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Les Habsbourg, une famille pour un empire
Georges Castellan
Professeur émérite de l’université Paris III
Ancien enseignant de l’Inalco
Docteur honoris causa des universités de Poznan et de Humboldt de Berlin († 2014)

La maison germanique qui régna sur l'Autriche de 1282 à 1918 doit son nom à Habichtsburg – le « château de l'Épervier » – dans le canton suisse d'Argovie (Aargau). Il avait été édifié vers 1020 par l'évêque Werner de Strasbourg, peut-être descendant de Gontran le Riche, duc de Basse-Alsace. Une légende entoura cette construction. L'évêque conseilla à son parent Ratbot, seigneur du lieu, de fortifier sa résidence, protégée par aucune muraille. Ratbot promit de la faire en une nuit ; le lendemain, le château était entouré de cavaliers armés et Werner, qui le convoitait, dut se contenter de souhaiter à son parent de tirer parti de ce mur « vivant », le plus sûr de tous. Toujours est-il que les seigneurs de Habichtsburg – dénommés désormais Habsburg – allaient prendre un fabuleux essor que nous présente Georges Castellan.

De Rodolphe Ier à Frédéric III : la conquête de la puissance

Possessionnés par mariage ou par héritage dans la Suisse du Nord et en Alsace, les Habsbourg lièrent leur destin à celui des souverains Hohenstaufen et se rangèrent dans le camp des Gibelins, partisans de l'empereur lors de la grande querelle du sacerdoce et de l'Empire. En 1273 Rodolphe, comte de Habsbourg, fut élu roi des Romains et devint l'empereur Rodolphe Ier (1273-1291). Il mettait ainsi fin à la crise du « Grand Interrègne » qui permit au pape d'intervenir dans les candidatures à l'élection impériale. En 1278, il vainquit le roi de Bohême Ottokar II à la bataille de Dürnkrut, dans le Machfeld au nord de Vienne, ce qui lui permit de prendre possession de l'Autriche et de la Styrie qu'il inféoda à ses fils. Il fut le premier des Habsbourg à occuper le trône impérial mais, n'ayant pu faire le voyage à Rome, il ne porta pas le titre d'empereur et fut simplement roi de Germanie. Son fils Albert se heurta aux princes électeurs, et la dignité impériale échappa pour un temps aux Habsbourg.

Divisés en deux branches issues du duc Rodolphe IV le Fondateur, la branche Albertine et la branche Léopoldine, les Habsbourg étaient à la fin du XIVe siècle les maîtres non seulement des duchés autrichiens, mais aussi de la Styrie, de la Carinthie, de la Carniole et du Frioul, qui constituèrent leurs « possessions héréditaires » jusqu'en 1918. Pour justifier sa puissance parmi les princes allemands, Rodolphe IV prit le titre d'« archiduc palatin » et fit fabriquer des faux dont un Privilegium Majus, attribué à l'empereur Barberousse, qui conférait à l'Autriche d'importants privilèges pour l'investiture de son duc et pour sa succession. Ayant annexé le sud du Tyrol, il nargua le doge de Venise en lui écrivant qu'il « contrôlait désormais toutes les routes entre l'Allemagne et l'Italie ». En 1457, la branche tyrolienne s'éteignit et, l'année suivante, le duc Frédéric, roi des Romains, reprit possession de la couronne impériale et devint l'empereur Frédéric III. Il fit adopter la fameuse devise latine A.E.I.O.U : Austriae est imperare orbi universo, « il appartient à l'Autriche de régner sur le monde entier ».

Désormais, à l'exception d'une courte interruption entre 1740 et 1745, les princes électeurs d'Allemagne choisirent toujours un Habsbourg comme empereur, jusqu'à ce que Napoléon abolisse le titre en 1806.

De Maximilien Ier à Marie-Thérèse : la domination d'un immense empire

La fin du XVe siècle vit un formidable développement de la puissance de la famille. En 1477, le fils de Frédéric III, Maximilien, épousait Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire. Élu roi des Romains en 1486, puis couronné empereur en 1508, Maximilien Ier fut le maître d'un immense empire comprenant les États héréditaires des Habsbourg – Autriche, Styrie, Carinthie, Carniole et Tyrol –, les Pays-Bas, le Brabant, la Flandre, l'Artois et la Franche-Comté. Il établit sa capitale-résidence à Innsbruck. Devenu veuf, il se remaria en 1494 avec Marie Sforza qui lui apporta la puissance financière de sa famille. Pour ses enfants, il conclut des mariages espagnols : son fils Philippe épousa Jeanne d'Aragon, sa fille Marguerite, don Juan de Castille ; mais la mort rapide de ce dernier fit de Jeanne l'unique héritière des Rois Catholiques. De son union avec Philippe naquirent six enfants, dont les futurs Charles Quint et Ferdinand Ier. Élu empereur en 1519, Charles Quint était l'héritier d'un patrimoine « sur lequel le soleil ne se couchait jamais ». Il essaya de réaliser le vieux rêve médiéval de l'unité de la chrétienté ; mais, combattu tout à tour par les potentats italiens, les rois de France et d'Angleterre, et ses vassaux allemands engagés dans les luttes consécutives à la Réforme, il essuya une série d'échecs, dont il tira lui-même la conclusion en abdiquant tous ses pouvoirs en 1556 pour se retirer au monastère de Yuste en Castille. L'idée de la monarchie universelle était morte : les États de l'Europe entraient dans la phase moderne des conflits nationaux.

Ferdinand Ier, frère de Charles Quint, avait épousé Anne, héritière des royaumes de Bohême et de Hongrie, ce qui orienta son action. En 1522, Charles Quint lui céda les États héréditaires autrichiens – Styrie, Tyrol, Autriche – divisant la maison en deux : une « ligne espagnole » comprenant l'Espagne, les Pays-Bas, une partie de l'Italie – sous l'autorité directe de Charles, puis de son fils, Philippe II – qui s'éteignit en 1700, et une « ligne autrichienne » qui, à la mort de Ferdinand en 1564, se morcela et fut reprise par Ferdinand II, empereur en 1619. Ferdinand Ier fut un souverain remarquable qui sut structurer l'ensemble de ses possessions très diverses et les transformer en une confédération d'États : la monarchie des Habsbourg. Lorsque s'éteignit la branche espagnole, l'empereur Léopold Ier, qui régnait à Vienne, put acquérir les Pays-Bas, le Milanais, Naples et la Sicile, tandis qu'après leur siège infructueux de Vienne, les Ottomans, battus par le prince Eugène de Savoie, lui rendirent toute la Hongrie centrale par le traité de Karlowitz en 1699.

La monarchie ainsi agrandie s'adonnait à la civilisation baroque et s'opposait à la France de Louis XIV. L'empereur Charles VI (1711-1740) s'efforça de rétablir la paix et édicta la « pragmatique sanction » de 1713 – acte par lequel, n'ayant pas encore d'enfant, il voulait régler sa succession : une clause déclarait les pays de la monarchie indivisibles et inséparables. Lorsqu'en 1717 lui naquit une fille, Marie-Thérèse, il voulut l'en faire bénéficier. Charles VI fut le dernier empereur appartenant à la maison d'Autriche ; ses successeurs furent l'électeur de Bavière, puis l'époux de Marie-Thérèse, François de Lorraine-Toscane qui fonda une nouvelle dynastie, celle des Habsbourg-Lorraine. Il faut noter que Marie-Thérèse ne fut impératrice que comme épouse de l'empereur ; elle ne fut jamais « impératrice d'Autriche », puisqu'il n'y avait pas d'empire dans ce pays – le seul existant était le Saint Empire romain germanique.

De Joseph II à Charles Ier : un pouvoir de plus en plus menacé

Il s'en suivit une longue guerre dite de Succession d'Autriche, dans laquelle cette dernière perdit une partie de ses duchés italiens. En janvier 1741, l'électeur de Bavière fut élu empereur à Francfort, ce qui constituait une véritable révolution, car depuis plus de trois cents ans, la maison des Habsbourg avait monopolisé cette charge. Le titulaire mourut rapidement et Marie-Thérèse poussa son époux, François de Lorraine-Toscane, à se présenter ; il fut élu et devint en octobre 1745 l'empereur François Ier. Leur fils, Joseph II (1740-1780), leur succéda comme empereur et chef de la maison des Habsbourg. Son frère, Léopold II, passa rapidement sur le trône et laissa place à son fils François II qui fut confronté à la Révolution française.

La guerre éclata entre Paris et Vienne, et François II ne put sauver de la guillotine sa tante Marie-Antoinette, épouse de Louis XVI. Le règne de Napoléon vint bouleverser l'organisation de l'Europe centrale. En février 1803, un rescrit réduisait de trois cents à quarante le nombre des États du Saint Empire. La disparition des évêchés de Cologne, Trèves et Mayence – trois électeurs sur sept – décida François II, Römischer Kaiser, empereur du Saint Empire, à se transformer en François Ier, empereur d'Autriche, Kaiser von Österreich. C'est lui qui, avec son chancelier Metternich, réunit les souverains européens pour élaborer les traités de Vienne (1815). Son successeur, arriéré mental, fut remplacé par son fils François-Joseph Ier au milieu de la révolution viennoise de 1848. Sous son règne qui s'acheva en 1916, les défaites en Italie et en Allemagne qui réalisaient leur unité amenèrent une restructuration de ses États par le compromis austro-hongrois de 1867, créant la Cisleithanie et la Transleithanie. Son fils, Rodolphe, se suicida en 1889 à Mayerling et son neveu, le prince héritier François-Ferdinand, fut assassiné à Sarajevo en juin 1914. Lui succéda un petit-neveu, Charles Ier, qui essaya avec son épouse Zita de conclure la paix, puis présida à l'éclatement de l'Autriche-Hongrie avant de se retirer et de mourir à Madère en 1922. Son fils, Othon, est l'actuel chef de la maison d'Autriche. Député européen, il réside à Vienne, la ville de ses ancêtres depuis 1278.

Georges Castellan
Février 2001
 
Bibliographie
Histoire de l’Empire des Habsbourg, 1273-1918 Histoire de l’Empire des Habsbourg, 1273-1918
Jean Bérenger
Fayard, Paris, 1990

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