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Les deux plus importants commanditaires de Peter Bruegel (1525-1569) furent le cardinal Perrenot de Granvelle, envoyé par Philippe II à Bruxelles pour réprimer la réforme, et le riche financier d’Anvers Jonckeeling, ami personnel du roi d’Espagne. Comment Bruegel, homme de la Renaissance, évoluant dans un milieu érudit pour qui la tolérance prônée par Erasme était une valeur première, vécut-il ces conflits religieux et politiques ? La réponse à ces questions ne peut se trouver que dans ses tableaux, car sa vie demeure très mal connue…

Devinette
La plupart des tableaux de Bruegel semblent composés pour égarer le spectateur. Il faut souvent chercher dans un recoin de la toile ou au beau milieu d’un foisonnement de personnages, les minuscules figures qui illustrent le titre du tableau. Ainsi, dans Le Suicide de Saül, le chef des Israélites apparaît sous forme d’une dérisoire marionnette masquée par l’océan des lances et des arbres qui envahissent la toile. Dans La Conversion de saint Paul, ce n’est qu’à la faveur d’une trouée dans la foule que nous apercevons la petite tache bleue représentant, dans un audacieux raccourci, vu de dos, le saint jeté à terre. Et dans La Chute d'Icare, un paisible laboureur et son cheval occupent tout le premier plan, indifférents à la noyade d'Icare qui se joue au loin sur quelques centimètres carrés de toile. Pour découvrir le sens de ces œuvres, Bruegel nous invite à interpréter...

Ambiguïté
La même ambiguïté imprègne ses grands paysages hivernaux où, dans le décor paisible de la campagne flamande, ce sont ses contemporains que l'on voit vaquer à leurs occupations ordinaires pendant que la neige recouvre en silence L'Adoration des mages, Le Dénombrement de Bethléem, ou Le Massacre des Innocents. D’autres avant lui, et notamment Patinir, avaient utilisé des thématiques religieuses comme prétextes pour représenter le paysage, mais le génie de Bruegel est d’avoir tiré de cet écart une tension dramatique qui, loin de faire passer au second plan le sens du sujet, le dote d’une charge émotionnelle renouvelée.
Bruegel l’énigmatique dédaigne ainsi les règles du concile de Trente qui prône le respect à la lettre des indications données par les Evangiles. Et, cependant, on ne trouve dans sa peinture nulle véritable dénonciation de l’action menée par les Espagnols. L’oppressante silhouette noire qui hante plusieurs de ses tableaux n’est sans doute pas, comme le soutiennent certains exégètes, un portrait du duc d’Albe qui n’entrera en scène que très peu de temps avant la mort du peintre. Et l’étendard des Habsbourg qui flotte au-dessus des troupes romaines conduisant le Christ au Golgotha, peut s'interpréter comme l'assimilation de leur empire à celui de Rome…
Bruegel imita sans doute ainsi ses amis humanistes, l’imprimeur Christophe Plantin et le géographe Abraham Ortelius, qui choisirent d’adopter au moins extérieurement le comportement de bons catholiques afin de garder, avec l’autorité politique, les bonnes relations indispensables à la réussite de leurs entreprises économiques et culturelles.

Rire et désespoir
Mais maintenir une telle attitude ne pouvait aller sans déchirement, et la trace de cet écartèlement est présente dans l’œuvre de Bruegel par la tonalité ironique, désabusée ou pessimiste à laquelle n’échappent que très peu de ses créations. De la violence expressionniste qu’il emprunte volontiers à Jérôme Bosch dans Dülle Griet à la rudesse des Danses et des Noces paysannes, en passant par l’inquiétante mélancolie des Jeux d’enfants, Bruegel joue de toutes les nuances de son génie pour traduire une vision désabusée du monde et de l'humanité. Et si Bruegel « Le Drôle » eut longtemps la réputation d’un peintre comique, c’est sans doute parce que l’humour est la politesse du désespoir.

Jan Brueghel de Velours
Son œuvre, rare et captée dès l’origine par de puissants collectionneurs, fit la fortune de ses deux fils, Jan et Peter. On compte par dizaines les répliques qu'ils firent de ses tableaux, le record étant détenu par Le Dénicheur qui dépasse la centaine ! Jan de Velours le Magnifique se démarqua toutefois rapidement par la liberté de ses variations sur les thèmes de son père. Influencé par la mode littéraire de la préciosité qui mettait en avant la grâce sophistiquée, il fut le protégé de Philippe Borromée et peignit des scènes religieuses sereines et souriantes qui – comme Saint Fulgence ou La Fuite en Egypte – demeurent de petits joyaux. Formé à l’art de la miniature par sa grand-mère Maria Coeke, il excelle dans les paysages et la représentation minutieuse de bouquets ou de somptueuses guirlandes de fleurs entourant des sujets religieux ou profanes. Il triomphe également dans les allégories qu’il réalise en collaboration avec le cercle prestigieux des artistes anversois : à lui les chevrettes, le poisson-scie, les courges et les lys, à ses amis Rubens ou Van Balen les pulpeuses nymphes et les putti espiègles qui animent L’Allégorie des éléments ! Ce travail à plusieurs mains prend une nouvelle dimension encore dans la série superbe des Cinq Sens où, non seulement Jan collabore avec cinq ou six artistes, mais où il introduit le thème de la galerie de tableaux, minuscules reproductions où l’on reconnaît en majorité, parmi quelques maîtres anciens comme Titien ou Bruegel Père, les œuvres de ses amis...
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Vienne, capitale d'Empire, est restée depuis les Habsbourg, mécènes et mélomanes, une capitale artistique qui brille par la richesse de ses musées et la beauté de son architecture baroque et moderniste. ... Découvrir ce voyage
 

 
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