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L'Institut Français de Damas
Floréal Sanagustin

Directeur de l'Institut français de Damas (IFEAD)


Professeur de langue et de littérature arabe à l'université Jean Moulin-Lyon III

L'Institut français d'études arabes de Damas – l'IFEAD –, intégré depuis le début de l'année 2004 au sein de l'Institut français du Proche-Orient, est le plus ancien de tous les établissements d'études et de recherches créés sur le pourtour méditerranéen et rattachés au ministère des Affaires étrangères. Son développement, sa réputation et sa politique d'ouverture sont les gages d'un avenir prometteur.

De 1922 à 1947, la naissance d'un grand établissement

Sa création date de 1922 si l'on en fait remonter l'origine à la fondation, dès les premières années du mandat français sur le Syrie et le Liban, d'un Institut français d'archéologie et d'art musulman ; celui-ci était logé dans une riche demeure de la ville ancienne de Damas dont la construction remonte au XVIIIe siècle, le palais Azem. Mais l'actuel établissement préfère dater sa naissance de l'année 1928 qui vit, à l'issue des efforts conjugués de Jean Sauvaget, de Louis Massignon et de Maurice Gaudefroy-Demombynes, la constitution, à Damas, d'une section scientifique des arabisants installée dans ce même palais, et composée de quatre pensionnaires scientifiques [1]. L'IFEAD pourrait aussi, avec quelque raison, choisir la première année du directorat de Robert Montagne (1930), comme celle de son baptême : le directeur du nouvellement nommé Institut français de Damas – devenu, en 1947, sous le directorat d'Henri Laoust, Institut français d'études arabes de Damas – se voua à multiplier les liens de l'établissement avec l'université et la recherche françaises pour se tenir à l'écart des convulsions à venir, qu'il pressentit avec lucidité, de la politique mandataire.

L'intention des artisans de cet établissement d'études et de recherches était, en relançant le mouvement interrompu, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, de création des grandes écoles du ministère de l'Éducation nationale à l'étranger – École d'Athènes en 1846, École de Rome en 1876, Institut français d'archéologie orientale du Caire en 1880, Casa de Velasquez à Madrid en 1920 – de doter les orientalistes français arabisants de ce dont les latinistes, hellénistes, égyptologues et hispanisants étaient désormais pourvus : un grand établissement rattaché à l'Université et à la recherche françaises, réalisant des travaux d'une qualité scientifique indiscutable. Il approfondit la connaissance d'une culture arabo-musulmane aux destinées de laquelle l'histoire nous avait, du Moyen Âge jusqu'aux évolutions les plus récentes de la politique européenne, associés [2].

Les conditions de l'excellence

L'Institut français d'études arabes de Damas accueille annuellement une cinquantaine de chercheurs et quatre-vingts étudiants arabisants en cours de formation. Il met à la disposition des uns et des autres sa bibliothèque spécialisée en études orientales – sciences humaines et sociales – de quelque 100 000 volumes, ses savoir-faire éprouvés dans les domaines de la bibliothéconomie et de l'édition – avec une dizaine d'ouvrages par an –, ses cycles de formation et de perfectionnement en langue arabe destinés aux jeunes chercheurs et son réseau de contacts avec les principaux centres français et européens d'études arabes comme avec les institutions universitaires et scientifiques locales, en Syrie, au Liban et en Jordanie. Il a aussi des relations privilégiées avec l'Institut du monde arabe et avec le CNRS dont il est devenu une des unités mixtes de recherche dans le cadre de l'Institut français du Proche-Orient.

Dans le large éventail de disciplines que les directeurs successifs auront tour à tour privilégiées, en fonction de leurs choix scientifiques, l'Institut de Damas s'est illustré par la qualité de recherches conduites, depuis les années vingt du siècle dernier, par des universitaires et des chercheurs de renom tels J. Sauvaget, H. Laoust, J. Cantineau, J. Gaulmier, L. Lecerf, M. Ecochard, N. Elisseeff, A. Miquel, G. Troupeau, K. Moaz, A. Raymond, T. Bianquis, J. Langhade, G. Bohas, P. Larcher, D. Mallet, C. Imam, S. Dahan, J. P. Guillaume, I. Keilani, pour ne citer que ceux-là. Ces chercheurs, français et syriens, ont constitué un impressionnant fonds de publications sous la forme d'articles et d'ouvrages, et ont contribué à affirmer l'excellence de l'Institut dans chacune des différentes disciplines touchant aux études orientales. Les nombreuses contributions de plusieurs d'entre eux à l'Encyclopédie de l'Islam, publiée par l'éditeur Brill à Leyde (Pays-Bas), fourniraient, s'il le fallait, un témoignage supplémentaire de la renommée internationale de leur travaux.

À la fin du mandat français sur la Syrie, en 1946, l'IFEAD évacua le palais Azem pour être accueilli dans le bâtiment de l'ancienne mission laïque, puis, en 1961, dans un immeuble appartenant à la France qu'il occupe encore aujourd'hui. Il abrite une bibliothèque spécialisée, une cartothèque, une cellule de publication assistée par ordinateur, des bureaux réservés aux chercheurs et aux professeurs attachés au stage linguistique, une salle de réunions et de conférences, des salles de cours pour les enseignements de langue arabe, des bureaux administratifs. Il dispose, depuis 2001, d'une annexe située dans la vieille ville d'Alep (Dâr Hammâd) ; il s'agit d'une maison traditionnelle de la fin du XIXe siècle amenée à devenir un relais pour la recherche sur la Syrie du Nord. Depuis cette année, il a étendu sa vocation régionale en devenant l'un des éléments de l'Institut français du Proche-Orient avec, comme spécialité, les études médiévales, modernes et arabes.

L'Institut jouit, auprès de ses partenaires locaux, universités de Damas et d'Alep, université Saint-Joseph et université libanaise à Beyrouth, université de Balamand, université jordanienne à Amman et université Yarmouk à Irbid (Jordanie), entre autres partenaires, d'une réputation fondée sur la qualité de ses travaux. Elle permet aux chercheurs qu'il accueille et dont il se porte arant, de tirer le meilleur parti de leurs séjours d'étude. De même, les chercheurs locaux venus des pays de la région peuvent y travailler dans de bonnes conditions et y rencontrer des collègues venus d'Europe et des États-Unis principalement, mais également des pays d'Extrême-Orient (Coré, Japon).

Programmes de recherche, colloques, édition

Les initiatives scientifiques de l'Institut sont nombreuses : tenue de plusieurs séminaires de recherche mensuels sur les sciences sociales, sur l'histoire médiévale, sur l'histoire des savoirs et l'épistémologie et sur l'espace intercommunautaire ; organisation de colloques internationaux et de tables rondes ainsi que d'écoles doctorales. Ainsi, en 2004, quatre colloques internationaux seront organisés sur la critique littéraire en Syrie, sur les études ottomanes, sur les rapports entre intellectuels et pouvoir dans le monde arabe oriental et sur les relations intercommunautaires à la lumière des archives des tribunaux musulmans (XVIIe-XIXe siècles). L'Institut affiche cinq programmes de recherche qui contribuent à définir son identité :
1- Un programme de castellologie sur les forteresses croisées et musulmanes médiévales.
2- Un programme lexicographique portant sur la constitution d'un nouveau dictionnaire de l'arabe parlé syrien.
3- Un atelier travaillant sur le recensement du patrimoine urbanistique du vieux Damas extra-muros (programme Vieux-Damas).
4- Un programme d'archéologie islamique portant sur la citadelle médiévale de Damas, en collaboration avec la Direction générale des antiquités syriennes.
5- Un programme sur les contacts entre le monde arabe médiéval et le monde périphérique – croisé, persan et mongol.

Hors ces programmes, l'Institut accueille des doctorants « orientalistes » du monde entier travaillant sur des domaines très différents, allant des fondements du droit musulman à la géographie de la steppe syriennne, en passant par la première islamisation de la Syrie, les structures narratives du roman syrien contemporain, l'histoire des Omeyyades et les développements urbains de Damas à l'époque ottomane ; cet inventaire n'est pas exhaustif. L'institut met à leur disposition des structures d'information et de documentation et des aides de toutes sortes qu'aucun autre établissement n'est à même de leur fournir. Il les invite à proposer des articles à son périodique annuel et à participer assidûment aux séminaires au cours desquels il est demandé à chacun de s'acquitter, dans le courant de l'année, d'une communication portant sur l'état de ses travaux.

Les Presses de l'Institut ont publié, depuis leur création, 205 ouvrages en arabe et en français. Le travail d'édition est réalisé, de la saisie à la mise en page définitive, par la cellule de publication assistée par ordinateur de l'Institut et l'impression est confiée à des imprimeries damascènes. Les publications se poursuivent au rythme moyen de sept à huit nouveaux titres par an. S'y seront ajoutées, depuis les années trente, cinquante-cinq livraisons d'un périodique devenu annuel, reconnu par le CNRS, de vocation généraliste à l'intérieur des études arabes et de réputation internationale : le Bulletin d'Études orientales. Ces publications, lorsqu'elles sont encore disponibles, sont distribuées en France à la librairie de l'Institut du monde arabe et diffusées par les soins de la librairie Jean Maisonneuve, à Paris.

Depuis les années quatre-vingt-dix, l'établissement a connu un développement quantitatif sensible : il s'est largement ouvert aux chercheurs de passage et toutes les nationalités le fréquentent. Les publications annuelles se seront faites plus nombreuses. Le rythme d'acquisition de la bibliothèque a notablement augmenté et ses techniques de catalogage ont été profondément bouleversées. Les stages de perfectionnement en langue arabe ont ouvert grand leurs portes à des étudiants venus d'horizons lointains et différents. Les colloques, tables rondes et journées d'études se succèdent dans le courant de l'année. L'établissement a toujours tenu et continue de tenir – différemment – un rôle considérable dans la formation de tous ceux qui, peu ou prou, contribuent et ont contribué, depuis la fin des années vingt, au développement des connaissances sur l'histoire, la langue, la littérature, les sociétés et les cultures du Moyen-Orient.

 





[1] Il s'agissait de J. Sauvaget, E. Saussay, H. Laoust et J. Antineau.

[2] Voir, sur l'histoire de l'IFEAD, Renaud Avez, Soixante-dix ans de coopération scientifique à l'Institut Français de Damas, Damas, 1992 et L'Institut Français d'Études Arabes de Damas au palais Azem (1922-1946), à travers les archives, Daas, 1993.

 

Floréal Sanagustin
Février 2004
 
Bibliographie
Soixante-dix ans de coopération scientifique à l'Institut Français de Damas Soixante-dix ans de coopération scientifique à l'Institut Français de Damas
Renaud Avez
IFEAD, Damas, 1992

L'Institut Français d'Études Arabes de Damas au palais Azem (1922-1946), à travers les archives L'Institut Français d'Études Arabes de Damas au palais Azem (1922-1946), à travers les archives
Renaud Avez
IFEAD, Damas, 1993

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