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Madagascar, l'île-continent
Bernard Lugan
Maître de conférence à l'université de Lyon III
Directeur-éditeur de la revue L'Afrique réelle
Expert auprès du tribunal pénal international pour le Rwanda (ONU)

Madagascar mérite, mieux que toute autre région du monde, l'appellation de « pont entre deux mondes », car elle doit à l'Afrique et à l'Asie son milieu naturel, son peuplement, son histoire, son héritage culturel. Ni l'expansion maritime arabe, ni les voies ouvertes par Vasco de Gama, puis par les Portugais et les Hollandais, les Français et les Anglais, ne sont parvenues à infléchir un destin qui se jouait au centre du pays, sur les hauts plateaux : sous l'autorité des Mérinas et de leurs souverains, les Malgaches réussirent avant la colonisation française la réunification du pays. Bernard Lugan nous aide à faire le point de la recherche sur l'origine de population de l'île, et son constant désir d'unité et d'indépendance.

Avec une superficie de 587 000 kilomètres carrés, la « grande île » est un petit continent présentant d'immenses diversités géographiques. Les contrastes sont ainsi considérables entre la côte orientale, toute de luxuriance tropicale, et les savanes désertiques de l'Ouest, cependant que sur les hautes terres du centre, là où bat le cœur de l'État malgache, des pionniers venus de la lointaine Asie ont transplanté la civilisation de la rizière.

Quant aux hommes qui peuplent l'« île rouge », autre nom donné à Madagascar en raison de la couleur de ses sols, ils présentent des morphotypes aussi différenciés que leur terre : l'on y trouve ainsi à la fois, et essentiellement sur le littoral, des Noirs ressemblant à leurs frères africains et des populations de type indonésien.

Madagascar est demeurée vierge de tout peuplement humain jusque vers le VIIIe siècle de l'ère chrétienne. Dans l'état actuel des connaissances, il est encore difficile de connaître le processus réel d'installation des premiers hommes. Nous savons néanmoins qu'au Xe siècle des établissements existent sur la côte et qu'ils sont en relation avec les Comores et l'Afrique orientale. Sur le plateau central, les premières communautés agricoles cultivant le riz et les taros semblent, quant à elles, être présentes au XIe siècle.

Le creuset malgache résulte de la rencontre de deux populations, l'une venue d'Indonésie et l'autre d'Afrique.

La seconde abandonna sa (ou ses) langue(s) au profit de celle des premiers. Selon Pierre Vérin (Madagascar, éditions Kartala – 2000), la langue malgache est une langue indonésienne créolisée par une langue bantou. Celle qui lui est la plus proche est le manjaan, parlé dans le sud-est de l'île de Bornéo. C'est à la suite d'une longue et complexe migration que des locuteurs manjaan ont découvert et peuplé Madagascar.

Navigateurs nomades et défricheurs, les peuples du groupe Barito auquel appartient le manjaan avaient pour habitude d'essarter et d'ensemencer les terres nouvelles et vierges qu'ils découvraient. Une fois les terrains défrichés et mis en culture, les hommes laissaient sur place les femmes, les vieillards et les moins valides chargés des récoltes cependant qu'ils partaient à la recherche de terres nouvelles.

Vers les IIIe-Ve siècles de notre ère, ces groupes parcoururent les côtes de Sumatra et de Java où ils perfectionnèrent leurs connaissances au contact des peuples marins qu'ils rencontrèrent. C'est sans doute en les imitant et en les suivant qu'ils empruntèrent les routes maritimes qui menaient à la pointe sud du sous-continent indien et qu'ils parvinrent ensuite jusqu'aux Maldives. Une fois arrivés dans ce monde insulaire émietté, ils n'étaient plus qu'à mi-chemin entre leur point de départ indonésien et Madagascar. La possession de la pirogue à balancier leur permettait la navigation hauturière et, comme ils savaient s'orienter dans le vide océanique en se repérant sur la constellation que nous connaissons sous le nom de « Nuages de Magellan », la traversée vers Madagascar était donc à leur portée. La découverte de l'île est encore largement mystérieuse. Fut-elle le fruit du hasard ou le résultat d'une entreprise de reconnaissance menée en « sauts de puce » le long du rivage de l'Afrique orientale ? Les deux hypothèses sont étayées par de solides arguments.

À l'appui de la première vient le fait qu'il arrive à des pêcheurs du sud de l'Inde de s'échouer le long des rivages nord-est de Madagascar à la suite de dérives accidentelles. Il est donc possible que des Indonésiens aient une première fois découvert Madagascar par accident ou par hasard et que, plus tard, ils aient décidé de peupler cette terre vierge. Pour cela, ils seraient retournés en Asie pour y recruter des colons. La méthode n'aurait rien de surprenant, car c'est exactement de la même manière que procédèrent les Vikings qui découvrirent puis peuplèrent l'Islande et le Groenland.

La seconde hypothèse repose sur l'utilisation par les Indonésiens des voies maritimes de l'océan Indien où un véritable commerce triangulaire existait, qui mettait en relation le sud de l'Arabie, la côte occidentale des Indes – ou côte de Malabar –, et le littoral de l'Afrique orientale jusqu'à la hauteur de l'actuel Mozambique. Dominé par les Yéménites, ce commerce mettait à profit la mousson, laquelle, selon les saisons, permettait d'aller de la mer Rouge vers l'Inde et d'en revenir.

Cette route est ancienne, et il est même possible d'en faire remonter l'origine aux IVe-IIIe siècles avant notre ère. Au premier siècle après J.-C., elle était à ce point fréquentée qu'un texte grec connu sous le nom de Périple de la mer Érythrée la décrivit avec de nombreux détails. Il est donc tout à fait possible que les migrants indonésiens aient emprunté à leur tour cette route maritime ; à la différence des Yéménites, ils l'auraient prolongée vers le sud et, naviguant dans le canal de Mozambique, ils auraient alors découvert Madagascar.

Si les origines du peuplement indonésien de Madagascar sont donc à peu près connues, celles de ses populations littorales, à l'évidence africaines, restent le sujet de bien des controverses. Trois hypothèses principales sont en effet en présence.

La première considère que les populations malgaches noires descendent d'esclaves importés depuis le continent africain par les Indonésiens ou par les Arabes qui possédaient de nombreux et parfois importants comptoirs sur le littoral.

Une unité politique souvent contrecarrée

L'histoire de Madagascar demeure encore très largement inconnue jusqu'à la fin du XVIe siècle, époque durant laquelle émergea le royaume mérina sur le plateau central. Sa naissance s'élabora sous le règne d'Andriamanelo (vers 1540-1575) mais c'est son fils et héritier, Ralambo (vers 1575-1610) qui en est considéré comme le véritable fondateur.

À la mort d'Andriamasinavalona au XVIIe siècle, le royaume disparut, partagé entre les quatre fils du défunt, et il fallut attendre le règne du roi Andrianampoinimerina (vers 1787-1810) pour assister à la réunification et à la naissance d'un État moderne. En 1803, la réunification étant achevée, Andrianampoinimerina étendit son pouvoir en direction de l'ouest et du sud, toujours en pays mérina, avant d'entrer en contact avec le Betsileo.

Radama Ier, son fils et successeur, étendit l'autorité du royaume d'Imerina en dehors de la zone du plateau central. Ayant réussi à se procurer des armes modernes auprès des Britanniques, il entreprit ainsi la conquête de l'île et, en 1815, il fit passer tout le pays betsileo sous son autorité. Entre 1817 et 1824, il mena des expéditions à l'est à travers le pays betsimisaraka et conquit la région de Toamasina (Tamatave), puis il lança une expédition en direction du Tsimiheti. En 1822, il entama la conquête du pays sakalava et, en 1824, le roi conquérant prit possession plus au nord des trois villes de Mojanga (Majunga), de Marovoay et d'Ampasindava.

Les successeurs de ce grand roi poursuivirent sa politique expansionniste et, dans les années 1890, le royaume mérina contrôlait environ les deux tiers de l'île de Madagascar. Cependant, cet impérialisme suscita bien des oppositions, dont celle des côtiers sakalaves qui n'acceptaient pas de devoir se soumettre au royaume mérina. C'est d'ailleurs pour échapper à la tutelle d'Antananarivo que, dans les années 1840, plusieurs chefs avaient conclu des traités avec la France. Se fondant sur ces derniers, Paris affirma alors ses droits sur la partie nord-ouest de l'île, ce qui, en 1883-1885, conduisit à une première guerre franco-malgache durant laquelle les troupes françaises s'emparèrent d'un certain nombre de points d'appui sur le littoral de l'île.

À l'issue du conflit, la France revendiqua un droit de contrôle sur les relations étrangères du gouvernement malgache, ce que ce dernier refusa farouchement.

La situation changea en 1890 quand Londres et Berlin reconnurent à Paris le droit d'intégrer Madagascar dans sa zone d'influence. En décembre 1894, les troupes françaises occupèrent Tamatave et, le 30 septembre 1895, elles entrèrent à Antananarivo. Le lendemain, le 1er octobre 1895, Madagascar devenait protectorat français. En 1896, la monarchie fut abolie et l'île intégrée au domaine colonial français. En 1896 éclata un puissant mouvement nationaliste : la « rébellion de Menalamba », qui fut écrasée avec une grande vigueur – ce qui permit à la France d'achever sa totale prise de contrôle de Madagascar.

Bernard Lugan
Août 2000
 
Bibliographie
Madagascar Madagascar
Pierre Vérin
Editions Kartala, 2000

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