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Les origines des premiers chrétiens
Justin Taylor
Professeur à l’École biblique et archéologique française de Jérusalem

Selon le Nouveau Testament (Ac 11, 26), c'est à Antioche, capitale de la Syrie romaine, que pour la première fois les disciples de Jésus furent appelés « chrétiens ». La première remarque à faire est que le nom christiani, avec le sens de « partisans de (du) Christus » est de formation non pas grecque mais latine et que la formulation de la sentence dans les Actes a des relents de style officiel. Le nom pourrait être d'origine populaire, mais il est vraisemblable que son utilisation ici, avec sa coloration juridique, vient plus immédiatement de l'autorité romaine. Il est donné ou imposé pour la première fois à Antioche et il va désigner celui qui le porte comme criminel ; apparemment, le terme est antérieur à la venue des disciples de Jésus. Que s'est-il produit pendant ces années où les communautés juives s'opposent de plus en plus au pouvoir romain tout en prêchant la venue du Messie ? Telle est la question que nous avons posée à Justin Taylor, auteur, avec Étienne Nodet, d'un Essai sur les origines du christianisme (Le Cerf, 1998, réédition 2002).

Les juifs de Rome : agitation et répression

Pour comprendre le sens originel du terme christiani et les circonstances dans lesquelles il fut appliqué aux disciples de Jésus, il faut commencer par Rome, où habite depuis longtemps une importante communauté juive. En l'an 19, affirme l'historien juif Flavius Josèphe, l'empereur Tibère bannit tous les juifs de Rome, à cause des crimes commis par quatre d'entre eux (AJ 18, 84). Une crise majeure semble avoir été allumée par un fait qui en lui-même était tout à fait mineur. L'information de Josèphe semble à la fois partielle et partiale. Néanmoins, toute l'affaire a une forte odeur de ce qu'il appelle ailleurs « brigandage », à savoir une agitation zélote au nom de la Loi, dont les retombées socio-politiques, très visibles, obligèrent les Romains à réagir. Plus tard, selon le biographe romain Suétone (Claude, § 25) l'empereur Claude expulsa de Rome les juifs qui fomentaient de constants tumultes à l'instigation de « Chrestus » – impulsore Chresto. Suétone ne donne aucune date, mais en combinant ses dires avec d'autres textes, nous pouvons conclure que les événements qu'il rapporte doivent être placés dans la première année du règne de l'empereur, soit en 41 (plutôt que 49).

Avant même d'envisager qui pouvait être ce « Chrestus » – nom donné souvent à un esclave – considérons d'abord une scène très importante qui s'accorde avec le texte de Suétone, à savoir la rencontre entre Aquila et Paul à Corinthe selon les Actes des Apôtres (Ac 18, 1 ss) : Ayant quitté Athènes, Paul arriva à Corinthe. (2) Ayant trouvé un certain juif nommé Aquila originaire du Pont, qui venait d'arriver d'Italie, et Priscille sa femme, car Claude avait prescrit à tous les juifs de s'éloigner de Rome, (3) il se lia avec eux. Or, nous venons de voir que, selon Suétone, Claude n'expulsa pas tous les juifs de Rome, mais seulement les fauteurs de troubles qui créaient des « agitations ». Aquila donc était l'un d'eux et pas des moindres. L'expression « ayant trouvé » doit être comprise avec son sens propre : Paul, guidé par la renommée d'Aquila, le recherchait afin d'obtenir une aide pour sa propre action. Il n'est pas nécessaire de supposer qu'Aquila et Paul se soient connus personnellement. La nouvelle peut avoir circulé dans les communautés juives, spécialement parmi les ports situés autour du bassin méditerranéen, qui étaient toujours en relation avec Rome. Finalement, on reconnaît bien le jeune Paul, connu pour son zèle agressif pour la Loi (voir Ph 3, 6  ; Ac 22, 3).

De Chrestus au Messie

Le récit des Actes ne mentionne pas ici le nom de Jésus. Si Paul a parlé à Aquila au sujet de Jésus, cela devait être comme le Messie d'un mouvement zélote. Le fait qu'Aquila et Paul appartenaient à la même tendance a une conséquence très importante. En effet, si la formule employée par Suétone – impulsore Chresto – caractérise les troubles réprimés par Claude en 41, ces troubles remontent certainement plus haut car ils sont décrits comme impliquant une agitation constante ; on ne se tromperait pas en les attribuant à la politique provocatrice de son prédécesseur, Caligula. En ce cas, le Chrestus mentionné par Suétone, bien que certainement juif, ne pourrait pas avoir été Jésus.

Mais alors, quelle est cette personne, réelle ou imaginaire, qui suscita des révoltes ? Le premier point à noter est qu'il n'est pas directement question de « chrétiens » mais seulement de Chrestus – ou Christus : à cette époque ces deux mots grecs se prononçaient de façon identique. Plus tard, en 64, dans le contexte de l'incendie de Rome sous Néron, le même Suétone parle clairement des christiani et de leur nouvelle et nuisible superstitio (Néron § 16). L'historien Tacite rapporte le même événement dans un fameux passage dans lequel il distingue expressément le nom collectif chrestiani du nom du fondateur Christus, mis à mort par Ponce Pilate (Annales 15, 44).

Quelque chose est arrivé entre ces deux dates : les christiani sont maintenant ceux qui suivent une personne définie appelée Christus mais Tacite ignore tout lien avec le titre « Messie ». Il s'agit bien tout de même du Messie – « Oint » – traduit en grec par « Christos ». La conclusion est claire. D'abord, le Chrestus de Suétone en 41 se réfère au Messie juif comme figure dont l'arrivée est imminente. L'identification de cette figure avec Jésus ne vint que plus tard, mais les Romains réagirent de façon identique dans les deux cas. Cela permet l'interprétation de deux détails littéraires. Tacite fait le lien entre un nom collectif – chrestiani – et une personne définie – Christus – mais la forme du mot suggère qu'il y avait en réalité des chrestiani, c'est-à-dire des « partisans de (du) Christus/Chrestus », donc des messianisants, avant que le lien avec Jésus ne soit établi. Pour sa part, Suétone parle d'instigation, ou plus littéralement d'« impulsion », et non d'un commandement réel venant d'un dirigeant. En d'autres termes, le Messie exerce une influence en son absence, ce qui implique que les meneurs proclamaient la venue imminente d'un royaume messianique. Ce résultat permet de reconnaître un caractère commun à tous les mouvements semblables qui se succédèrent en Judée depuis le temps d'Hérode.

Des meneurs, hautement motivés religieusement – et militairement très faibles – osaient s'élever contre le pouvoir de Rome ou de ses représentants et entraîner avec eux un grand nombre de juifs attirés aussi par la perspective d'éviter des taxes oppressives. À moins d'admettre qu'ils ne fussent fous, la seule explication plausible est que, dans tous les cas, ils proclamaient que la fin du temps, ou le royaume de Dieu, ou encore l'ère messianique était imminente et ils le faisaient avec une conviction fondée sur une interprétation approfondie de l'Écriture. Ce messianisme actif était attractif, mais en même temps il divisait gravement la communauté juive, puisque ceux qui n'acceptaient pas le message voyaient combien il était dangereux.

La communauté juive d'Alexandrie, entre politique et religion

Peu après son intronisation en 41, Claude répondit aux officiels envoyés par les citoyens d'Alexandrie (PLond 1912 ; voir Corpus Papyrorum Judaicarum II, n°153). Entre autres choses, il exprima sa volonté concernant les juifs. Après avoir mentionné les troubles récents ayant provoqué une guerre contre eux ou quelques-uns d'entre eux, il commença par confirmer leurs privilèges, puis il annonça certaines mesures qu'il allait prendre à leur sujet. En particulier, il leur défendit d'amener des juifs de Syrie ou d'Égypte et aussi d'envoyer à Rome deux groupes de représentants officiels. En clair, les troubles ont été provoqués par des gens nouvellement arrivés dans la communauté juive d'Alexandrie ; il en résulta une répression, puis une division visible de la communauté, assez sérieuse pour inquiéter le gouvernement de Rome où des troubles semblables s'étaient produits peu auparavant. Une telle division ne doit pas être confondue avec l'apparition ici ou là de petits groupes se réunissant dans un cadre privé, tels qu'on en voit dans les Actes. Au contraire, grâce à la lettre de Claude, on entrevoit l'apparition soudaine de mouvements populaires largement répandus et dangereux, suscités par des agitateurs qui n'offraient qu'un simple message politico-religieux.

La situation à Alexandrie ressemble à celle de Rome dans ses effets et dans ses causes, même si l'idée de « Messie » n'est pas exprimée dans la lettre de l'empereur. Dans les Actes, Alexandrie n'est pas mentionnée dans les voyages de Pierre ou de Paul, ce qui peut expliquer suffisamment pourquoi cette ville est à peine mentionnée. Par ailleurs, c'est à Alexandrie qu'Apollos put connaître « les choses concernant Jésus » comme aussi le baptême de Jean, mais sans aucune dimension messianique visible (Ac 18, 24 ss). Ceci forme contraste avec la situation entrevue à Rome, où messianisants et héritage de Jésus furent fusionnés quelque part entre 41 et 64.

L'opposition des juifs d'Antioche à Pétronius et à Caligula

Après ce parcours du bassin méditerranéen, revenons à Antioche. La communauté juive d'Antioche était depuis longtemps prospère, pacifique et ouverte. Elle accueillait les païens, qui pouvaient être considérés comme intégrés au peuple, même si rien ne dit qu'eux-mêmes ou leurs enfants aient été circoncis (GJ 7 § 45). Toutefois, l'affaire de la statue de Caligula y eut un impact majeur, car c'était la capitale romaine dont dépendait la Judée. Durant l'hiver 39-40, Pétronius, gouverneur de Syrie, reçut de l'empereur l'ordre d'aller à Jérusalem et d'installer de force sa statue dans le Temple. Philon rapporte (Leg. §§185 ss) que les juifs d'Antioche furent les premiers à entendre parler de l'affaire. Et Josèphe rapporte que Pétronius, en route pour Jérusalem, rencontra une opposition juive à la fois totale et non violente, à Ptolémaïs (Saint-Jean d'Acre) et Tibériade (AJ 18 §§261 ss). Il y eut toutefois, à la même époque ou même auparavant, des troubles à Antioche qui impliquèrent des juifs et furent matés avec sévérité. Cela concernait-il la même affaire, ou y eut-il là une agitation messianique comme à Rome, ou peut-être des réactions violentes à une prédication concernant Jésus ?

Le Livre des Actes 11, 19-26, qu'on divise en trois sections, a gardé les traces de trois missions différentes à Antioche entreprises par des prédicateurs juifs :

Première mission : (19) D'une part, ceux qui avaient été dispersés par la tourmente survenue par Étienne traversèrent jusqu'en Phénicie et Chypre et Antioche, ne parlant à personne sinon aux Juifs. (20) D'autre part, il y avait des hommes de Chypre et de Cyrène, qui étant allés à Antioche, parlaient aussi aux Hellénistes [ainsi que le mentionnent tous les manuscrits grecs sauf un des plus importants qui dit, « aux Grecs »], annonçant le Seigneur Jésus. (21) La main du Seigneur était avec eux : un grand nombre ayant cru se tournèrent vers le Seigneur.

Deuxième mission, celle de Barnabé : (22) L'affaire les concernant parvint à l'oreille de l'« Église » de Jérusalem, et ils envoyèrent Barnabé à Antioche. (23) Celui-ci étant arrivé et ayant vu la grâce de Dieu se réjouit, et les pressait tous de rester du fond du cœur attachés au Seigneur. (24) C'était en effet un homme droit, rempli d'Esprit Saint et de foi. Une foule considérable s'adjoignit au Seigneur.

Troisième mission : (25) Ayant entendu dire que Saul était à Tarse il partit le chercher. (26) L'ayant rencontré il le pria de venir à Antioche. Étant arrivés, pendant une année entière ils furent rassemblés à l'« Église », et ils enseignaient une foule nombreuse. Alors pour la première fois furent appelés les disciples « chrétiens ».

Dans la première section le texte usuel donne une formule – « parlant aux juifs et aussi aux hellénistes » – ambiguë ou redondante, car, pour les Actes des Apôtres les « hellénistes » sont toujours des juifs (Ac 6, 1 ; 9, 29). Au contraire, le texte alternatif indique deux mouvements distincts se terminant à Antioche : l'un partant de Jérusalem et s'adressant seulement aux juifs, l'autre partant de Chypre et de Cyrène et s'adressant aux Grecs, c'est-à-dire aux païens. Qu'en conclure ? Regroupons quelques remarques :

- La « proclamation » finale au verset 20 a pour effet de fusionner les deux mouvements en attribuant aux deux le même message.

- Par ailleurs, au verset 21, la formule « se tourner vers le Seigneur » est la même que celle qui se lit dans le décret de Jacques (voir Ac 15, 19), où elle concerne les païens ; c'est en fait la continuation du verset 20, mais il n'y avait primitivement aucun lien avec Jésus.

- La propagande en direction des Grecs devient plus précise si l'on considère à la fois un grand nombre de recrues, puis le fait qu'à Antioche les juifs avaient le soutien de nombreux Grecs de bonne volonté, et enfin le fait que le mouvement missionnaire avait son origine en Cyrénaïque, ce qui rappelle les troubles à Alexandrie.

- Les prédicateurs sont anonymes et ne sont nulle part ailleurs connus comme disciples.

- La « foule considérable » est mentionnée deux fois.

- Ceux qui sont gagnés par la prédication sont désignés par le terme romain de Christiani.

L'ensemble de ce passage peut être replacé dans le contexte des troubles causés par le dessein de Caligula d'installer sa statue dans le Temple de Jérusalem. Dans cette hypothèse, les prédicateurs juifs seraient venus pour susciter parmi les sympathisants grecs, peut-être avec une note d'urgence eschatologique – « Le Messie vient » – une vive réaction contre cet abus du culte de l'empereur, réaction probablement aggravée par d'autres abus du pouvoir romain. Antioche était le siège du gouverneur de Syrie et il n'est pas difficile d'imaginer des démonstrations contre Pétronius durant l'hiver 40. Du point de vue romain, elles se seraient produites impulsore Chresto et, d'un point de vue juif, on aurait pu les tenir toutes pour un acte, visible et mobilisateur, de refus des idoles.

La mission de Barnabé

Cette hypothèse est renforcée par la mission de Barnabé. Elle est racontée de façon quelque peu lyrique, en insistant sur les qualités de Barnabé. Toutefois, deux détails importants se détachent. C'est une « affaire » qui vient à la connaissance de Jérusalem mais qui n'y avait pas pris naissance ; il faut maintenant l'examiner. Alors Barnabé exhorte la « foule considérable » à demeurer fidèle. En d'autres termes, le succès stupéfiant pourrait finalement n'être rien de plus qu'un feu de paille, sans chance de durer, spécialement s'il y avait une répression sévère. Ce qui est réellement remarquable, c'est l'absence de toute référence à Jésus ou au baptême ou à quelque chose de commun entre juifs et païens. Au contraire, la mission du verset 19 auprès des juifs d'Antioche semble tout à fait indépendante de l'autre et il n'est établi aucun lien entre elles. Venant ainsi de Jérusalem, elle forme un diptyque : les missions auprès des juifs et auprès des païens sont distinctes et apparemment sans conflit, ce qui est conforme à l'accord qui sera fait à Jérusalem entre Jacques, Céphas et Jean d'un côté et Paul et ses compagnons de l'autre (voir Ga 2, 9).

L'intervention de Paul, lors de la troisième mission, est essentiellement de soutenir l'action entreprise par Barnabé et de lui donner consistance ; cette action semble s'être développée au-delà de sa mission primitive. Barnabé « rempli d'Esprit Saint et de foi », mais ne voyant pas comment des gens venus de Jérusalem peuvent être de quelque aide dans la situation présente, pense que Saul, avec sa réputation d'activiste, est celui qu'il convient le mieux d'appeler. C'est bien le futur apôtre Paul et l'on peut penser qu'il proclame à Antioche que le Messie, source et terme de toute l'agitation, c'est Jésus.

L'implication des disciples dans les troubles qui eurent lieu à Antioche en 39-40 fut apparemment remarquée par les Romains qui donnèrent le nom de « Chrétiens » au mouvement que Barnabé essayait d'organiser. Les juifs atteints par la mission mentionnée au verset 19 se trouvèrent probablement eux-mêmes inclus dans cette catégorie. En clair : des disciples juifs qui n'étaient pas activistes zélotes ont été assimilés aux messianisants, c'est-à-dire accusés du crime d'activités subversives.

Disciples et prosélytes face au pouvoir romain

Ce long détour par trois grandes villes du monde romain a fait apparaître la description d'un messianisme juif dont les grandes lignes peuvent être discernées d'après les réactions romaines aux troubles qu'il causa, spécialement sous Caligula. En son centre il y avait une urgence eschatologique, mais celle-ci était étoffée par l'adjonction d'intérêts particuliers – liberté, exemption de taxes ; elle suscita une insurrection dans la communauté juive et aussi parmi les prosélytes et les païens bien disposés, spécialement à Antioche. Primitivement, ce messianisme n'a aucun lien identifiable avec Jésus et ses successeurs ; plus tard, une fois que le lien fut établi dans la situation confuse créée à Antioche, le titre criminel de « chrétien » fut attaché définitivement aux disciples de Jésus.

On peut ajouter la remarque que le corps social des disciples s'est développé selon deux voies : à côté de petits groupes de croyants, il y avait des foules assez considérables pour inquiéter les autorités romaines. Le lien entre ces deux entités n'est pas encore très clair. Telle était déjà la réalité entourant Jésus dans le monde juif.

Justin Taylor
Avril 2002
 
Bibliographie
Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien. 30-135<br/> Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien. 30-135

François Blanchetière
Epiphanie
Le Cerf, 2001

Premieres communautés chrétiennes.Traditions et tendances dans le christianisme des origines<br/> Premieres communautés chrétiennes.Traditions et tendances dans le christianisme des origines

Vittorio Fusco
Lectio Divina
Le Cerf, Paris, 2001

Le judéo-christianisme ancien Le judéo-christianisme ancien
Simon Mimouni
Patrimoines
Le Cerf, 1998

Essai sur les origines du christianisme Essai sur les origines du christianisme
Etienne Nodet et Justin Taylor
Le Cerf, Paris, 2002

D'où vient le christianisme ? D'où vient le christianisme ?
Justin Taylor
Lire la Bible
Le Cerf, Paris, 2003

Aux origines du christianisme Aux origines du christianisme
Pierre Geoltrain
Folio Histoire
Gallimard, Paris, 1998

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