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Les Textes des Pyramides
Audran Labrousse
Directeur de la Mission archéologique française de Saqqâra

Lointain ancêtre du livre égyptien des morts, les Textes des Pyramides, pouvant remonter jusqu'à la IIIe dynastie où ils étaient transmis oralement, ont été à partir de la Ve dynastie gravés sur les parois des pyramides. C'est Audran Labrousse qui nous explique comment ces textes, d'abord découverts et traduits une première fois par Mariette, en 1880, ont fait depuis l'objet de fouilles archéologiques et de nouvelles traductions, et ce sans interruption jusqu'à nos jours. Quelques exemples de ces textes, ensemble de formules et de prières destinés à aider Pharaon dans son voyage vers l'au-delà, sont offerts à nos yeux.


Histoire des recherches (1880-2002)


Le projet scientifique de la mission archéologique française de Saqqâra est la recherche, l'étude et la publication exhaustive des Textes des Pyramides. Ce corpus, gravé sur les parois des caveaux de certaines pyramides (vers 2380-2200 av. J.-C.), est la plus ancienne des compositions funéraires de l'humanité. Il était destiné à assurer le passage et la renaissance de Pharaon dans l'éternité de l'au-delà.


La mission archéologique française de Saqqâra, subventionnée par le ministère français des Affaires étrangères, est placée sous le patronage de l'Académie des inscriptions et belles lettres, du CNRS et de l'université Paris Sorbonne – Paris IV. Cette mission est en quelque sorte l'héritière des premières fouilles scientifiques de l'Égypte, inaugurées sur le site de Saqqâra en 1850 par Auguste Mariette.


Aiguillé par des informations qui lui parviennent du sud de Saqqâra, en 1880, A. Mariette, directeur des antiquités de l'Égypte, initie nos recherches actuelles en décidant d'ouvrir une butte sablonneuse pour en permettre l'étude. Des estampages de textes gravés au bas d'une rampe descendante seront remis à Gaston Maspero, alors tout jeune égyptologue, qui identifiera d'emblée le nom du roi Pépy (I)/Méryrê et supposera l'existence de parois couvertes de textes au fond de certaines pyramides. D'abord sceptique, A. Mariette fera ouvrir, à la fin de la même année 1880, un autre monticule qui révélera l'appartement funéraire du roi Mérenrê Ier, gravé de formules du corpus des Textes des Pyramides.


Succédant à A. Mariette, G. Maspero donnera aussitôt l'ordre d'ouvrir trois autres pyramides de rois de l'Ancien Empire : celles d'Ounas et de Pépy II en 1881, puis de Téti en 1882, toutes trois portant gravées les fameux Textes. Avec une étonnante célérité, G. Maspero fera copier l'ensemble des formules accessibles et les publiera entre 1882 et 1893 avec une première traduction, ce qui reste confondant, car il n'y avait alors aucun des dictionnaires, ouvrages de référence ou instrument de travail, qui seront par la suite à la disposition des spécialistes.


Dès lors l'étude du corpus des Textes des Pyramides ne quittera plus le devant de la scène égyptologique. Travaillant en bibliothèque, un autre géant de la discipline, Kurt Sethe, donnait de 1908 à 1910, en Allemagne, une nouvelle édition des Textes, synoptique cette fois. Entre 1924 et 1936, lors de ses travaux à Saqqâra-sud, le savant suisse Gustave Jéquier apportait un important complément au corpus avec l'étude systématique de la pyramide de Pépy II ; il y joignait les inscriptions des monuments de trois épouses de ce pharaon, les reines Neit, Ipout II et Oudjebten, ainsi que celles d'un obscur roitelet de la VIIIe dynastie : Kakarê-Ibi.


L'intérêt des travaux de G. Jéquier conduisit Pierre Lacau, directeur du service des antiquités de l'Égypte, à reprendre après la seconde guerre mondiale l'étude des autres pyramides à textes, qui à l'exception de celle d'Ounas miraculeusement intacte et très tôt ouverte au public, restaient depuis les destructions des carriers de l'antiquité dans un état de chaos quasiment inaccessible. Le professeur Jean Sainte Fare Garnot et l'architecte Jean-Philippe Lauer entreprenaient alors, en 1951 puis en 1955-1956, le déblaiement de l'intérieur de la pyramide de Téti.


En 1963 le décès brutal de Jean Sainte Fare Garnot entraînait le professeur Jean Leclant, aujourd'hui secrétaire perpétuel de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, à lui succéder à la Sorbonne et à créer la mission archéologique française de Saqqâra. De 1966 à 1973, le déblaiement de l'intérieur de la pyramide de Pépy Ier sera conduit par J-Ph. Lauer et Jean Leclant, assistés de Catherine Berger et Isabelle Pierre-Croisiau ; entre 1986 et 1994, les quelque deux mille cinq cents fragments de textes recueillis seront replacés à leur emplacement d'origine. Les Textes de la pyramide de Mérenrê Ier seront recueillis de 1971 à 1973 par J-Ph. Lauer, puis en 1980 par nous-même.


En 1999, le Dr Bernard Mathieu, directeur de l'Institut français d'archéologie orientale du Caire, rejoignait la mission pour continuer les puzzles des fragments de textes des pyramides de Téti et Mérenrê Ier. En 2000, une nouvelle pyramide à textes, celle de la reine-mère Ânkhesenpépy II était découverte. En 2001, après trente-cinq années de travail et d'études épigraphiques, paraissait la publication du corpus complet des textes de la pyramide de Pépy Ier.


La signification des Textes des Pyramides


Les Textes des Pyramides décrivent, dans une langue poétique, le parcours symbolique du roi défunt de la mort vers la vie. On y reconnaît, mêlés, des prières, des conseils pratiques, voire des formules magiques destinées à faciliter au roi l'accès à l'autre monde, à l'aider à renaître et à surmonter les innombrables difficultés rencontrées en chemin, avant de parvenir finalement à se fondre dans la personne du Créateur et à régner désormais avec lui pour l'éternité dans le ciel nocturne.


Comme le font soupçonner certains archaïsmes, une partie du rituel pourrait remonter au moins à la IIIe dynastie, ou même au tout début de l'Égypte, transmis par tradition orale. D'autres formules peuvent éventuellement avoir pu être compilées, à l'époque d'Ounas ou encore plus tard, à partir de documents sur papyrus aujourd'hui perdus. Le rituel était composé pour être dit, déclamé plutôt que lu, par le successeur de Pharaon, qui assumait ainsi le rôle d'Horus, le fils d'Osiris, vengeur de son père. À la fin de la Ve dynastie cependant, une certaine forme d'inquiétude justifie que soient alors gravés à l'intérieur de la pyramide du roi, des Textes dont l'énoncé seul autrefois semblait suffisant. Si puissante était la magie de l'écrit que sa matérialité dans la tombe de Pharaon garantissait sans doute la réalisation du souhait exprimé. À n'en pas douter, les paroles prononcées possédaient la même vertu que celle du texte écrit, mais elles dépendaient d'un récitant. L'écrit, lui, est immuable.


Textes et architecture


La momie royale était déposée dans un appartement funéraire en forme de T aménagé sous la pyramide. La jambe du T, d'orientation nord-sud, en forme l'accès composé d'une descenderie qui s'enfonce sous la pyramide puis d'un vestibule et d'un couloir horizontal barré de herses conduisant à une antichambre. La barre du T, d'orientation ouest-est, accueille l'appartement funéraire proprement dit constitué de l'antichambre ouvrant à l'ouest sur la chambre funéraire et à l'est sur une pièce tripartite appelée traditionnellement serdab. Les textes pourront être gravés sur toutes les parois de l'appartement funéraire, à l'exception du serdab.


À la suite des recherches de l'égyptologue américain James P. Allen, B. Mathieu allait s'attacher en priorité à l'étude des liens entre les Textes et l'architecture de la pyramide avec des résultats déterminants ; ce sont ces découvertes, décisives, que nous reprenons ici.


La « résurrection » de Pharaon


Une analyse serrée des formules des Textes d'Ounas permet de déterminer le sens de lecture, interprété du point de vue du défunt, depuis la célèbre formule située au pied du sarcophage « Ô Ounas, tu n'es pas parti mort, tu es parti vivant... » jusqu'à la dernière colonne de la paroi est du couloir « ... pour qu'Ounas préserve Rê au ciel ». La pyramide est le lieu où Pharaon enseveli entame son voyage dans l'au-delà. Ce cheminement de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière, de la terre au ciel, orienté d'ouest en est puis du sud au nord, donne un sens à l'appartement funéraire qui devient la transposition architecturale d'une cosmographie, c'est-à-dire un temple.


Ainsi, la chambre funéraire représente la douat, l'endroit où se trouvent les morts et où circule le soleil nocturne ; l'antichambre figure l'horizon, région de l'au-delà située sous l'horizon visible ; le serdab, lieu sans aucune décoration, est la redoutable demeure d'Osiris ; enfin, l'extrémité sud du couloir représente les vantaux du ciel.


Dans la douat-chambre funéraire, le défunt est invité à quitter son sarcophage, à se redresser et à se déplacer, car résurrection signifie « se relever » ; il va commencer à se régénérer grâce à des formules d'offrandes et de provende : « Debout, ôte la terre qui est sur toi, secoue la poussière qui est sur toi, dresse-toi pour voyager au sein des Esprits ». Se dirigeant vers l'est, il quitte la douat, mobile et puissant, pour traverser l'horizon-antichambre. Lors de ce voyage, il est guidé par toutes les divinités du panthéon héliopolitain, émanations diverses du Créateur : « Mon frère, toi, à mon côté, toi ! a dit Geb en prenant Pépy par la main et en guidant ce Pépy par les portes du ciel ». Le chemin parcouru est décrit aussi en termes d'ascension : « Mon fils Pépy, dit-elle, prend mon sein pour le téter, dit-elle, pour vivre, dit-elle, toi qui es petit, dit-elle, quand tu montes au ciel comme les faucons... ». Devenu lumière radiante, le roi parvient à l'est de l'antichambre, la limite orientale de l'horizon, devant la façade du serdab-demeure d'Osiris, où il doit se justifier : « Il n'y a pas d'accusation d'Ounas sur terre, chez les hommes, il n'y a pas de calomnie contre lui au ciel, chez les dieux, car Ounas a repoussé son accusation, qu'Ounas a balayée pour monter au ciel ! ». Ayant ainsi triomphé du mal, le roi va descendre dans le sanctuaire du dieu du silence et des morts. Ce que le roi va y trouver, c'est la vie pour lui-même ainsi que la capacité de la donner aux autres et perpétuer ainsi l'univers : « Assieds-toi sur le trône d'Osiris : ton sceptre âba dans la main, tu donneras des ordres aux vivants [en fait,  les morts !] ». Ayant pris la forme du dieu créateur, le défunt va remonter vers l'horizon. Dans le couloir, les vantaux du ciel vont s'ouvrir et il va commencer son ascension vers le ciel du nord, en remontant la descenderie. Il deviendra alors un objet céleste dans le ciel nocturne : « Monte auprès de ta mère Nout, qu'elle te prenne la main et te fasse un chemin vers l'horizon, vers le lieu où se trouve Rê ! Les vantaux du ciel sont ouverts, les vantaux de la fraîcheur sont écartés, pour que tu trouves Rê, debout à t'attendre, pour prendre ta main, te guider dans les Deux Chapelles du ciel, et te placer sur le trône d'Osiris ».


En associant l'architecture du complexe pyramidal au rituel magique des Textes des Pyramides, le privilège royal de la vie éternelle semblera aux Égyptiens un épilogue enviable et des plus efficaces qui sera sollicité jusqu'à la disparition de la civilisation égyptienne. Après la VIe dynastie et au Moyen Empire, la famille royale perd l'exclusivité des formules ; modifiés, transformés, adaptés, les Textes des Pyramides sont utilisés par les particuliers sur leurs cercueils en bois. Ce sont alors les Textes des Sarcophages qui, à leur tour, à partir du Nouvel Empire, influenceront le Livre des Morts écrit sur papyrus.


Annexes






 « Le temps de vie du roi est l'éternité, sa limite est l'infinité, en cette sienne dignité selon laquelle on fait ce que l'on aime et on ne fait pas ce qu'on déteste, lui qui réside entre les limites de l'horizon, éternellement et à jamais. »


Textes des Pyramides, § 412


 


 



































Les six pyramides à textes des rois de la nécropole de Saqqâra


 


Ancien Empire


 


Dynastie


Souverain


Nom de la pyramide


Ve


Ounas


Belles sont les places d'Ounas


 


 


 


 


VIe


 


Téti


 


 


Stables dont les places de Téti


 


 


Pépy (I)/Méryrê


 


 


La beauté de Pépy demeure


 


 


Antiemsaf-Mérenrê (I)


 


 


La beauté de Mérenrê apparaît


 


 


Pépy (II)/Néferkarê


 


 


La vie de Néferkarê demeure


 


 


 


Première Période Intermédiaire


 


 


VIIIe


 


 


Kakarê-Ibi


 


 

 






















 


Les quatre pyramides à textes de reines de la VIe dynastie


 


ROI-ÉPOUX


REINE-MÈRE


ÉPOUSE


ROI-FILS


 


Pépy (I)/Méryrê


 


 


 


 


Ânkhesenpépy (II)


 


 


 


 


 


Pépy (II)/


Néferkarê


 


Antiemsaf-Mérenrê (I)


 


 


 


 


Pépy (II)/Néferkarê


 


Neit


 


 


Antiemsaf-Mérenrê (II)


 


 


Ipout (II)


 


Oudjebten


 


 


 

 

Audran Labrousse
Septembre 2002
 
Bibliographie
Les Textes de la pyramide de Pépy 1er, 2 vol. Les Textes de la pyramide de Pépy 1er, 2 vol.
C. Berger-el Naggar, Jean Leclant, B. Mathieu et I. Pierre-Croisiau
Ifao, 2001

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