaux et le Japon industriel forçassent les portes de la Corée. Hwaseong fut finalement un échec, mais les Coréens chérissent ce site, non seulement pour sa beauté, mais surtout parce qu’il a incarné un espoir de renouveau fondé sur la raison, selon la volonté du roi Jeongjo et de son maître d’œuvre. Cette volonté et l’ingéniosité des bâtisseurs de Hwaseong apparaissent lorsqu’on contemple l’ensemble du site depuis les hauteurs de la ville : on se rend alors compte que le lieu n’est en rien une simple forteresse.
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CO 50 - 13 jours

La Corée constitue pour le voyageur d'aujourd'hui un lieu de découverte d'autant plus fascinant qu'elle apparaît de prime abord énigmatique. Nous vous invitons à pénétrer avec nous cette terra incognita ... Découvrir ce voyage
 

 
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