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Le retable de L'Agneau mystique
Le chef-d’œuvre de Gand
Depuis plus de cinq siècles, la cathédrale Saint-Bavon de Gand abrite le chef-d’œuvre absolu de la peinture flamande, le polyptyque de L'Agneau mystique, peint en illustration de l'Apocalypse de saint Jean par les frères Van Eyck.

Au service du duc de Bourgogne

De nombreux mystères planent encore sur les biographies des deux frères. Hubert, l'aîné, principalement miniaturiste, est très peu présent. Tout au plus sait-on qu'il commença L'Agneau mystique, mais que l'essentiel du polyptyque est dû à son cadet. La vie de Jan est mieux connue. Né vers 1390, sans doute à Maaseik, petite ville flamande sur la basse Meuse, il entre en 1422 au service de Jean de Bavière, prince-évêque de Liège. Trois ans plus tard, Jan passe à la cour du puissant duc de Bourgogne, Philippe le Bon. Il semble qu'il ait effectué pour le duc des missions secrètes qui lui auraient permis de voyager en Italie. De loin en loin, on le trouve à Valence puis à Lisbonne, à Lille et à Bruxelles. Il se fixe enfin à Bruges, épouse Marguerite, dont il a laissé un émouvant portrait, et achète une maison dans la ville, en 1432, l'année même de l'achèvement de L'Agneau mystique. Il serait mort à Bruges en 1441.

Révolution picturale

L'art de Van Eyck s'inscrit dans un XVe siècle secoué par des controverses religieuses. Un courant se constitue dans le but de reconquérir les fidèles en diffusant une image plus incarnée de la foi. L'expressivité des images doit permettre de rapprocher les croyants de leur Eglise. L'art de Van Eyck a pour vocation de répondre à ces exigences religieuses et liturgiques : la recherche du détail signifiant, la multiplication des signes aisément déchiffrables, le goût des grands formats invite les fidèles à communier avec les œuvres, à les scruter avec soin afin d'en faire le support de leur prière, devenue un exercice quotidien. Pour ce faire, Van Eyck va réaliser une véritable révolution formelle. Il perfectionne la technique de la peinture à l'huile en poussant à l'extrême le maniement des glacis. En superposant de fines couches de pigments mêlés à un medium translucide, il parvient à une qualité de lumière et de couleur infiniment subtile. Le soin apporté au traitement des matières, l'importance accordée aux détails, les effets spatiaux renforcés par la perspective atmosphérique et la finesse des compositions éloignent définitivement la peinture des « Primitifs flamands » des conventions du gothique international.

L'Agneau mystique : un espace illusionniste et symbolique

Volets fermés, le retable est divisé en trois registres sur le thème de l'annonce la Bonne Nouvelle. Au registre inférieur, Van Eyck a peint les portraits du riche marchand Jodocus Vijt et de son épouse. Ils sont à genoux en prière, mais, pourtant, d'une taille égale à celle de saint Jean Baptiste et de saint Jean L'Evangéliste, représentés au centre sous la forme de deux exquises statues de marbre dans une niche. Le registre médian porte une Annonciation couronnée par les panneaux supérieurs arrondis où prophètes et sibylles prédisent la venue du Christ. L'ensemble est traité dans une douce harmonie de bruns et de beiges qui donne la vedette aux deux donateurs entièrement vêtus de rouge flamboyant.
Ouvert, le retable se déploie sur 5,60 mètres en treize panneaux inégaux dont le décalage anime l'ensemble d'une dynamique évoquant le mouvement de l'humanité en marche vers la béatitude universelle. Aux deux extrémités supérieures, Adam et Eve, prodigieux de présence et emprisonnés par Van Eyck dans deux niches étroites, rappellent le péché originel et la nécessité de la Rédemption. Au centre du registre inférieur, le sacrifice de l'Agneau qui s'offre sur l'autel, ouvre la voie du Paradis à la foule des élus, minutieusement représentés par le peintre et réunis en groupes distincts. Apôtres, patriarches, évêques, martyrs et saintes, ermites, pèlerins et chevaliers, ils sont en route pour le jardin céleste où planent les Anges musiciens, à l'expressivité impressionnante, drapés dans des manteaux aux teintes somptueuses…

La reproduction fidèle de la réalité

Chez le Van Eyck de L'Agneau mystique, l'imitation de la réalité est d'une précision confondante. Le souci de reproduire chaque détail est une constante dans l'œuvre du maître, dont le sens de l'observation est particulièrement aigu. Son pinceau consigne chaque détail comme une chose indépendante et, pourtant, chacun est parfaitement intégré dans l'ensemble. Cela vaut pour la texture des vêtements (les capes en brocart des Anges musiciens dont les mouvements des lèvres correspondent aux quatre voix de la polyphonie), les meubles (l'orgue ou le pupitre minutieusement sculpté, le livre posé sur les genoux du Baptiste, dont on peut lire les phrases) ou encore les figures humaines (les corps nus d'Adam et Eve, d'une humanité impressionnante qui n'a rien à envier aux représentations modernes). Dans les jardins du Paradis, on a pu identifier trente espèces de fleurs et de plantes, ainsi qu'une quinzaine d'arbres et d'arbustes !

« Dans les bras du Paradis »

Une seule personne peut, aujourd'hui, observer le retable comme il y a cinq siècles : le chapelain de la cathédrale de Gand, qui entre parfois dans l'armoire de verre blindé qui protège la merveille contre les injures du temps et des hommes. « Je me sens alors, dit-il, pris dans les bras du Paradis. »
 

 
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