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Le Guatemala, dans sa diversité – des hauts plateaux aux forêts luxuriantes du Péten – se présente comme un pays d'accès difficile. Les conquistadores s'y installèrent mais ne supplantèrent pas les indigènes qui représentent encore aujourd'hui plus de la moitié d'une population aux traditions toujours très vivantes...  


Des paysages très contrastés


Entre océan Atlantique (golfe du Honduras) et océan Pacifique, le Guatemala, traversé par le 15e degré de latitude nord, se trouve en pleine zone tropicale, ce qui lui vaut, au nord, dans les basses terres, un climat chaud et humide, à l'atmosphère étouffante saturée d'humidité, et plus au sud, dans les hautes terres, un climat plus contrasté dont les températures peuvent descendre vers 0° C. La saison sèche, d'octobre à avril, prélude à la saison humide dont les fortes précipitations sont favorisées par de hautes montagnes qui arrêtent les nuages. Sur quelque 109 000 kilomètres carrés vivent douze millions d'habitants très inégalement répartis, les deux tiers se concentrant sur les hautes terres. Malgré sa petite taille, le Guatemala présente, du nord au sud, trois visages bien différenciés.


Les basses terres – le Petén – sont couvertes d'immenses forêts mal drainées, car les sols sont trop bas. Des marécages plus ou moins importants selon la saison, un climat difficile ainsi qu'une végétation trompeuse – la forêt vierge luxuriante pousse sur un sol pauvre – ne favorisent pas l'installation des hommes (deux habitants au kilomètre carré). L'exploitation de la forêt et le tourisme restent les activités dominantes, même si l'agriculture se développe timidement, préférant produire du coton, de la canne à sucre et du cacao, plutôt que des bananes. Il s'agit de l'ancien pays maya dont la langue s'est perpétuée chez les Indiens, alors que le caribe, sur la côte, est parlé par la population noire.


Le centre du Guatemala est le pays des hautes terres, plateaux dont l'altitude oscille de 1 500 à 2 500 mètres (Sierra Madre), et que dominent des volcans qui culminent entre 3 000 et 4 000 mètres – 4 220 pour le Tajumulco – dont l'activité, perpétuellement alimentée par les mouvements de l'écorce terrestre, provoque éruptions et séismes dévastateurs. Le climat plus agréable, malgré les tremblements de terre, a attiré la majorité de la population (trois cents habitants au kilomètre carré), et c'est là que les grandes villes ont été édifiées. L'agriculture produit café, blé, maïs, pomme de terre et autres légumes ; l'élevage, des moutons, porcs et bovins. Les Indiens appartiennent à de nombreuses communautés parlant une vingtaine de langues différentes, auxquelles s'ajoutent leurs formes dialectales : le quiché, le cakchiquel (ouest), le mam (vers le Mexique), le pocoman (entre nord et nord-est), le chol (vers le Honduras).


L'extrême sud, en bordure du Pacifique, est constitué d'une étroite bande littorale longue de quelque trois cents kilomètres, large d'une cinquantaine, qui est abondamment arrosée par les pluies et les rivières dévalant des hauts plateaux. Des terres fertiles ainsi qu'un climat propice ont favorisé la constitution de vastes exploitations où la monoculture de la banane tend maintenant à se diversifier vers la canne à sucre, le coton et les fruits tropicaux, le café sur le piémont, donnant ainsi naissance à une petite industrie de transformation. C'est aussi la région des grands élevages. De longues plages de sable noir sont interrompues par des zones de mangroves qui, après avoir failli disparaître, sont maintenant sauvegardées.


L'émergence d'une brillante civilisation : les Mayas


Il est toujours aussi difficile de savoir quand commence l'histoire du Guatemala : le climat, les ravages des eaux et des séismes ont tellement bouleversé le sol que les vestiges de la présence humaine la plus ancienne sont difficiles à trouver. Il est vraisemblable que, comme pour le reste de la Méso-Amérique, un premier peuplement s'est effectué à partir de 20 000 ans avant notre ère. Les chasseurs-cueilleurs se sont sédentarisés vers le Xe millénaire pour les uns, beaucoup plus tard (Ve-IVe millénaires) pour les autres. La naissance du monde maya reste, elle aussi, toujours l'objet d'hypothèses. Pour les uns, il s'agirait d'une lente maturation qui accompagna le développement de l'agriculture et l'essor démographique sur la côte Pacifique, où les Olmèques laissent de premiers témoignages à partir du XVe siècle, alors que des céramiques considérées comme mayas ont été retrouvées au Belize, datant de 1 200 avant notre ère.


La civilisation maya ne naquit pourtant vraiment que vers le VIe siècle avant notre ère, lorsque la société s'organisa, noua des contacts avec des peuples lointains – à moins que ce ne fût l'inverse – ouvrant ainsi des routes qui devinrent autant d'itinéraires de pénétration. Par les sentiers des montagnes, les eaux de fleuves comme l'Usumacinta, et celles des mers, certains pensent que de nouvelles populations s'installèrent. Des guerres menèrent sans doute à une assimilation et à la naissance du monde maya proprement dit, au IIIe siècle avant notre ère, quand furent fondées les premières dynasties royales et qu'apparurent de véritables villes : Tikal, Uaxactun, Caracol, Yaxchilan. L'émergence des uns résultait d'âpres combats qui entraînaient l'affaiblissement des autres...


Il fallut des siècles pour que cette civilisation atteignît son apogée – aux Ve-VIIIe siècles de notre ère – dont témoigne une architecture grandiose et raffinée, une écriture hiéroglyphique, de surprenants calculs astronomiques qui permirent d'établir un calendrier réglant toute la vie. Stèles et autels montrent la puissance de la religion. De nombreux artistes profitèrent de la prospérité de la société pour couvrir les murs des édifices importants de peintures malheureusement mal conservées ; ils produisirent des céramiques aux formes caractéristiques et aux décors variés ; ils sculptèrent la pierre la plus simple, le jade ou l'obsidienne, les os... et composèrent des parures de plumes et de textiles bigarrées. La société était dominée par des rois, des prêtres et des guerriers, et des rites religieux omniprésents permettaient de perpétuer cette structure en assurant la cohésion de la population.


De multiples causes probablement internes : surpopulation, appauvrissement des ressources, épuisement général, dégradation du pouvoir central, guerres interminables, évolution climatique... expliquent la disparition relativement rapide, au IXe-Xe siècle de notre ère, de cette civilisation brillante. Les Indiens ne disparurent pas totalement, et si le Petén était reconquis par la forêt vierge, les Mayas s'installèrent sur les hautes terres où ils se mêlèrent aux autochtones, créant des royaumes qui recommencèrent à s'affronter sans produire une civilisation aussi brillante que celle qui les avait précédés. Moins peuplé qu'auparavant, sans grandes ressources, épuisé, le Guatemala de l'époque se trouva à l'écart des nouveaux centres de rayonnement et c'est le Yucatan (Mexique) qui perpétua, malgré l'arrivée des Toltèques, la civilisation maya jusqu'à ce que les Aztèques fondent leur empire au Mexique. La forêt vierge, auparavant cultivée, traversée de routes, peuplée de cités, était redevenue un milieu hostile lorsque les Espagnols arrivèrent dans les Amériques.


De la colonisation espagnole à l'indépendance et ses soubresauts


Après avoir vaincu les Aztèques, Cortés chargea Pedro de Alvaro de partir vers le sud, toujours dans l'espoir de trouver l'Eldorado. En deux ans seulement, de 1524 à 1526, le pays maya fut conquis et, ici comme ailleurs, les Indiens furent décimés par des épidémies et des massacres. Leur résistance fut brisée, leur culture combattue. Les ordres religieux occidentaux : Dominicains, Franciscains, Augustins, Carmes, Jésuites... s'installèrent en force, imposant le christianisme et luttant contre les hérésies. Mais l'Inquisition s'intéressa plus aux déviations occidentales qu'aux cultes « peu catholiques » des Indiens qui mêlaient à la nouvelle foi leurs pratiques ancestrales. Certains religieux, comme Bartolomé de las Casas, ont pourtant tenté de défendre et de sauvegarder la culture indienne.


Santiago de los Caballeros, refondée en 1527 après l'échec d'une première tentative dès 1524, devint la capitale de l'Amérique latine. Vingt ans plus tard, le Guatemala, colonie de l'Espagne, était une capitainerie générale. De somptueux monastères, des palais et des églises furent élevés par les nouveaux maîtres qui durent affronter à plusieurs reprises les colères de la terre. Mais les villes furent reconstruites sur place ou à proximité. Des écoles et une université formèrent les nouvelles élites d'une société qui se structura entre les dirigeants espagnols au faîte du pouvoir, des créoles ou métis qui occupaient sous leur autorité une position dominante et des Indiens, au bas de la hiérarchie sociale. L'art colonial, profondément religieux, adopta le style baroque de l'Occident, non sans lui apporter une couleur locale originale, avec une architecture qui devait tenir compte des séismes, un décor surabondant qui intégra des motifs proches de ceux des Indiens, une peinture et une sculpture pleines de mouvement et de couleurs.


Le gouvernement aristocratique, préférant profiter directement de l'enrichissement du pays, prit de plus en plus de distance avec l'Espagne et finit en 1821 par proclamer l'indépendance. La structure de la société ne changea pas mais, parmi les dirigeants, deux tendances, l'une conservatrice, l'autre libérale, s'opposèrent en de violents conflits. L'Amérique centrale se morcela en plusieurs États qui entretinrent de perpétuelles querelles de frontières. L'Église se battit pour conserver ses privilèges et soutint les partis conservateurs. En 1871, la révolution menée par Justo Rafino Barrios provoqua des réformes et ouvrit le pays au modernisme. Les rêves d'unification de l'Amérique centrale n'aboutirent pas, et la vie politique, scandée par les dictatures et les révolutions, fut de plus en plus contrôlée par les États-Unis qui géraient, par l'intermédiaire de la United Fruit Company, l'essentiel de la production du pays en imposant la monoculture de la banane.


Une lente accession à la paix civile


Jacobo Arbenz arriva au pouvoir au début des années cinquante ; il parvint à promulguer une réforme agraire, distribua des terres et nationalisa une grande partie des possessions de la United Fruit. Un coup d'État soutenu par la CIA le chassa en 1954. Le nouveau pouvoir militaire dut affronter une guérilla qui s'appuyait sur les Indiens, lesquels devinrent les principales victimes de la répression. Les dictatures se succédèrent jusqu'en 1986, lorsque les civils revinrent au pouvoir ; des négociations rétablirent en 1996 la paix civile et le pays trouva une nouvelle stabilité.


Le Guatemala reste un pays agricole produisant surtout du maïs, de la canne à sucre, du café, des haricots et des bananes ; même si la culture a régressé, elle lui fournit les deux tiers des exportations. Le nickel, le pétrole et le tourisme lui apportent d'autres revenus.

Daniel Elouard
Novembre 2009
 
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