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Royaumes mythiques de l'Himalaya : le Bhoutan et le Sikkim
Olivier Brunet
Diplômé d'études tibétaines. Traducteur de textes anciens.
 
 
 
 
Cimes couronnées de neiges éternelles, temples bouddhistes accrochés à la roche, vallées profondes parsemées d'orchidées et de rhododendrons géants, drapeaux à prières flottant au vent, rizières et cultures en terrasses scintillant sous le soleil d'altitude : tous les voyageurs qui se sont rendus dans ces petits royaumes accolés au Tibet furent émerveillés par la richesse du patrimoine et la beauté presque irréelle des paysages nimbés de « cette étrange lumière himalayenne unique et saisissante » dont parlait déjà Alexandra David-Néel en 1912. Olivier Brunet est lui aussi tombé sous le charme de ces régions : il a vécu cinq ans dans ces contrées de l'Himalaya en tant que traducteur de textes tibétains anciens. Son expérience et son savoir lui permettent de vous faire partager, aujourd'hui, sa connaissance d'un univers fascinant, où le réel se fond dans l'irréel. Précisons tout d'abord une donnée fondamentale : les habitants du Bhoutan et du Sikkim sont d'ethnie tibétaine ; ils ont la même origine, le même mode de vie, la même religion et la même écriture. Avant de devenir des royaumes indépendants au XVIIe siècle, ces régions étaient considérées comme partie intégrante du « grand Tibet », et ce, depuis le VIIe siècle, date de la fondation de la nation tibétaine. Le Bhoutan était alors dénommé « Vallées du Sud » et le Sikkim « Vallées du Riz ». Cependant, alors que le royaume du Sikkim a été annexé à l'Inde en 1975, le Bhoutan a su garder son autonomie et reste aujourd'hui le dernier royaume bouddhiste himalayen.
 

Le Bhoutan, pays mythique


Enclavé entre l'Inde et le Tibet, le Bhoutan, avec ses montagnes majestueuses, son air pur et cristallin, ses épaisses forêts féeriques et ses vallées verdoyantes truffées de monastères fortifiés aux airs médiévaux, est un pays mythique qui exerce une magie indéniable. Au-delà de la splendeur du paysage et de l'architecture, c'est le charme insolite de ce peuple profondément religieux, son infinie douceur, la qualité de son accueil et sa contagieuse gaieté qui séduisent à jamais le voyageur. Le Bhoutan, jalousement attaché à ses traditions, a su conserver une civilisation originale et une très forte individualité, qui n'offrent pas de prise à l'occidentalisation aveugle. Longtemps fermé aux étrangers, ce pays, grand comme la Suisse, s'ouvre aujourd'hui doucement au monde extérieur en pratiquant une politique de limitation du nombre de visiteurs, dans le but de préserver l'environnement naturel et ses valeurs traditionnelles.


Shabdroung, le lama bâtisseur


C'est au XVIIe siècle que le Bhoutan devint un État indépendant grâce à la personnalité exceptionnelle d'un lama tibétain arborant le titre honorifique de Shabdroung, « celui aux pieds duquel on se soumet ». Arrivé au Bhoutan en 1616, fuyant une période de troubles au Tibet central, ce personnage charismatique réussit à unifier les « Vallées du Sud » en une seule nation : le « Pays du Dragon », le Bhoutan d'aujourd'hui. Fin politicien et infatigable bâtisseur, le Shabdroung édifia les dzongs, les fameux monastères fortifiés, et instaura un double mode de gouvernement avec un chef temporel et un chef spirituel, une administration efficace et un système judiciaire, lesquels survécurent jusqu'à l'avènement de la monarchie en 1907. En 1651, après trente-cinq ans de règne, le lama entra en retraite de méditation au dzong de Punakha, où il mourut peu après. Afin de consolider une nation à peine née, son entourage garda sa mort secrète pendant un demi-siècle ! Aujourd'hui, son corps est précieusement conservé au dzong de Punakha.


La monarchie


Durant les XVIIIe et XIXe siècles, les gouverneurs régionaux intensifièrent progressivement leur puissance au détriment du gouvernement central. Une longue période d'instabilité politique déboucha, en 1907, sur l'investiture du gouverneur de Tongsa en tant que premier monarque du pays. Considéré comme le père du Bhoutan moderne, le troisième roi, régnant de 1952 à 1971, sut insuffler un esprit de modernisme en lançant en 1961 un ambitieux programme de développement économique et la construction des premières routes. En 1972, Sa Majesté Jigmé Singyé Wangchuk, poursuivit l'œuvre amorcée par son père et s'efforça tout particulièrement de sauvegarder les valeurs traditionnelles tout en s'adaptant au monde moderne. Le cinquième roi, Sa Majesté Jigmé Khesar Namgyel Wangchuk, fut intronisé en 2008 ; sous sa directive le Bhoutan a désormais choisi la voie de la monarchie constitutionnelle. 


Le dzong, identité architecturale du Bhoutan


Imposante construction aux murs inclinés peints à la chaux, l'emblème par excellence du Bhoutan, le dzong – monastère fortifié – est une pure merveille architecturale. Habillés de fenêtres et de balcons en bois finement sculptés, le tout rehaussé par de larges frises de couleur marron, ces chefs-d'œuvre de l'art bhoutanais offrent une expression de raffinement artistique ainsi qu'un sentiment de robustesse chaleureuse. Construits en des points stratégiques du pays, les dzongs comportent une tour centrale érigée au centre de deux cours, dont la première est réservée à l'administration civile, et la seconde à la vie monastique. Avec son ravissant pont aux allures médiévales, le dzong de Rinpung, « forteresse de joyaux amoncelés », qui servit de décor en 1993 au film de Bertolucci, Little Bouddha, est incontestablement l'un des plus séduisants. Fenêtres, porches, piliers, balcons finement sculptés : l'abondance de bois a donné à l'architecture bhoutanaise des traits spécifiques. Coiffé par de multiples toitures dorées aux pinacles brillants, s'élève, au confluent de deux rivières, le dzong de Punakha, tel un immense navire de pierre. Richement décoré, l'intérieur du monastère recèle un monde chargé de symbolisme. Mandalas cosmiques, bouddhas, divinités tantriques et saints personnages : les murs des cours intérieures regorgent de peintures raffinées exprimant la ferveur des artistes.L'imprenable dzong de Wandiphodrang, quant à lui, nous démontre que l'architecture bhoutanaise sait se fondre dans le paysage environnant avec un art rarement égalé dans d'autres cultures. Lieu de pèlerinage le plus sacré du Bhoutan, la tanière du tigre « Taktsang », avec son panorama spectaculaire, est assurément l'un des attraits majeurs d'un voyage au Bhoutan. Un ensemble de temples et ermitages, accrochés à la roche, surplombe la vallée d'une hauteur de huit cents mètres et marque l'endroit où médita, au VIIIe siècle, le grand saint Padmasambhava, surnommé « le deuxième bouddha » pour avoir diffusé le bouddhisme dans l'Himalaya.


Sikkim, terre du bouddhisme


Voisin du Bhoutan, le Sikkim, terre du bouddhisme tibétain, fascine incontestablement par la profusion de ses monastères situés dans des lieux magiques, tels que Rumtek, Phodong, Pémayangtsé et Enchey, refuge de tous les dieux de l'Himalaya. Le paysage lui-même amplifie cette approche mystique. La beauté du Sikkim est rehaussée par trois chaînes de montagnes, dont la crête présente une vingtaine de hauts sommets dépassant six mille mètres. Parmi ceux-ci se détache le très célèbre Kangchenjunga, troisième plus haut sommet du monde, qui culmine à 8597 mètres et est visible dans toute sa splendeur depuis Darjeeling, Pemayangtsé et Kalimpong. Irrigué tout au long de l'année par d'innombrables torrents et arrosé par la mousson en été, le Sikkim offre un paysage montagneux et verdoyant qui rappelle celui du Népal, bien que plus tourmenté avec ses profondes vallées. La plupart des villes importantes se situent à deux mille mètres d'altitude dans un décor de cultures en terrasses et de cèdres de l'Himalaya. Bégonias, orchidées, rhododendrons géants, plantations de cardamome, forêts épaisses : grâce à son climat, le Sikkim est aussi le domaine d'une flore prospère et inattendue avec plus de quatre mille variétés de plantes.


Son histoire


Au XVIIe siècle, des Tibétains, appelés aujourd'hui Bhutia, s'exilèrent dans les « Vallées du Riz » et fondèrent un royaume indépendant : le Sikkim. Tout au long de ses trois siècles d'histoire, la dynastie régnante entretint d'excellentes relations politiques et religieuses avec le gouvernement des dalaï-lamas du Tibet. Après avoir amputé le Sikkim de la ville de Darjeeling et du Teraï, les Britanniques imposèrent, en 1888, un ministre résidant auprès du roi. Au moment de l'indépendance de l'Inde, en 1947, le ministre anglais rattaché au roi du Sikkim fut remplacé par un membre du gouvernement de Delhi. En 1975, l'Inde abolit la monarchie et fit de l'ancien royaume du Sikkim son vingt-deuxième État.


Sur les traces d'Alexandra David-Néel


Le Sikkim, et tout particulièrement le monastère de Phodong, font partie du « patrimoine » de la célèbre exploratrice française Alexandra David-Néel qui, de 1912 à 1916, fit du Sikkim sa terre d'adoption. Elle fut chaleureusement accueillie en 1912 par le roi qui l'invita à séjourner au monastère de Phodong dont il était l'abbé. Par son entremise, l'exploratrice put obtenir un entretien privé avec le treizième dalaï-lama en exil au Sikkim. Au cours de son long séjour, Alexandra apprit la langue tibétaine et reçut des enseignements ésotériques par de grands maîtres tibétains. Assistée par lama Yongden, un jeune Sikkimais, qui devint par la suite son fils adoptif, elle fit une longue retraite de méditation dans le cadre sauvage d'une grotte d'anachorète dans le haut Sikkim.


 Pemayangtsé, chef-d'œuvre de l'art pictural tibétain


La visite du monastère du « Lotus sublime », à Pémayangtsé, permet de découvrir des peintures murales bouddhistes d'un raffinement rare et d'un foisonnement symbolique extraordinaire. Au travers de ces représentations se font sentir les influences népalaise et chinoise qui marquèrent profondément l'art pictural tibétain. Les schémas de composition de l'art newar du Népal, qui a dominé l'art tibétain dès le XIIIe siècle, sont mis en évidence par l'aspect symétrique de l'œuvre et par les multitudes de volutes enveloppant le personnage principal. C'est à partir du XVIIe siècle qu'une esthétique sinisante transparaît d'une façon très manifeste dans la peinture tibétaine. Elle lui confère un dynamisme permettant de briser la symétrie presque obsessionnelle de l'art newar. Paysages et mise en scène de personnages deviennent l'intérêt majeur du travail de l'artiste tibétain : animaux, rochers, cours d'eau, montagnes, le tout rehaussé de fins nuages, viennent entourer les bouddhas, les lamas et les divinités.


Darjeeling, l'empire du thé


Située à deux mille mètres d'altitude, la ville de Darjeeling, station climatique, fut arrachée au XIXe siècle au roi du Sikkim par les Anglais, qui en firent un de leurs lieux favoris de villégiature, leur permettant de fuir les chaleurs torrides du Bengale. En 1878, ils conçurent l'ambitieux projet ferroviaire du Toy train, le train jouet, aux locomotives à vapeur acheminées depuis Manchester. À une vitesse de 10 kilomètres heure, ce train continue de gravir les deux mille mètres de dénivelé séparant Darjeeling de la plaine.


De nos jours, la région doit principalement sa notoriété à son thé à la saveur unique et légendaire, dont la réussite tient à l'altitude, l'artisanat et la sélection des meilleurs plants chinois. Soixante-dix-huit plantations s'étagent sur les flancs des collines que les Anglais ont dû disputer aux tigres et aux léopards au prix d'un défrichage intensif. L'Écossais Campbell devint célèbre en consacrant vingt-deux ans de sa vie à parfaire l'excellence et l'exigence du cru de Darjeeling.


Rumtek, l'univers des lamas


Le monastère de Rumtek, sous la tutelle du Karmapa, deuxième plus haute autorité spirituelle du Tibet, offre la possibilité de pénétrer dans l'univers mystérieux d'un des plus illustres monastères bouddhistes hors du Tibet. Y réside l'élite des lamas de la lignée kagyu : maîtres de méditation, de rituel, de chant et de danse, qui continuent à transmettre leur savoir aux jeunes moines. Un institut de hautes études bouddhistes permet, après neuf ans d'études, d'accéder au titre de khempo, docteur en philosophie bouddhiste.Perché au-dessus du monastère, un ermitage accueille des retraitants qui consacrent l'essentiel de leur temps à l'accomplissement des pratiques ésotériques du bouddhisme tibétain. Après trois ans de solitude totale, ils sortent avec le titre de lama. Ainsi, un voyage au Bhoutan et au Sikkim est l'occasion unique pour le visiteur de découvrir un éventail de paysages fascinants et de rencontrer une civilisation d'une étonnante originalité, possédant un patrimoine insoupçonnable et des traditions ancestrales toujours intactes.

Olivier Brunet
Février 1999
 
Bibliographie
Bhoutan dernier royaume bouddhiste Bhoutan dernier royaume bouddhiste
Thierry Mathou
Éditions Kailash, Paris, 1998

Bhoutan : le dragon sur le toit Bhoutan : le dragon sur le toit
Michel Praneuf
L'Harmattan, Paris, 1990

Oli Sikkim Oli Sikkim
Rajesh Bedi
Olizane, Genève, 1990

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