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Un « commonwealth bourguignon » ?
Les Pays-Bas du début du XVe siècle au début du XVIe siècle
Christophe de Voogd
Maître de conférence à l'Institut d'études politiques de Paris
Ancien directeur de la Maison Descartes (Institut français des Pays-Bas)
À partir du début du XVe siècle – dès la fin du XIVe pour la Flandre –, la vaste région qui couvre aujourd'hui les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg et le nord de la France tomba progressivement sous la domination des ducs de la maison Valois de Bourgogne, branche cadette de la famille royale de France. Elle constituait, à côté des possessions françaises des ducs l'autre partie – de loin la plus peuplée et la plus prospère – de l'ensemble bourguignon coupé en deux par la Champagne et la Lorraine. D'où la désignation de « Pays de par-deçà » – sous-entendu « par deçà la Champagne » – par opposition aux possessions méridionales dites « pays de par-delà ». Cet État bourguignon, qui a manqué de très peu son érection en royaume indépendant entre France et Empire, a formé assurément avec l'Italie du Nord l'un des deux pôles principaux d'Europe occidentale à la fin du Moyen Âge tant sur le plan économique que culturel.

Entre Moyen Âge et Renaissance

Encore faut-il, pour percevoir l'importance de ce « commonwealth bourguignon », prendre cette époque dans sa plus grande extension chronologique, du début du XVe siècle au début du XVIe siècle au moins, bien au-delà donc de la mort de Charles le Téméraire (1477). Si, à cette date, les provinces méridionales font retour à la France, les Pays-Bas, eux, vont conserver l'héritage et le souvenir de cette dynastie qui va se fondre, par le mariage de Marie de Bourgogne et de Maximilien d'Autriche, dans le destin des Habsbourg. Il est non moins indispensable de rompre avec la vision ancienne de l'historiographie française, dont l'origine remonte à Commynes, chroniqueur bourguignon passé dans le camp français, et qui a prospéré au XIXe siècle pour les besoins de la construction de la mémoire nationale. Cette tradition a trop souvent réduit l'épopée des ducs de Dijon à la lutte – bien entendu illégitime ! – de grands féodaux contre la couronne royale.

Assurément très soucieux de leur position dans le royaume, les grands ducs de Bourgogne n'en font pas moins figure, et ce de plus en plus au fil du siècle, de princes à part entière, soucieux de marquer leur indépendance à l'égard du roi et menant de l'Angleterre aux Balkans, une politique de dimension européenne. Et c'est dans les provinces du Nord d'où ils tirent l'essentiel de leurs ressources que les deux derniers ducs, Philippe le Bon et Charles le Téméraire, résident le plus fréquemment.

Ainsi abordée, la période bourguignonne est une clef indispensable à la compréhension de l'histoire des Pays-Bas auxquels elle donna une certaine unité politique et surtout une incontestable personnalité économique et artistique.

Personnalité dont l'interprétation alimente, il est vrai, un autre débat historiographique, encore très vivant, entre les tenants d'une « Renaissance » bourguignonne mettant l'accent sur les innovations de l'économie et de l'art et les partisans de la vision strictement « médiévale » de cette période, développée notamment dans le chef-d'œuvre du grand historien néerlandais Johan Huizinga, L'Automne du Moyen-Âge.

Sans vouloir trancher un tel débat, nous pourrions bien avoir affaire avec ce XVe siècle bourguignon à une époque typique de transition historique où les éléments anciens coexistent intimement avec les signes d'une modernité incontestable. Davantage, cette modernité émerge progressivement au sein même des représentations venues du passé. Et ce, dans tous les domaines, de l'exercice du pouvoir aux productions de l'art.

Le pouvoir bourguignon

L'histoire de la mainmise des Valois de Bourgogne sur les provinces néerlandaises offre une bonne illustration de ce mélange des traits médiévaux et modernes qui caractérise la période. Dans la tradition féodale, mariages, héritages et conquêtes apportèrent leur lot de nouvelles possessions : la Flandre dès 1384, le Brabant en deux temps, 1406 et 1430, le Luxembourg en 1451, la Gueldre, dont Charles le Téméraire recueillit la succession par la force des armes, en 1473. À côté de ces moyens « classiques » d'agrandissement territorial – servis d'ailleurs par une succession d'« heureux hasards » qui firent disparaître les dynasties locales –, les ducs utilisèrent une panoplie d'expédients qui fleurent bon la Renaissance italienne : intimidation, népotisme et corruption. Ce fut le cas pour l'évêché d'Utrecht qui revint successivement à deux bâtards de Philippe le Bon, David et Philippe, grâce à la corruption des chapitres et à la pression de puissantes armées bourguignonnes. Tous les moyens furent également utilisés pour mettre la main sur le riche domaine de la maison de Bavière, en Hollande, Zélande et Hainaut, dont l'héritière, Jacqueline, offrit une résistance obstinée. Laquelle fut encore plus durable en Frise et en Gueldre qui ne seront définitivement annexées que sous Charles Quint.

Toutefois, dans la plupart des provinces, la nouvelle dynastie parut acceptée par les élites dirigeantes, sinon par le peuple, à partir de la moitié du XVe siècle.

Il faut en chercher la raison dans l'habile exercice du pouvoir par les souverains, en particulier Philippe le Bon, qui, tout en jetant les bases d'un État central à travers quelques institutions uniques – chancelier, maréchal de Bourgogne, receveur de toutes les finances –, ménagèrent les particularismes et s'assurèrent partout une clientèle dévouée. S'ils unifièrent l'administration sur le modèle français par la création de chambres du conseil pour la justice et de chambres des comptes pour les finances, ils prirent soin de respecter les limites provinciales : le Brabant garda ses anciennes institutions et la Hollande reçut les siennes propres – chambre des comptes à La Haye et gouverneur provincial. L'influence du droit romain et le rôle des fonctionnaires venus de France furent réels mais le droit coutumier continua à régir les rapports sociaux et la résistance aux « étrangers » ne se démentit jamais. En matière financière, une monnaie commune pour les provinces du Nord fut établie avec le vierlander d'argent. Enfin, après l'intermède autoritaire et centralisateur de Charles le Téméraire qui établit un Parlement unique à Malines en 1473, le retour aux privilèges provinciaux et locaux fut imposé à sa fille Marie en 1477.

Sur le plan politique l'unification des possessions bourguignonnes resta largement inachevée. L'échec des ambitions royales de Philippe le Bon et surtout de Charles le Téméraire le montra clairement. Il n'en reste pas moins que le sentiment de loyalisme dynastique fut assez fort pour éviter l'éclatement des « pays de par deçà », lors de la difficile succession de 1477, quand Charles le Téméraire laissa une héritière sans grande défense face aux appétits du roi de France, Louis XI. Au bilan final l'Etat bourguignon demeurait fondamentalement bipolaire, comme le montra le destin opposé des deux parties de l'État bourguignon, l'un revenant, manu militari mais sans grande difficulté à la France, l'autre maintenant son allégeance à la dynastie bourguignonne.

L'ambivalence des institutions entre traditions particularistes et tendances centralisatrices se retrouve également dan l'exercice du pouvoir : l'abondance des rites médiévaux, hommages, serments, tournois et ordre de chevalerie – la fameuse « Toison d'or » – s'inscrit certes dans la filiation médiévale mais la volonté de propagande paraît en être désormais la finalité principale. Ainsi, alors que le principat de Philippe le Bon coïncide avec la reprise de l'expansion ottomane, l'on doit constater que ses vœux de croisade, plusieurs fois renouvelés, ne débouchèrent sur aucune expédition sérieuse en près d'un demi-siècle ; en revanche le duc y gagna un prestige inégalé dans toute la chrétienté et le soutien politique de la papauté…

Un « commonwealth » bourguignon ?

La personnalité sociale et économique des Pays-Bas était bien esquissée depuis le XIIIe siècle, grâce au début d'intégration des différentes provinces par les flux commerciaux. Ce fut toutefois avec le XVe siècle et leur rassemblement sous une même maison princière que la prospérité et l'originalité des « pays de par deçà » s'affirmèrent résolument.

Cette époque vit en effet la redistribution des zones de croissance au profit des régions occidentales favorisées par une longue façade maritime et la confluence rhéno-scaldéenne. Le déséquilibre fut renforcé au XVIe siècle par l'essor du commerce d'outre-mer qui favorisa encore davantage les façades maritimes. Le commerce des Pays-Bas connut un doublement entre 1400 et 1475. Marie de Bourgogne pouvait à bon droit souligner la personnalité de ses domaines « pas très fertiles mais exclusivement basés sur le commerce et l'industrie ainsi que sur des privilèges ».

Les foires d'Anvers supplantèrent progressivement celle de Bruges dont le commerce fut défavorisé par l'ensablement du Zwin et le conflit avec Maximilien de Habsbourg, époux de Marie de Bourgogne et régent des Pays-Bas. Si cette ville demeura jusqu'au XVIe siècle l'incontestable capitale financière des Pays-Bas, les activités de transport se délocalisèrent vers les ports brabançons (Anvers), zélandais (Middelbourg) et hollandais (Rotterdam, Amsterdam).

Dans le domaine industriel, la moindre puissance des guildes de tisserands dans le Nord conduisit les entrepreneurs du textile et en particulier les grands marchands flamands, qui contrôlaient le commerce de la matière première et des tissus finis, à délocaliser la production vers le Brabant et la Hollande.

Le dynamisme économique et démographique se déplaça ainsi pendant la période bourguignonne de la Flandre – qui demeurait néanmoins la région la plus peuplée et la plus riche – vers le Brabant et la Hollande. À la fin du XIVe siècle avec 40 000 habitants, Anvers s'annonce comme la nouvelle capitale de la région, tandis que la flotte commerciale hollandaise domine le commerce de l'Europe du Nord.

La révolution de l'art et de l'esprit : « ars nova » et « devotio moderna »

En matière culturelle, l'existence d'une autorité unique – à défaut d'État unitaire – fut aussi un facteur déterminant. La dynastie trouva dans un mécénat fastueux l'occasion de joindre l'utilité d'une propagande bien conçue aux agréments de la beauté et de l'esprit. Philippe le Bon s'illustra ainsi par sa passion de la miniature, Charles le Téméraire par le lustre qu'il donna à la chapelle ducale. Presque tous les grands artistes de l'époque, de Claus Sluter à Jérôme Bosch, de l'enlumineur Guillaume Vrelant au compositeur Jacob Obrecht, en passant par la figure centrale de Jan van Eyck, ont ainsi travaillé pour la cour la plus magnifique d'Occident. Tradition familiale sans doute pour cette branche cadette des Valois ; mais le caractère systématique et la finalité clairement politique de ce mécénat étaient ceux de princes de la Renaissance comme chez leurs contemporains, les Médicis de Florence.

Au-delà des traditionnels commanditaires princiers et ecclésiastiques, la bourgeoisie nationale et étrangère recourut aussi aux services des artistes. Un citoyen de Gand, Josse Vijd, commanda le célèbre Agneau mystique à van Eyck. Memling peignit le portrait du représentant des Médicis à Bruges, Tommaso Portinari. Cette évolution traduisait l'ascension des hommes d'argent dans la société bourguignonne et la naissance d'un véritable marché de l'art. Les plus prisés des peintres étaient l'objet d'un début de spéculation et leurs œuvres devenaient produits d'exportation vers l'Espagne ou l'Italie. Par ailleurs le rassemblement de nombreuses provinces sous une autorité unique permit un échange considérable d'artistes, de penseurs et de techniques à l'intérieur du « commonwealth » bourguignon. Rogier van der Weyden, originaire de Tournai, s'établit à Bruxelles, mais peignit également à la demande du chancelier Rolin le Jugement dernier pour les hospices de Beaune. Claus Sluter, de Haarlem, vint sculpter à la chartreuse de Champmol, près de Dijon. La dynastie des architectes bruxellois, les Keldermans, travailla à Malines, Leyde, Middelbourg, Zierikzee. L'extrême mobilité des talents, qui dépassait d'ailleurs les limites des territoires bourguignons, contribua à donner une grande unité de civilisation aux Pays-Bas.

Sur le plan des thèmes et des techniques apparaît un art nouveau – ars nova pour reprendre l'expression latine de l'époque – qui conquit un à un les différents secteurs de la création. Ce fut la sculpture qui inaugura le mouvement dès la fin du XIVe siècle, avec l'œuvre de Sluter qui donna à cet art son autonomie par rapport à l'architecture. Le réalisme étonnant des visages du Puits de Moïse à Champmol, le recours au haut-relief, la variété des poses, le souci de l'exactitude des formes et des drapés sont autant de manifestes de l'ars nova.

La peinture conquit bientôt son statut d'art majeur. À côté d'innombrables retables et triptyques, les grands noms du siècle s'illustrent également dans le portrait isolé, destiné aux intérieurs privés, comme Les Époux Arnolfini de Jan van Eyck. Surtout les thèmes et les techniques changent. Explorant les nouvelles perspectives ouvertes par la peinture à l'huile, Jan Van Eyck recherche le rendu minutieux du décor qui remplace les fonds conventionnels du gothique (La Vierge du Chancelier Rolin). La superposition de glacis à l'huile et de fines couches de couleurs cristallines donne à ses compositions une luminosité inégalée. Chez tous les peintres, la vision gagne en profondeur découvrant, quel que soit le sujet, les intérieurs, le peuple et les paysages des Pays-Bas bourguignons (Annonciation de l'Ange à Marie de Rogier van der Weyden, La Vierge aux chartreux de Petrus Christus).

Toujours considéré comme un artisan, le peintre rompt de plus en plus avec la tradition médiévale de l'anonymat. La signature des œuvres apparaît, notamment chez Van Eyck. De très probables autoportraits commencent à figurer à l'arrière-plan des tableaux – Gérard David dans L'Adoration des Mages, Thierry Bouts en aubergiste dans La Cène. Cette évolution souligne l'individualisation croissante des artistes et certains d'entre eux, tel Van Eyck, Van der Weyden ou Memling, couverts d'honneurs et de commandes, sont connus et admirés de l'Europe entière, y compris de leurs collègues italiens.

Comment interpréter cette peinture ? La présence toujours hégémonique des sujets religieux, l'abondance des notations symboliques, la recherche de la luminosité maximale – signe immanquable de la présence divine – autant de caractères qui s'inscrivent apparemment dans la plus pure tradition médiévale. Le dessein eschatologique est évident dans les grandes compositions de Van Eyck comme L'Agneau Mystique ou les visions de Jérôme Bosch dans Le Jardin des Délices. Pour Johan Huizinga, la période présente bien une sensibilité particulière qui se traduit dans l'expressionnisme des poses, les formes tourmentées et la profusion des détails mais les cadres mentaux du Moyen Âge n'ont pas changé pour autant : ses aspirations profondes connaîtraient en fait dans cet « automne » non pas un déclin mais au contraire une sorte d'exacerbation. Cette thèse garde toujours de nombreux partisans : l'attention nouvelle aux détails de la vie quotidienne, à l'individualité des personnages, le réalisme croissant de la représentation, loin de proclamer le triomphe du profane marqueraient à l'inverse l'annexion du monde sensible, jusque dans ses plus humbles aspects, par la sphère sacrée.

Mais le raisonnement peut aisément s'inverser ; en abolissant la frontière entre ces deux mondes, les peintres de l'époque ont donné aux objets et aux êtres les plus humbles une dignité nouvelle, ouvrant la voie à cet « éloge du quotidien » (Tsvetan Todorov) qui sera au cœur de la peinture néerlandaise ultérieure. À l'image de cette lumière qui désormais ne descend plus des hauteurs célestes mais semble provenir de l'intériorité des choses, s'effectue insensiblement, au cœur même des références médiévales, un changement fondamental de perspective, où la transcendance fait place dans la représentation à la splendeur immanente de l'ici-bas. Au fil du siècle le message religieux ne prend-il pas d'ailleurs l'allure d'un « alibi » permettant de saisir le monde dans son immédiateté et sa beauté comme ce couple magnifique dans La légende de Saint Eloi de Petrus Christus ? Et lorsqu'au début du XVIe siècle, Quentin Metsys prend comme sujets Le Changeur et sa femme, on ne perçoit plus dans la douceur évidente de la représentation la condamnation traditionnelle du commerce de l'argent. La rupture avec le Moyen Âge semble à cette date bel et bien consommée.

Dans le domaine intellectuel et spirituel, s'affirme également l'aspiration au renouveau, servie là encore par l'essor de techniques révolutionnaires. La querelle de paternité quant à l'invention de l'imprimerie entre le Néerlandais Coster et le Strasbourgeois d'adoption Gutenberg ne retire rien au fait que cette innovation décisive trouva très tôt aux Pays-Bas un terrain d'élection. Les années 1470 virent s'installer des imprimeries à Utrecht, Deventer, Gouda ; les années 1480 à Haarlem et Leyde. Parallèlement la création de l'université de Louvain en 1425 permit aux étudiants et savants des Pays-Bas de disposer de leur propre centre intellectuel. Parmi les nombreux lettrés de l'époque, le nom le plus important reste bien sûr celui d'Érasme. Né à Rotterdam en 1469, cet ami de tous les grands esprits d'Europe, courtisé par les souverains de l'époque, fut considéré à juste titre comme le prince des humanistes. Il allait jouer un rôle central dans les grandes affaires spirituelles du XVIe siècle, mêlé qu'il fut – à son corps défendant – aux querelles religieuses où sa position l'exposa aux foudres de Luther comme à celles de Rome.

Érasme rencontrait là des préoccupations particulièrement vives dans son pays d'origine. Personnage charnière à tous égards, il incarnait la volonté de renouveau spirituel qui s'était manifestée aux Pays-Bas dès le XIVe siècle. La décadence de l'Église y était en effet depuis longtemps combattue notamment par la vie exemplaire des adeptes de la « dévotion moderne », fondée par un laïc de Deventer, Geert Groote (1340-1384). Désireux de vivre les préceptes évangéliques, dans le monde et non seulement dans le secret des cloîtres, ce réformateur avant la lettre avait exalté les vertus de pauvreté et de simplicité, le partage des richesses et la prédication en langue vulgaire. Les communautés qu'il avait fondées, les Frères de la Vie commune, connurent un succès retentissant au XVe siècle, en particulier dans l'enseignement, tant l'image donnée par l'Église bourguignonne heurtait la foi des fidèles.

Le concordat de 1441, en effet, avait abouti à la mainmise des ducs sur les dignités épiscopales et surtout sur d'innombrables bénéfices. Les papes avaient entériné trente-deux nominations d'évêques parmi les parents et les clients de Philippe le Bon. Le duc pouvait s'enorgueillir d'avoir un neveu à Liège, un frère naturel à Cambray, un bâtard à Utrecht. Une telle Église, perdue entre prébendes et indulgences, se voyait brocardée dans les défilés des fous, dans des tableaux de Bosch dont La Charette à foin charge cruellement les moines cupides et concupiscents, et raillée sans limite dans le retentissant Éloge de la Folie d'Érasme.

Érasme, qui justement avait été l'élève des Frères de la Vie commune à Deventer tout comme le pape néerlandais Adrien VI, ou encore Thomas a Kempis, le très probable auteur du plus grand livre religieux de l'époque, L'Imitation de Jésus-Christ.

À travers la figure et l'itinéraire d'Érasme s'incarne ainsi parfaitement cette transition entre la spiritualité de la fin du Moyen Âge et les exigences nouvelles des temps modernes qui apparaissent dans ces Pays-Bas bourguignons où l'humanisme et la pré-Réforme trouvent déjà un terreau de choix.
Christophe de Voogd
Mai 2004
 
Bibliographie
L'art flamand et hollandais. Le siècle des Primitifs, 1380-1520 L'art flamand et hollandais. Le siècle des Primitifs, 1380-1520
Sous la direction de Christian Heck , A. Bergmans, T. Coomans, R. Didier, J. Marrow, L.Nys, C. Stroo, Y. Vanden Bemden, S. Vandenberghe, D. Vanwijnsberghe, L. Weigert
Citadelles & Mazenod, Paris, 2003

Les Pays-Bas bourguignons Les Pays-Bas bourguignons
Wim Blockmans et Walter Prevenier
Albin Michel, Paris, 1983

L'Etat bourguignon, 1363-1477 L'Etat bourguignon, 1363-1477
Bertrand Schnerb
Perrin, Paris, 1999

L'automne du Moyen-Age L'automne du Moyen-Age
Johan Huizinga, Traduction de J. Bastin .précédé d'un entretien avec Jacques Le Goff
Petite bibliothèque Payot
Payot, Paris, 2002


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