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Preah Khan
Le lieu sacré de la victoire
Le chant du cygne du royaume khmer au XIIe siècle

Le royaume khmer du Cambodge, centré sur sa capitale Angkor, connut une histoire mouvementée au XIIe siècle. Tout puissant, il domina sans conteste le monde du Sud-Est asiatique sous l'autorité du roi Suryavarman II, le constructeur d'Angkor Vat, qui régna de 1113 à 1150. Les trois décennies qui suivirent furent marquées par d'incessantes querelles de succession, et les offensives du royaume rival du Champa, situé au centre du Vietnam actuel, qui finit par envahir le royaume khmer et saccager Angkor. C'est après de longues péripéties qu'il revint à Jayavaman VII de recouvrer son trône en 1181 et rendre à Angkor toute sa grandeur. Fervent bouddhiste, bâtisseur infatigable qui donna à sa capitale Angkor Thom son plus beau joyau, le temple du Bayon, dont les « tours-visages » sont devenues le symbole du Cambodge historique, Jayavarman VII fut violemment renié par ses successeurs, et les chroniques cambodgiennes des siècles suivants ne le nomment même pas. Pourtant, grâce aux travaux des archéologues qui ont rendu toute leur gloire aux monuments qu'il édifia, dans le Cambodge moderne, majoritairement bouddhiste, Jayavarman VII est devenu pour les petits écoliers le héros national paradigmatique, celui qui incarne la grandeur du royaume khmer et sut donner à son peuple le bonheur... Dans sa fièvre de construction, il fit édifier plus de monuments durant son seul règne que tous ses prédécesseurs réunis, et Georges Coedes, éminent épigraphiste du début du XXe, nous affirme que « le règne de Jayavarman VII marque une période de gloire pour l'Empire khmer : c'est une sorte de chant du cygne d'une prodigieuse intensité ».


Temple montagne et temple funéraire

Ce fut au cours du IXe siècle, au début de la période angkorienne inaugurée par Jayavarman II (802-850) que se mirent en place les grandes caractéristiques de l'architecture monumentale khmère. Dès cette époque, l'organisation sociale et politique du royaume khmer reposa sur l'instauration du culte du dieu-roi (Devaraja) qui affirmait que le roi était d'essence divine, incarnation d'un dieu, en général Shiva ou Vishnou. Dès lors, chacun des souverains transcrivit ce principe dans l'architecture et fit édifier un temple-montagne symbolisant la position du roi-dieu entre le siège divin, le mythique mont Meru, et le monde des hommes, le royaume, clos dans une enceinte et entouré de douves figurant l'océan primordial. Dans le cas de Jayavarman VII, roi bouddhiste, la figure divine fut celle d'Avalokiteshvara, le bodhisattva de la compassion universelle. Chaque roi fit aussi ériger, si toutefois la durée de son règne le lui permettait, un temple dédié à ses ancêtres, plus particulièrement à son père et sa mère. Ces temples funéraires, qui se développaient à plat, étaient aussi destinés, dans le contexte hindouiste, à assurer la prospérité du royaume.


Preah Khan : temple, monastère ou ville ?

Entre 1184 et 1191, après avoir fait construire les temples de Ta Prohm, de Banteay Kdei et creuser le grand bassin du Shrah Srang, Jayavarman VII ordonna la construction du complexe de Preah Khan, temple funéraire dédié à la mémoire de son père, Dharanindra Varman II. La tradition affirme qu'il fut édifié sur les lieux mêmes de la victoire décisive de Jayavarman VII sur les troupes cham. Le nom moderne de Preah Khan, qui signifie « l'épée sacrée » dérive d'ailleurs du nom original sanskrit, Nagara Jayasri, le « lieu sacré de la victoire ». L'ensemble, entouré d'une douve de quarante mètres de largeur, couvre près de cinquante-six hectares et présente quatre enceintes concentriques. On y accède par une allée monumentale soulignée de bornes qui étaient sculptées de bouddhas, martelés lors de la réaction hindouiste sous Jayavarman VIII (1243-1295). On franchit ensuite la douve par une chaussée bordée de devas et d'asuras portant un naga géant, évoquant le mythe hindouiste du barattage de la mer de lait à la recherche de l'amrita, l'ambroisie qui assure l'immortalité des dieux. L'enceinte extérieure, construite en latérite, est unique à Angkor par sa décoration de monumentales représentations sculptées dans le grès rose, de Garuda, l'aigle véhicule de Vishnou, qui la ponctue tous les cinquante mètres. On retrouve des garudas de cinq mètres de haut flanquant le premier gopura – porte monumentale – qui renfermait une magnifique statue de la Prajnaparamita, la « sagesse transcendante » du bouddhisme mahayana, maintenant au musée Guimet. Dans le vaste espace entre la quatrième et la troisième enceinte, on ne voit plus guère aujourd'hui que les ruines d'un dharmasala, gîte pour les voyageurs ou les pèlerins, mais il semble que se trouvait là, construite en matériaux périssables, une véritable petite ville, abritant, selon la tradition, 97 840 personnes, pourvoyant aux besoins de 15 000 moines, professeurs et étudiants !
Le gopura de la troisième enceinte, gardé par un lion, était aussi décoré de nombreux petits bouddhas qui ont ensuite été maladroitement resculptés en forme d'ascètes barbus. Devant l'entrée du sanctuaire principal, un élégant édifice, préau cruciforme entouré de galeries sur piliers et décoré d'apsaras, est habituellement appelé « hall de danse » par analogie avec le plan des temples indiens. Un peu plus au nord, subsiste une très curieuse construction à un étage, aux colonnes massives et aux entablements horizontaux, reposant sur une plateforme, une crepidoma. Totalement différent par sa structure des édifices khmers, il a été interprété par certains comme le témoignage de la lointaine influence de l'architecture grecque classique qui aurait transité vers ces régions par l'intermédiaire du royaume gréco-bactrien, puis de l'Inde...


Le sanctuaire

La dernière enceinte, de 220 sur 70 mètres, renferme le temple principal, le prasat cruciforme, flanqué de courettes, de niches, dans une galerie pourtournante. Il y a longtemps que La statue du père de Jayavarman VII, sous la forme d'Avalokiteshvara, a disparu, et elle fut remplacée au XVe siècle par un stupa. Bien que bouddhiste, le prasat central est encadré par deux petits temples dédiés à Shiva et Vishnou, mais la cour de la dernière enceinte est aussi encombrée d'innombrables petits sanctuaires dédiés aux ancêtres royaux et à des divinités secondaires aux noms rattachés à ceux de dignitaires défunts.

Le temple de Preah Khan marque une étape capitale, avant la construction du Bayon, dans l'histoire d'Angkor, celle de la grande réforme religieuse qui, tout en restant tolérante vis-à-vis de l'hindouisme, donna ses lettres d'or au bouddhisme cambodgien.
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