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Les Olmèques et la Méso-Amérique
Caterina Magni
Maître de conférence à l'université de Paris IV-Sorbonne
 
 
 
 

Les Olmèques sont la première des hautes civilisations de la Méso-Amérique. En jetant les traits fondamentaux de cette aire culturelle, qui s'étend du tiers méridional du Mexique jusqu'au Costa Rica, ils vont léguer un riche héritage aux cultures postérieures. Aussi, des Zapotèques aux Aztèques, en passant par les Mayas et les Toltèques, toutes les civilisations de l'Amérique moyenne vont puiser leurs racines dans ce creuset culturel.

Contrairement à une idée reçue, cette culture brillante n'est pas originaire de la côte du golfe du Mexique (États actuels du Veracruz et du Tabasco). En vérité, les données archéologiques, nombreuses et variées, montrent une réalité beaucoup plus complexe.

En accord avec les thèses de Christine Niederberger, spécialiste française, on peut donc affirmer que les centres religieux et politiques olmèques émergent de manière synchrone sur une vaste partie de la Méso-Amérique : du Mexique jusqu'au Costa Rica, en passant par le Belize, le Guatemala, le Salvador, le Honduras et le Nicaragua.

Entre 1200 et 500 avant J.-C., cette population au caractère hétérogène fédère cet immense territoire. Pour le Mexique, précisons que sa présence s'affaiblit à la fois dans le nord de la côte du Golfe, région communément appelée « Huaxteca », et dans la partie septentrionale de la péninsule du Yucatan. Qui plus est, aucun vestige de pur style olmèque n'a été recensé dans la région géo-culturelle de l'Occident (États actuels du Colima, Nayarit, Jalisco et du Michoacan).

Dans le domaine géographique, les Olmèques occupent des milieux naturels très contrastés. En effet, ils habitent aussi bien les basses terres au climat chaud et humide, couvertes de forêt pluviale, que les hauts plateaux semi-arides à la végétation raréfiée.

En dépit de son étendue géographique considérable et de son rôle prépondérant au sein de l'histoire méso-américaine, la civilisation olmèque reste méconnue du grand public. L'histoire des recherches, que nous allons aborder maintenant, apporte un éclairage intéressant à ce qui paraît être un paradoxe.

L'historiographie

La civilisation olmèque a été découverte tardivement. Pendant longtemps son ancienneté a été mise en doute et ses vestiges attribués aux cultures connues. L'incapacité d'identifier un nouveau style et d'en reconnaître l'originalité a certainement ralenti les progrès de la recherche. Pour mieux saisir les conséquences de ce retard, décrivons les étapes cruciales de l'historiographie.

L'art olmèque demeure inconnu jusqu'à la deuxième moitié du XIXe siècle. C'est ainsi que les spécialistes s'accordent pour fixer les débuts de l'olmécologie en 1862 avec la découverte fortuite de la première tête colossale à Hueyapan, dans le sud de l'État du Veracruz. On doit cette trouvaille spectaculaire à un voyageur mexicain du nom de José María Melgar y Serrano. Mais la nouvelle a un retentissement réduit.

Il faudra attendre 1925 pour que d'autres mégalithes olmèques soient mis au jour, lors du périple de Frans Blom et Olivier La Farge, respectivement archéologue danois et ethnographe nord-américain. Les deux aventuriers explorent la côte du Golfe, puis le sud-est du Mexique délivrant de l'oubli des œuvres d'art olmèques et le site de La Venta (Tabasco). Cependant, ils attribuent ces vestiges remarquables à la culture maya qui fascine les esprits de l'époque. Parallèlement, on découvre, dans différentes localités du pays, des pièces de l'art mineur d'un style particulier et d'une qualité artistique surprenante. Dans l'esprit des chercheurs, collectionneurs et amateurs d'antiquités, naît la conscience d'une parenté formelle entre ces objets d'art et les sculptures monumentales de la côte du Golfe recensées jusqu'alors.

À la fin des années vingt, l'archéologue allemand Hermann Beyer applique le terme « olmeca », qui signifie en langue nahuatl « les gens du pays du caoutchouc », à ce style artistique et le nord-américain Marshall Saville le rattache à une culture supposée golfienne. Cette appellation est officialisée en 1942, lors de la deuxième Mesa Redonda de Tuxtla Gutiérrez (Chiapas), où des spécialistes de renom, Alfonso Caso et Miguel Covarrubias en tête, définissent les principaux traits culturels de ce qu'ils qualifient de « civilisation mère » de la Méso-Amérique. Au cours de la table ronde, on rend hommage au nord-américain Matthew Stirling, le pionnier de l'archéologie de terrain olmèque. On lui doit, en particulier, l'exploration des sites clés de la côte du Golfe (San Lorenzo, La Venta, Tres Zapotes, Cerro de las Mesas…) et la découverte d'un nombre très important d'œuvres d'art d'une très belle facture.

En 1955, la datation absolue au radiocarbone appliquée au site de La Venta démontre l'ancienneté de la civilisation olmèque.

Depuis les années 1970-80, les campagnes de fouilles et les travaux de cabinet se multiplient. Les Olmèques sont réhabilités. Enfin, on saisit davantage leur apport aux cultures tardives méso-américaines.

L'urbanisme et l'architecture

Du Mexique au Costa Rica, ce peuple de bâtisseurs construit les premiers centres cérémoniels de la Méso-Amérique en montrant un souci de planification très prononcé. Les édifices sont disposés sur un axe nord-sud, orientation générale qui va devenir une convention d'urbanisme. L'art monumental – autels, stèles, rondes-bosses diverses… – ponctue pour la première fois les cités et rehausse le prestige des dignitaires. La volonté d'ordonnancement est manifeste jusqu'à l'emplacement des dépôts dédicatoires, intentionnellement ensevelis. Le sens de l'espace est ouvert comme en témoigne le goût marqué pour les esplanades, les places et les perspectives amples. Les ouvriers olmèques n'hésitent pas à aménager le terrain et à modifier la topographie des sites comme à San Lorenzo, dans le sud du Veracruz, au milieu des marécages côtiers. En effet, ce site ancien, situé sur les bords du Rio Coatzacoalcos, est un plateau artificiel, entièrement bâti de la main de l'homme. En général, on décèle la volonté d'adapter l'architecture à l'environnement naturel.

Au niveau architectural, les bâtiments clés sont mis en place. Dès cette époque, la pyramide constitue d'ores et déjà l'édifice principal du centre religieux. À La Venta, elle s'élève dans une zone palustre. Sa forme conique creusée de sillons rappelle la morphologie d'un volcan, vraisemblablement un des cônes du massif de Los Tuxtlas distant d'une centaine de kilomètres.

Les premiers terrains de jeu de balle apparaissent. Un exemple très représentatif est le terrain d'Abaj Takalik (appelé aussi Takalik Abaj) au Guatemala composé de trois structures basses en terre battue et dont l'allée centrale mesure 23 mètres de long pour 5,60 mètres de large. L'ensemble est orienté nord-sud. Notons également la construction de bains de vapeur, de voûtes en encorbellement, de tombes mégalithiques et d'enceintes rituelles comme à Tlacozotitlan au Guerrero. Comparable aux sites de la côte du Golfe, en raison de son envergure et d'une architecture imposante, Tlacozotitlan offre une enceinte rectangulaire composée de pierres taillées, rythmée par quatre monolithes à l'effigie du « were-jaguar », créature hybride mi-humaine et mi-féline. 

Un autre élément architectural remarquable est le système de drainage. Si de nombreux sites olmèques possèdent un système de canalisation, celui de San Lorenzo, mis au jour dans les années 1960 lors de la campagne de fouilles de l'université de Yale, est certainement le plus achevé. Ce vaste système d'irrigation était composé de canaux en basalte. Les pierres bien taillées et jointes les unes aux autres formaient, avec les divers réservoirs et bassins creusés en différents endroits, un système très avancé de contrôle des eaux permettant de disposer d'eau pure. Des œuvres d'art le ponctuaient comme le monument 52 à l'effigie d'un were-jaguar, situé à proximité d'une extrémité de l'aqueduc ou un bassin en forme d'oiseau palmipède, le monument 9 du site.

Dans toutes les cités olmèques, l'utilisation de la terre battue, de l'argile et de la pierre comme matériaux de construction est largement attestée.

L'organisation sociopolitique

La société olmèque est encore très mal connue, ce qui explique peut-être les divergences d'opinions. Avis qui concordent sur un seul point : l'existence d'une période cruciale située entre 1000 et 900 avant J.-C., marquée par des changements importants attribuables à plusieurs facteurs. Parmi eux, mentionnons l'introduction de nouvelles techniques agricoles permettant une meilleure alimentation et conséquemment une croissance démographique, l'intensification des échanges commerciaux, une urbanisation importante accompagnée d'une forte stratification sociale, d'une centralisation des pouvoirs politiques, d'une religion institutionnalisée et, de manière générale, d'une spécialisation des activités. Au cours de cette période, on enregistre une intensification des travaux d'architecture et de sculpture. Des monuments en pierre rythment les centres cérémoniels et en accentuent la majesté. Faut-il déjà parler en termes d'État ou, plus prudemment, de passage d'une société segmentaire de type clanique à une société étatique ? Le débat reste ouvert.

Remarquons l'apparition de l'écriture et du calendrier. En fait, l'écriture idéo-pictographique s'inscrit en premier lieu sur les terres cuites. Elle est en vigueur dès 1200 avant J.-C. sur une vaste partie de la Méso-Amérique et va se développer dans les cultures plus tardives en revêtant des formes extrêmement élaborées.

La religion

Si la nature et le nombre des « divinités » olmèques font encore l'objet de controverses, il est néanmoins difficile de réfuter la présence répétitive de la figure mythique du jaguar, qu'il soit anthropomorphisé ou non. Le fauve joue, de toute évidence, un rôle prépondérant dans la pensée religieuse. Ce grand prédateur, craint et révéré, est généralement associé à la pluie et à l'agriculture. Son pouvoir est ambivalent : créateur et destructeur à la fois.

La Terre Mère, en tant que principe féminin, est également omniprésente dans la religion olmèque. À l'instar du fauve, son pouvoir est double. Elle peut aussi bien donner la vie – hommes, végétaux…– que la retirer en engloutissant à jamais les êtres vivants.

L'art : matériaux et techniques

Les artistes olmèques s'illustrent aussi bien dans le travail de l'argile, de la pierre et du bois. Par ailleurs, les rares peintures rupestres mises au jour montrent l'hétérogénéité de leur production. Une approche schématique de la création artistique conduit à la distinction entre art monumental et art mineur.

Le premier comprend toute œuvre de grande taille qu'elle soit sculptée en ronde-bosse, en haut et bas-relief, gravée ou peinte. Les têtes colossales, statues, autels, stèles, dalles, pétroglyphes, mosaïques (que l'on qualifie d'offrandes massives) et peintures pariétales participent à cette catégorie. Parmi les matériaux de prédilection de l'art colossal, signalons le basalte et l'andésite, pierres volcaniques très résistantes.

Le second regroupe tous les objets de petite dimension en pierre et en terre cuite travaillés en volume, en haut et bas-relief, ou finement incisés/excisés comme les figurines, haches, masques, pendeloques, bijoux, récipients…

Parmi les matériaux les plus prisés pour l'art mobilier, mentionnons le jade-jadéite, la serpentine et l'obsidienne.

Éventail thématique

Dans le domaine iconographique, la figure humaine constitue le thème principal de l'art olmèque. Ensuite, on rencontre la figure hybride et, en troisième position, le sujet animalier.

La figure anthropomorphe n'est que très rarement féminine. En fait, l'image de la femme est surtout présente sous forme métaphorique. Elle se cristallise dans l'image de la grotte et de la faille terrestre. Les figures masculines, du moins celles qui sont reconnaissables sans aucune équivoque, sont également en nombre réduit. Restent les figures asexuées, majoritaires, qui semblent répondre à des conventions esthétiques ou idéologiques. Malgré l'absence de l'indication du sexe, leur morphologie d'ensemble, voire le port d'un pagne et la présence d'une barbiche, démontrent qu'il s'agit bien de la représentation d'un homme.

La figure hybride est récurrente. L'artiste olmèque représente divers degrés de la relation homme-animal, mais ne dresse un tableau complet et exhaustif qu'avec la figure du jaguar. C'est ainsi qu'il dépeint des situations que l'on peut qualifier « d'extrêmes » – alliance/parenté et antagonisme – et « d'intermédiaires » – hybridation, métamorphose… Ces manifestations artistiques suggèrent une exploration systématique de la relation homme-jaguar et de sa réciproque. Dans cette optique, l'image du were-jaguar, où les traits anthropomorphes et zoomorphes s'entremêlent savamment, est un parfait exemple.

Dans un art imprégné d'animalité, il est surprenant de constater la rareté des effigies animalières. Dans cette catégorie, la place d'honneur revient encore une fois au félin. Puis, plus loin, à d'autres grands prédateurs comme le serpent, notamment à sonnette, et l'aigle. Les herbivores – cerfs et autres petits mammifères – sont minoritaires.

En fait, l'attention de l'artiste se porte, en priorité, sur les prédateurs, situés au sommet de la pyramide alimentaire, et décroît inversement au regard des proies.


Un exemple d'art mineur : les haches

Parmi les nombreuses œuvres d'art olmèques, on rencontre des objets énigmatiques, remarquablement ciselés, que les spécialistes appellent : « haches ». L'art olmèque en propose deux types différents :

• la hache dite « pétaloïde » a été reproduite dans des centaines d'exemplaires. Sa surface est généralement lisse, plus rarement finement incisée sur une des deux faces, et porte souvent l'image de l'homme-jaguar. L'être hybride, vu de face ou de profil, est accompagné d'une iconographie extrêmement élaborée où l'on reconnaît les principaux symboles du répertoire olmèque.

Sa forme en pétale évoque l'image de la fleur et sa couleur, le plus souvent verte, signifie l'eau précieuse c'est-à-dire la vie et son renouveau. Son enfouissement intentionnel comme offrande suggère l'ensemencement et l'acte de fécondation de la terre.

• la hache dite « rectangulaire » arbore un contour géométrique à angle droit. Parfois de dimension importante, elle porte sur sa face l'effigie du were-jaguar, sculpté en bas-relief ou simplement gravée. L'iconographie de l'être hybride, mi-humain et mi-félin, se caractérise par la gueule trapézoïdale avec ou sans crocs acérés, entourée de lignes parallèles, le nez bestial, la fente crânienne, les yeux en amande et les sourcils en flammes. Le corps est trapu, la gestuelle statique : les bras sont posés sur le ventre et les mains serrent parfois des objets rituels tels que torche, poignée, couteau… Le vêtement et la parure sont sommaires : pagne, ceinture, pectoral, bandeau frontal à franges latérales encadrant le visage. Des motifs, comme la croix olmèque, symbole cosmologique de la quadripartition de la surface terrestre, peuvent parfaire l'image.

Il n'est pas aisé de déterminer exactement l'âge de ces créatures anthropo-zoomorphes. Si certaines haches décrivent clairement des bébés, notamment en pleurs, les gencives édentées, d'autres semblent dépeindre des adultes.

Dans le domaine métaphorique, l'artefact, qu'il soit pétaloïde ou rectangulaire, symbolise l'éclair que l'on peut associer au serpent, c'est-à-dire l'agent fécondateur du jaguar. Au moyen des haches, la créature féline, responsable des phénomènes météorologiques, provoque la foudre et par extension la pluie.

Un exemple d'art monumental : les têtes colossales

Les œuvres d'art olmèques sont nombreuses, leurs supports variés et leur esthétique toujours fascinante. Parmi ces pièces foisonnantes, les têtes colossales connaissent une renommée sans égale.

Il s'agit de rondes-bosses en pierre admirablement sculptées. Nous en connaissons dix-sept. Toutes proviennent de la côte du golfe du Mexique : dix de San Lorenzo, quatre de La Venta et trois de Tres Zapotes (ou de ses environs).

La première tête colossale a été découverte, rappelons-nous, en 1862 par Melgar y Serrano à Hueyapan, l'actuel village de Tres Zapotes. Cependant, c'est seulement au cours de la campagne de fouilles de 1938-39, dirigée par l'archéologue nord-américain M. Stirling, que l'œuvre en basalte, haute d'environ un mètre cinquante et d'un poids approximatif de huit tonnes, est entièrement dégagée. Classée de nos jours sous la dénomination de « monument A de Tres Zapotes », elle est conservée dans le musée communautaire du village.

La dernière a été mise au jour à San Lorenzo, en 1994, par une équipe mexicaine dirigée par Ann Cyphers. En parfait état de conservation et d'une grande beauté plastique, la dixième tête colossale de San Lorenzo est aujourd'hui conservée dans le petit musée de Tenochtitlan, à proximité du site.

Ces visages de pierre, coiffés d'un casque aux attributs souvent animaliers, partagent le même type physique : un nez camus aux larges narines, des pommettes saillantes, des yeux en amande aux coins tombants, une bouche charnue aux commissures tournées vers le bas. Des ornements variés pendent des lobes étirés.

La forme du visage est carrée, plus rarement ovale. Les mâchoires sont larges et puissantes, quelquefois prognathes. Au-delà des constantes physiques, l'artiste ne se répète jamais et offre bien au contraire une panoplie de faciès d'homme d'âge mûr, très expressifs. Certains sont impassibles et graves, d'autres sereins, plus rarement rieurs comme sur la tête 2 de La Venta.

Impossible donc de nier l'individualité de ces portraits réalistes, source historique particulièrement précieuse. Reste à s'interroger sur l'identité de ces hommes au caractère prononcé. Si Jacques Soustelle évoquait les « dynastes, prêtres ou athlètes vainqueurs », d'autres pensent aux joueurs de balle, voire à la figuration de têtes-trophées d'ennemis.

Cependant, l'interprétation la plus plausible est celle de la représentation de l'élite politique et religieuse olmèque. Les insignes, situées au niveau du casque, revêtent une connotation emblématique qui a pu servir à affirmer l'appartenance du dirigeant à un groupe déterminé tout en soulignant son rang élevé. Cette statuaire participe donc au « culte du gouverneur » qui connaîtra une postérité glorieuse en Méso-Amérique sous des formes variées.

L'héritage olmèque

Nous l'aurons compris, si l'on veut saisir toute la complexité de la Méso-Amérique, il faut obligatoirement se référer aux Olmèques. En effet, toutes les cultures postérieures vont s'abreuver dans cette première matrice.

L'héritage est d'ailleurs palpable dans de nombreux domaines qu'ils soient matériels ou intellectuels.

Dans l'urbanisme, les centres cérémoniels olmèques, comme La Venta, préfigurent les cités plus tardives. D'ailleurs, on y rencontre toutes les créations architecturales caractéristiques de la Méso-Amérique : pyramides, terrains de jeu de balle, systèmes de drainage, tombes, espaces rituels et vastes esplanades…

La pyramide, tout particulièrement, deviendra une des constantes architecturales de l'Amérique moyenne.

Dès l'Époque II, les bâtisseurs de Monte Alban (Oaxaca) et de Teotihuacan (haut plateau central du Mexique) montrent le même souci de rigueur dans la planification, l'orientation générale et l'agencement des édifices que celui de leurs prédécesseurs.

L'usage de flanquer une structure pyramidale de monolithes sculptés, l'emploi de la colonne en tant qu'élément architectural, la fausse voûte, le bain de vapeur… sont autant de traits que l'on attribue hâtivement aux civilisations tardives et qui, en fait, relèvent des Olmèques.

Dans le domaine artistique, les cultures postérieures continuent à ciseler le jade, aux teintes vertes et bleutées, et à tailler des grands blocs de pierre.

Autels, stèles, rondes-bosses… rythment les cités. Le culte du « gouverneur », ci-dessus évoqué, est réitéré plus tard. Pour s'en convaincre, il suffit de songer aux stèles mayas qui dépeignent le « roi en majesté », en pied, richement vêtu, le sceptre à la main.

Dans le domaine intellectuel, ce sont les Olmèques qui inventent l'écriture, de nature idéopictographique, et le calendrier. L'écriture maya, si connue, puise ses racines dans ce premier système glyphique.

L'influence se fait sentir également dans le champ religieux. De manière générale, la zoolâtrie, le culte des ancêtres, des enfants et des êtres difformes… perdurent au cours des siècles. Parallèlement se répandent des pratiques rituelles, comme brûler de l'encens ou du caoutchouc en tant qu'offrande, et socio-esthétiques comme la mutilation dentaire ou la déformation crânienne. Quant aux pratiques sacrificielles, elles remontent indubitablement à l'horizon olmèque.

Enfin, un grand nombre de « divinités » tardives sont tributaires du jaguar de l'Époque I.

Certes, la filiation est sensible à divers degrés. Ainsi, si Tlaloc, le dieu mexicain de la pluie, perpétue clairement les caractères du félin, Quetzalcoatl, le célèbre « Serpent à plumes », les dissimule à l'œil non familier.

Ces traits fondamentaux que la première grande civilisation du Mexique lègue aux cultures tardives se retrouvent tout au long des siècles. La continuité culturelle et historique de la Méso-Amérique est, sans aucun doute, exceptionnelle.

Caterina Magni
Mai 2004
 
Bibliographie
L'autre visage des Olmèques. Les ancêtres des Mayas et des Aztèques. L'autre visage des Olmèques. Les ancêtres des Mayas et des Aztèques.
Bernadette Arnaud
In Sciences et Avenir, n°681
Paris, 2003

Les Olmèques de San Lorenzo Les Olmèques de San Lorenzo
Ann Cyphers
In Dossiers d'Archéologie, n°245
Dijon, 1999

Les Olmèques. Des origines au mythe Les Olmèques. Des origines au mythe
Caterina Magni
Seuil, Paris, 2003

L'Art olmèque. Source des arts classiques du Mexique L'Art olmèque. Source des arts classiques du Mexique

In Catalogue d'exposition
Musée Rodin, Paris, 1972

La Méso-Amérique: genèse et premiers développements La Méso-Amérique: genèse et premiers développements
Christine Niederberger
In Histoire de l'Humanité 2
Unesco, Paris, 2001

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