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Les Zoulous
Bernard Lugan
Maître de conférence à l'université de Lyon III
Directeur-éditeur de la revue L'Afrique réelle
Expert auprès du tribunal pénal international pour le Rwanda (ONU)

Le royaume zoulou est né au début du XIXe siècle et sa constitution a provoqué un gigantesque bouleversement politique et ethnique connu sous le nom de Mfecane, le "bouleversement ou broyage". À l'origine, les Zoulous ne constituaient qu'un petit clan parmi des centaines d'autres ; par rapport à leurs puissants voisins, les Mthethwa du roi Dingishwayo au sud-est et les Ndwandwe du roi Zwide au nord, leur puissance était négligeable. Nous avons demandé à Bernard Lugan, rédacteur en chef de l'Afrique nouvelle et auteur d'une Histoire de l'Afrique du Sud (Perrin, 1995) de nous expliquer comment Shaka Zoulou sut constituer une redoutable armée, ce qui lui permit de rassembler tous les clans de l'actuel Zoulouland en une seule nation.


L'ancêtre éponyme, tradition et histoire


Selon les traditions orales, les ancêtres des Zoulous seraient arrivés dans la région il y a plus de mille ans, venant du nord, ce qui est confirmé par l'archéologie et par la linguistique historique. Arrivés dans le Zoulouland actuel, ils en chassèrent les précédents occupants, les San, plus connus dans la littérature sous le nom de Bushmen.


Les dix millions de Zoulous appartiennent au grand groupe linguistique nguni qui rassemble 55 % de tous les Noirs de la République sud-africaine ; ce groupe est fractionné en quatre grands peuples, les Zoulous, les Ndebele, les Xhosa et les Swazi. Le territoire zoulou correspond à la bande côtière et aux Midlands fertiles et arrosés qui s'étendent du Swaziland au nord, à la rivière Fish au sud.


Le nom « Zoulou », qui apparaît pour la première fois vers 1620 et signifie « ciel ou paradis », fut donné à un bébé au moment de sa naissance. Ses parents Malandela et Nozinja vivaient sur la colline de Mandawe à proximité de l'actuelle ville d'Eshowe. Devenue veuve, Nozinja abandonna le kraal familial et partit vers le nord accompagnée d'un serviteur nommé Mpungose. Ils s'établirent à la confluence de la White et de la Black Umfolozi où le jeune Zoulou grandit. Le temps de son mariage étant venu, il lui fallut rassembler la lobola, cette compensation en vaches donnée au père de la mariée pour la perte de sa fille et surtout du travail qu'elle accomplissait chez lui.


Ayant fondé un foyer, Zoulou fut l'ancêtre éponyme d'un nouveau clan. Il ignorait qu'il dominerait la région et le destin extraordinaire qui serait le sien.


Shaka Zoulou, le fondateur de la puissance zouloue


On ignore à peu près tout de ses quatre premiers héritiers et successeurs, Punga, Mageba, Ndaba et Jama. Sous le sixième chef de clan, Senzangakona, probablement en 1786, un événement à la portée incalculable se produisit. Les Zoulous n'étaient encore qu'une petite tribu dépassant à peine quinze cents âmes, vivant dans un minuscule territoire adossé à la rivière Umfolozi. Senzangakona, qui avait déjà deux épouses, eut une liaison avec Nandi, fille du chef de la tribu voisine des Elangeni, dont naquit un garçon nommé Shaka Zoulou. L'étrange prénom donné au futur fondateur de la puissance zouloue a une singulière explication. Voyant d'un mauvais œil la place que Nandi prenait dans le cœur du roi, les conseillers-devins de Senzangakona accusèrent cette dernière de mentir en affirmant qu'elle était enceinte alors que, selon eux, elle ne portait qu'un parasite intestinal, un i-shaka, un taenia en zoulou.


Senzangakona épousa ensuite Nandi, qui devint sa troisième épouse. Bien qu'enfant illégitime au moment de sa naissance, Shaka était le premier fils de Senzangakona et donc en théorie son successeur, ce que l'entourage du chef zoulou voyait d'un très mauvais œil : Nandi serait alors devenue reine-mère, personnage important chez tous les Nguni.


En 1795, cédant à son entourage qui haïssait Nandi, Senzangakona finit par l'expulser ; elle trouva refuge chez les Elangeni où le jeune Shaka fut maltraité par les enfants de son âge qui le considéraient comme un bâtard. Vers 1802, une grave famine frappant la région, il fut recueilli par une tante maternelle qui était Mthethwa. Dingiswayo, qui était alors le chef de cette puissante tribu, prit Shaka sous sa protection. Athlétique, courageux, discipliné, Shaka se rendit célèbre par sa férocité et son allant. Bientôt, il devint un des chefs de l'armée mthetwa.


En 1816, à la mort de Senzangakona, Dingiswayo le roi des Mthethwa l'engagea à se porter candidat à la succession de son père à la tête des Zoulous. Shaka profita de son prestige militaire pour s'emparer du pouvoir après avoir assassiné son demi-frère qui avait pour nom Sigujana.


En 1818, lorsque Dingiswayo mourut, le royaume qu'il laissait s'étendait du nord au sud des rivières Umfolozi à Tugela et sur cent à cent trente kilomètres de profondeur vers l'intérieur. Shaka s'en empara et lui succéda. Dans les années suivantes, il attaqua toutes les tribus voisines qu'il soumit à son pouvoir leur laissant comme seul choix la soumission ou la fuite pour ne pas être exterminées.


Une puissance militaire redoutable


Shaka constitue ensuite une puissance militaire redoutable grâce à laquelle il remodèle par le fer et par le feu toute la carte de l'Afrique australe. Des régiments, les impi, sont constitués par classe d'âge et leur mobilisation est effective une partie de l'année. Les guerriers qui n'ont pas « lavé leur sagaie dans le sang d'un ennemi » ne reçoivent du roi l'autorisation de se marier qu'après quinze années de service.


Durant deux à trois ans, les futurs soldats apprennent à se soumettre à une discipline implacable, l'entraînement forme les corps et les âmes à l'offensive, la seule manœuvre utilisée. Les recrues se familiarisent avec la formation en croissant ou en « corne » qui permet d'encercler l'ennemi puis de l'écraser par des assauts au corps à corps.


Lors de chaque bataille, déployée en quasi-demi-cercle, l'armée se divise en quatre groupes : le centre, chargé de fixer l'adversaire ; en avant, les éclaireurs répartis sur deux lignes dont la plus avancée composée de conscrits ; les ailes, formées des combattants les plus rapides à la course qui ont pour tâche d'envelopper les défenses adverses ; à l'arrière enfin, les vétérans, tournant le dos aux combats, constituent la réserve. Des unités d'égorgeurs achèvent les blessés ennemis, car le but de la guerre n'est pas de mettre l'adversaire en fuite, mais de le massacrer jusqu'au dernier.


L'armement individuel est d'ailleurs adapté à ce but exterminateur. Le javelot, peu meurtrier et dont le lancer laissait le guerrier désarmé, est ainsi abandonné. Le combattant zoulou est désormais doté d'un assagai, sorte de glaive à manche court et à la lourde lame pratique pour le corps à corps, et d'un redoutrable casse-tête, le knobkirrie. Comme protection, il dispose d'un bouclier tressé lui couvrant le buste et les cuisses.


Chaque régiment ou impi, fort d'environ un millier de combattants, se distingue sur le champ de bataille par les couleurs de sa coiffure ou de ses boucliers. Tous ont le même uniforme, à savoir un bandeau décoré de plumes ceignant le chef, des peaux de singe ou de petits félins autour de la taille, des bracelets aux bras et aux jambes.


L'armée zouloue est extrêmement mobile, capable de faire des étapes quotidiennes de plus de soixante kilomètres. Les impis sont précédés d'un service de renseignement particulièrement efficace. Quant au ravitaillement, il est assuré par des adolescents à raison d'un pour trois hommes. À la fin de son règne, Shaka dispose d'une force de trente mille combattants, sans rivale parmi les peuples de l'Afrique australe.


Son œuvre est immense car il a réussi à rassembler sous son autorité tous les clans de l'actuel Zoulouland en une seule nation. En 1828, après un court mais dense règne de douze années, le « Napoléon noir » est assassiné par ses demi-frères Dingane et Mhlangana.


L'épopée zouloue continua après la mort de Shaka. Le royaume eut ainsi à combattre les Boers qui furent vainqueurs en 1836 à la fameuse bataille de « Blood River ». Puis, en 1879, le Zoulouland fut envahi par les Anglais. Le 22 janvier 1879, les Zoulous remportèrent une première et brillante victoire. À Isandlawana, quatorze mille guerriers s'emparèrent en effet du camp de base de l'armée britannique qui perdit 1 329 hommes. Les forces d'invasion se replièrent alors en-deçà de la frontière mais quelques mois plus tard, à la suite d'une puissante contre-offensive britannique, les Zoulous furent vaincus et le royaume occupé puis annexé.


Cette défaite ne sonna pas le glas de la puissance zouloue car le royaume existe toujours aujourd'hui. Son actuel souverain, Goodwill Zwelithini est un descendant de Shaka.


Une société traditionnelle patriarcale


Les traditions demeurent fortes chez les Zoulous, même si nombre d'entre eux ont abandonné le Zoulouland pour aller chercher du travail en ville. Ceux qui sont restés à la terre ont conservé les coutumes anciennes comme la polygamie, uniquement limitée par l'importance de la lobola. Les Zoulous sont des agriculteurs-éleveurs cultivant le maïs, la patate douce, le sorgho, les haricots et entourant leurs bovins de soins jaloux.


La société zouloue est patriarcale et quand les garçons se marient, ils construisent une hutte en arrière de celle de leur père dans le kraal familial qui, ainsi, prend peu à peu de l'importance. Dans la société traditionnelle, chaque femme a sa hutte, ce qui fait que le kraal, dont le nom zoulou est umuzi, peut parfois ressembler à une petite agglomération.


À chaque occasion, les Zoulous revêtent leurs parures traditionnelles faites de peaux d'animaux sauvages. Les chefs se ceignent la taille d'une peau de léopard, se couronnent la tête de plumes et célèbrent par des danses l'histoire de leur peuple : l'épopée de Shaka, le fondateur du royaume et les hauts faits guerriers passés dont ils sont si fiers.

Bernard Lugan
Mai 2000
 
Bibliographie
Rope and Sand. The Rise and Fall of the Zoulou Kingdom in the Nineteenth Century Rope and Sand. The Rise and Fall of the Zoulou Kingdom in the Nineteenth Century
John Laband
Johannesbourg, 1995

Histoire de l'Afrique du Sud Histoire de l'Afrique du Sud
Bernard Lugan
Perrin, Paris, 1990

The Washing of the Spears The Washing of the Spears
Donald. R Morris
Pimlico, 1994

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