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Les trois messes et l'office divin : la liturgie de Noël
Yves Gire

Secrétaire général de l'association internationnale "Una Voce"

La fête de Noël est l'une des deux plus grandes fêtes de l'année avec celle de Pâques, et sa liturgie est d'une richesse exceptionnelle, aussi bien celle de la messe que celle de l'office divin. Pour permettre à tous ceux qui participeront à l'une ou l'autre cérémonie de cette fête d'en bien saisir la portée, nous nous sommes adressés à Yves Gire, secrétaire général de l'association Una Voce, spécialiste du chant grégorien qui anime chaque dimanche sur ce sujet l'émission « Lumière 101 » et a publié L'Année grégorienne aux éditions Dominique Martin.

La fête de Noël

On sait que la fête de Noël commémore la naissance de l'Enfant Jésus dans sa crèche de Bethléem, qui nous est relatée par l'Évangile de saint Luc au chapitre II :

« En ces jours-là parut un édit de César Auguste ordonnant le recensement de toute la terre. Ce recensement, le premier, eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie. Tous allaient se faire inscrire chacun dans sa ville. Joseph donc, qui était de la lignée de David, monta de Galilée en Judée, de la ville de Nazareth à la ville de David appelée Bethléem, afin de s'y faire inscrire avec Marie, son épouse, qui était enceinte. Or, pendant qu'ils étaient là, le temps où elle devait enfanter se trouva révolu. Elle mit au monde son fils premier né (1), l'enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux à l'hôtellerie.

Il y avait dans la contrée des bergers qui vivaient aux champs et qui, la nuit, veillaient à la garde de leurs troupeaux. L'ange du Seigneur leur apparut et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa clarté ; ils furent alors saisis d'une grande frayeur. Mais l'ange leur dit : "Rassurez-vous car je vous annonce une grande joie, qui sera celle de tout le peuple. Aujourd'hui, dans la cité de David, un sauveur vous est né, qui est le Messie, et voici à quoi vous le reconnaîtrez : vous trouverez un nouveau né enveloppé de langes et couché dans une crèche". Et soudain, se joignit à l'ange une troupe nombreuse de l'armée céleste qui louait Dieu en disant : "Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu'il aime. » (Traduction Osty)

C'est donc bien le Messie, le fils de Dieu fait homme, venu dans le monde pour nous sauver, dont nous célébrons la naissance, qui est l'événement le plus important de l'histoire de l'humanité. C'est pourquoi, au Moyen Âge, on a voulu choisir cette date comme point de départ de notre ère, même si les connaissances imprécises de l'époque ont fait sans doute commettre une erreur de quelques années.

Les rites de la messe

De ces deux grandes parties de la liturgie, la messe est la plus connue, car c'est celle à laquelle tous les fidèles doivent participer, au moins les dimanches et fêtes d'obligation, même si elle est célébrée tous les jours. La messe est essentiellement le culte rendu à Dieu par le renouvellement sur l'autel du sacrifice du Christ sur la croix, son corps et son sang étant présents sous l'apparence du pain et du vin. Cet acte est entouré d'un certain nombre de rites qui se sont élaborés peu à peu au cours des premiers siècles, s'inspirant de ceux du culte juif de la Synagogue, et qui consistent en un ensemble de lectures de la sainte Écriture, de chants et de prières.

La messe comporte des parties fixes – l'ordinaire de la messe – et des parties variables propres à chaque jour : c'est le propre de la messe. L'ordinaire se compose d'une part des grandes prières d'offrande du sacrifice récitées par le prêtre, d'autre part des chants de l'assemblée des fidèles, qui sont au nombre de cinq : Kyrie, Gloria (commençant par les paroles des anges en cette nuit de Noël : Gloria in excelsis Deo), Credo, Sanctus, Agnus Dei. Le propre se compose de lectures de la sainte Écriture, avec toujours un passage de l'Évangile, d'oraisons chantées ou récitées par le prêtre, et de cinq chants interprétés par la chorale : trois chants de procession – introït (ou chant d'entrée), offertoire (la procession n'existe plus, mais le chant est resté) et communion – et deux chants de méditation après les lectures : le graduel et l'Alleluia ou trait. Lorsqu'ils sont chantés avec les mélodies grégoriennes figurant dans les livres officiels, ces chants constituent la plus belle expression de la prière de l'Église, et des sentiments que doit éprouver l'âme chrétienne devant Dieu : adoration, louange, action de grâces, contrition, confiance, supplication.

La fête de Noël possède une particularité unique dans toute l'année, qui est de comporter trois messes différentes, alors que les autres jours n'en ont qu'une. Elles étaient souvent autrefois dites les unes à la suite des autres : on se rappelle Les Trois Messes basses d'Alphonse Daudet ; mais elles sont normalement destinées à être célébrées à trois moments différents, avec lesquels elles sont en harmonie : la messe de minuit emplie de mystères, celle de l'aurore pleine de lumière et celle du jour, pleine de joie. Nous ne parlerons pas davantage de la messe de l'aurore, qui n'est guère chantée que dans les monastères, et à laquelle les fidèles n'ont que rarement l'occasion d'assister.

La messe de minuit

La plus connue et la plus populaire de ces trois messes est évidemment la messe de minuit. Si, dans les premiers siècles, la messe était souvent célébrée la nuit, en particulier au moment des persécutions, elle fut ensuite ramenée à la matinée, même la vigile pascale qui n'a été établie à son heure normale que sous Pie XII. Seule la fête de Noël a conservé sa messe de la nuit, en rapport avec l'Évangile qui précise que c'est la nuit que l'ange apparut aux bergers pour leur annoncer la grande nouvelle ; certains textes de la sainte Écriture, considérés comme prophétiques, prédisaient d'ailleurs la venue du Messie au milieu de la nuit, et les chrétiens ont tenu à commémorer l'événement à ce même moment. Cette cérémonie est toujours restée très populaire, et c'est encore une de celles qui attirent le plus de monde dans les églises. Elle y est le plus souvent précédée par une veillée au cours de laquelle on chante des Noëls, ces innombrables cantiques de toutes régions et de toutes époques célébrant l'enfant Jésus de façon à la fois poétique et pittoresque.

Les textes de la messe de minuit présentent un contraste frappant entre l'Évangile, celui que nous avons cité au début de cet article, relatant l'événement historique de la naissance de l'Enfant Jésus, et les chants du propre, qui sont des méditations profondes sur la génération éternelle du Verbe, Fils de Dieu, deuxième personne de la Sainte Trinité. À part l'offertoire, ils contiennent tous les mots genui te, « je t'ai engendré », adressés par Dieu le Père à son Fils. On les trouve dans deux passages tirés de deux psaumes messianiques, dans lesquels le roi d'Israël est la figure du Messie. Le premier, tiré du psaume II, est très court, et figure à l'introït et à l'Alleluia : Dominus dixit ad me : Filius meus es tu, ego hodie genui te. « Le seigneur m'a dit : tu es mon Fils, moi aujourd'hui, je t'ai engendré. »

Cet aujourd'hui, c'est le présent éternel du ciel. Ces paroles sont celles du Père, mais ici c'est le petit enfant de la crèche qui les prononce ; ainsi, la mélodie de l'introït, un des plus courts du répertoire, est-elle très simple et légère. Celle de l'Alleluia, plus développée, est une mélodie-type que l'on retrouve un certain nombre de fois dans l'année, avec de grandes vocalises très joyeuses.

L'autre passage, tiré du psaume 109, figure au graduel et est repris en partie à la communion : Tecum principium in die virtutis tuae, in splendoribus sanctorum ex utero ante luciferum genui te. Ce texte, où l'on retrouve les mots genui te, n'est pas facile à traduire car, riche en symbolisme, il s'applique à la fois au roi d'Israël, devenu par l'onction « Fils de Dieu », c'est-à-dire son représentant sur la terre, et à la génération éternelle du Messie, dont le roi n'était que la figure. Disons faute de mieux : « À toi la primauté au jour de ta puissance ; dans les splendeurs sacrées, de mon sein avant l'aurore je t'ai engendré. »

Il est suivi dans le graduel par les premiers versets du psaume 109 : Dixit Dominus Domino meo : sede a dextris meis, donec ponam inimicos tuos scabellum pedum tuorum. « Le Seigneur (Dieu le Père) a dit à mon Seigneur (Dieu le Fils) : Siège à ma droite jusqu'à ce que je mette tes ennemis comme un escabeau sous tes pieds. » À l'opposé de l'introït, ce graduel est un des plus longs du répertoire, et sa mélodie est ample et solennelle ; nous sommes ici dans un monde de grandeur, de mystère et d'éternité, contrastant vivement avec la joie légère et un peu puérile qui est souvent celle de la veillée. On retrouvera la deuxième phrase de ce graduel : In splendoribus sanctorum… dans l'antienne de communion, laquelle est au contraire très courte, avec une mélodie aussi simple que celle de l'introït, mais moins légère : Dieu parle directement.

Reste l'offertoire de cette messe de minuit tiré du psaume 95, cantique de louanges au Seigneur, roi et juge universel : Laetentur caeli et exultat terra ante faciem Domini, quoniam venit. « Que les cieux se réjouissent et que la terre exulte devant la face du Seigneur, car il vient ». La mélodie chante la venue du Seigneur en nos âmes de façon douce et contemplative.

La messe du jour de Noël

On retrouve dans la messe du jour de Noël le même contraste que dans celle de la nuit entre l'évangile et les chants du propre, mais cette fois en sens inverse. C'est l'évangile qui est une méditation sur la génération éternelle du Verbe, deuxième personne de la Sainte Trinité. Il s'agit du célèbre prologue de l'Évangile selon saint Jean : In principio erat verbum, « À l'origine était le Verbe », s'achevant par l'annonce de l'incarnation qui se réalise en ce jour : Et Verbum caro factum est, « Et le Verbe s'est fait chair », c'est-à-dire a revêtu la nature humaine. Quant aux chants du propre, ils célèbrent joyeusement la naissance du petit enfant dans la crèche ; c'est ce que proclame dès les premiers mots l'introït, tiré du prophète Isaïe, un des grands textes de l'Ancien Testament annonçant la venue du Messie : Puer natus est nobis, et Filius datus est nobis, cujus imperium super humerum ejus, et vocabitur nomen ejus magni consilii angelus. « Un enfant nous est né, un fils nous est donné, la souveraineté est sur son épaule, et on l'appellera du nom d'envoyé de grand conseil ».

Ce grand conseil, c'est le dessein de la Sainte Trinité de sauver tous les hommes. La mélodie de cet introït exprime à merveille la joie légère de Noël ; elle s'élance au début en un grand élan enthousiaste, puis s'apaise progressivement en une contemplation amoureuse.

Comme à la messe de minuit, on trouve le même texte au graduel et à la communion de la messe du jour. Il est tiré cette fois du psaume 97, cantique de louanges au Seigneur qui vient comme sauveur et comme juge. Les versets retenus dans le graduel sont ceux qui affirment l'universalité du salut accordé à tous les peuples : Viderunt omnes fines terra salutare Dei nostri ; jubilate Deo, omnis terra ! Notum fecit Dominus salutare suum ; ante conspectum gentium revelavit justitiam suam. « Tous les peuples de la terre on vu le salut donné par notre Dieu ; poussez des cris de joie, terre entière ! Le Seigneur a fait connaître son salut, il a révélé sa justice devant les peuples. »

Cette perspective est chantée avec une mélodie très joyeuse, pleine de ferveur et d'enthousiasme, avec des notes répétées de façon insistante. On retrouve dans l'antienne de communion la première phrase du graduel, avec une mélodie évidemment beaucoup plus courte, mais encore pleine de grands élans.

L'Alleluia de la messe du jour est un peu à part, car c'est le seul chant de toutes les messes de Noël dont le texte ne soit pas tiré de la sainte Écriture. Il insiste surtout sur un caractère de fête de la lumière ; ce n'est pas par hasard si elle a été fixée au moment du solstice d'hiver, quand les jours recommencent à augmenter : Dies sanctificatus illuxit nobis : venite gentes et adorate Dominum, quia hodie descendit lux magna super terram. « Un jour très saint nous a illuminés : venez peuple, adorez le Seigneur, car aujourd'hui, une grande lumière est descendue sur terre ». À cette invitation à tous les peuples à venir adorer le Seigneur, lumière du monde, présent sous les traits d'un petit enfant, ce sont les Mages qui répondent bientôt au jour de l'Épiphanie ; cette réponse sera chantée dans l'Alleluia de cette fête, avec la même mélodie que celui-ci : « Nous avons vu son étoile à l'Orient (la « grande lumière »), et nous sommes venus adorer le Seigneur ».

Enfin, comme celui de la messe de minuit, l'offertoire de la messe du jour est une méditation douce et contemplative, s'émerveillant du contraste entre la faiblesse de ce petit enfant et ses qualités de maître absolu et roi incontesté de toute la création. Le texte est tiré du psaume 88, encore un psaume messanique : Tui sunt caeli et tua est terra : orbum terrarum et plenitudinam ejus tu fùndasti justicia et juridicium praeparatio sedis tuae. « À vous sont les cieux et à vous est la terre, le globe terrestre, c'est vous qui l'avez créé. La justice, c'est-à-dire la perfection divine, et l'équité sont le fondement de votre trône. »

L'office divin

Nous n'avons pu donner qu'un aperçu des richesses contenues dans la messe de la fête de Noël, et il nous faut maintenant en venir à l'autre partie de la liturgie, l'office divin. Il est la grande prière d'adoration, de louange et de supplication que l'Église adresse sans cesse à Dieu, chantée dans les monastères et les communautés religieuses, et récitée par les prêtres dans leurs bréviaires. Mais les laïcs sont invités à s'y associer dans la mesure du possible ; ils le faisaient autrefois en assistant aux vêpres du dimanche, qui sont aujourd'hui devenues très rares ; pour les grandes fêtes comme Noël, l'office était chanté en entier ou en grande partie dans les principales églises.

L'office divin est constitué principalement par le chant des psaumes, ces cent cinquante poèmes qui forment un livre de la Bible sont récités entièrement chaque semaine dans le cadre des différents offices ; il comporte également quelques cantiques qui proviennent d'autres livres de la Bible qui sont chantés comme des psaumes, notamment les trois cantiques de l'évangile, Le Magnificat, cantique de la Vierge Marie, le Benedictus, cantique de Zacharie, et le Nunc Dimittis, cantique du vieillard Siméon. Psaumes ou cantiques sont toujours accompagnés d'antiennes, petites pièces chantées au début et à la fin de la récitation du psaume, dont le texte donne le thème de méditation principal et dont la mélodie détermine le ton psalmodique à utiliser. L'office divin comporte en outre des hymnes en strophes où l'on retrouve la même mélodie.

L'office divin étant la prière continue de l'Église s'égrène au long du jour et de la nuit. Les matines, encore chantées au milieu de la nuit dans certains monastères, étaient autrefois à Noël avant la messe de minuit dans les cathédrales et les églises ayant un nombreux clergé. Elles comprennent, outre les psaumes et l'hymne, des lectures de la sainte Écriture et des Pères de l'Église, chacune étant suivi d'un répons – qui est un chant de méditation très orné. Les répons des matines de Noël comptent parmi les chefs-d'œuvre du répertoire grégorien, et il n'est pas défendu de chanter l'un ou l'autre au cours de la veillée.

L'office de jour est subdivisé en sept « heures » rythmant les différents moments de la journée : les laudes le matin avec le cantique Magnificat, puis les « petites heures », prime, tierce, sexte et none, les vêpres à la tombée du jour, avec le cantique Benedictus, et enfin les complies avec le cantique Nunc dimittis.

Pour la fête de Noël, des premières vêpres spécifiques sont chantées la veille au soir avec des antiennes accompagnant chacun des cinq psaumes. Le lendemain, les secondes vêpres sont encore différentes. Les laudes sont sans doute les plus belles ; elles ont été utilisées en particulier par Franz Liszt dans son oratorio Christus.

 

(1) Ce qui ne veut pas dire qu'elle en a eu d'autres après lui, mais seulement qu'elle n'en a pas eu d'autres avant.

NB. Les commentaires des pièces grégoriennes figurant dans cet article sont repris en partie dans l'ouvrage :

Yves Gire : L'Année grégorienne, 1 vol. de 304 p aux éditions Dominique Martin Morin – 160 F – qui présente tous les chants du propre de la messe des dimanches et fêtes de l'année. (64 messes).

On peut se le procurer au prix de 185 F à UNA VOCE, 3 rue Lamandé 75017 Paris.

 

 

Yves Gire
Décembre 2001
 
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