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Les fleuves d'Europe à travers l'histoire
Didier Trock
Agrégé de géographie

L'or du Rhin, le Danube bleu, le chant de la Moldau, la bataille de la Néva, les bateliers de la Volga, les cosaques du Dniepr : les grands fleuves européens sont chargés d'images qui trouvent leur origine dans les méandres de l'histoire de l'Europe. Ils jouent un rôle paradoxal, tour à tour barrières entre les peuples ou les nations et axes majeurs des échanges commerciaux et culturels, égrenant sur leurs rives châteaux, cathédrales, villes florissantes ou figées dans le souvenir de leur gloire passée… La plupart des capitales européennes, présentes ou passées, ont été bâties sur des cours d'eau ; ponts, quais et ports forment le dénominateur commun de leur paysage. Nous vous invitons à les découvrir au cours des différentes croisières que nous vous proposons sur le Rhin, le Danube, le Dniepr, la Volga, la Néva et le Pô ; c'est pourquoi nous avons demandé à Didier Trock de nous brosser un panorama de l'histoire de ces fleuves...

Le bronze et le fer

Dès la préhistoire, les cours d'eau jouèrent un rôle considérable pour la localisation des zones de peuplement et, dès le mésolithique, les hommes ont commencé à maîtriser la navigation fluviale : dès lors, les fleuves allaient devenir les voies de migration privilégiées des peuples qui s'installaient en Europe. La civilisation mégalithique, qui englobe une partie de la Méditerranée occidentale et les confins de la Manche, semble s'être diffusée au fil du Rhône, mais surtout par la voie du Danube qui prit déjà toute son importance. On peut y suivre pas à pas, grâce à un type d'habitat spécifique, la progression de la « civilisation de la poterie rubanée », que l'on a pu également qualifier de civilisation danubienne. La diffusion en Europe du bronze, venu du Proche-Orient et des Balkans, se fit très certainement le long des voies commerciales déjà fort actives qui empruntaient la voie danubienne, le Main, l'Oder et l'Elbe. Vers le XII
e siècle avant J.-C., de nombreux mouvements de peuples firent progresser le bronze le long du Rhin et de la Saône – songez à la célèbre tombe de Vix – puis le long du Rhône vers l'Italie où l'on assista à l'éclosion de la civilisation villanovienne qui se diffusa dans la plaine du Pô et en Italie centrale. La diffusion du fer, encore une fois à partir de l'Orient, emprunta à son tour la voie danubienne. La mise en place des peuples celtiques et protogermaniques s'accompagna de l'apparition de petits bourgs fortifiés et du développement des échanges entre les régions méditerranéennes et l'Europe centrale et septentrionale : au Ve siècle avant notre ère, les axes fluviaux commencèrent à jouer un rôle capital dans l'organisation de l'espace, tour à tour voies de communication et barrières entre les peuples.

Commerce et défense

À l'époque romaine, certains fleuves de l'Empire prirent un rôle commercial important et firent naître des villes comme Arles, Lyon, Lutèce ou Londres. Mais le Rhin et le Danube jouaient un autre rôle : ils marquaient la frontière avec les peuples barbares, surtout germaniques, qui menaçaient l'empire. Dès le règne d'Auguste, les Romains organisèrent une ligne de défense : le limes. Ils le considéraient au départ dans cette région comme une frontière provisoire avant une nouvelle expansion vers l'Elbe, mais la défaite, en l'an 9, des légions de Varus devant le chef chérusque Arminius conduisit Tibère à renoncer à l'occupation permanente des pays au-delà du Rhin. De ce fait l'implantation romaine ne dépassa durablement le Rhin que dans son cours supérieur et, vers l'est, le Danube supérieur prolongea le limes. Enfin, sous les Flaviens, fut annexé l'angle rentrant entre le haut Danube et le Rhin moyen (les champs Décumates).
Strasbourg (Argentoratum), Mayence (Mongoactium), Cologne (Colognia Agrippina) et Trêves (Augusta Trevorum) – qui devint le siège de la préfecture des Gaules – constituaient les principaux postes de garnison du limes rhénan. Ratisbonne (Castra Regina), Vienne (Vindobona), Budapest (Aquincum) et Belgrade (Singidunum) étaient les camps fortifiés du limes danubien.
Naturellement ces opulentes cités connurent un important recul lorsque l'Empire romain s'effondra mais, même réduites à de simples bourgs, elles ne perdirent pas le souvenir de leur ancienne puissance. Bien souvent elles furent les premiers sièges épiscopaux lorsque progressa la christianisation et constituèrent les noyaux des futures villes médiévales.

L'expansion économique du Nord

Au cours des siècles troublés qui suivirent la chute de l'Empire romain, la géographie politique du continent fut profondément modifiée : l'Europe centrale connut les invasions destructrices des Huns puis l'implantation des populations slaves. L'Orient byzantin et l'Occident franc se trouvaient séparés l'un de l'autre. Le Danube ne pouvait ainsi plus jouer son rôle de voie de communication, malgré les efforts de Byzance pour évangéliser les peuples nouveaux venus dans ces régions.
En revanche, l'Occident carolingien établissait de nouvelles marches vers le nord et l'est, le long de la Saale et de l'Elbe. C'est ainsi qu'Hambourg fut à l'origine du développement de la ligue hanséatique. Le Rhin, la Moselle, le Rhône allaient alors recouvrer toute leur importance commerciale, Cologne et Ratisbonne devinrent de puissantes agglomérations, tandis que les échanges se multipliaient entre la Baltique, l'Europe du Nord et l'Italie. À cette même époque, les villes drapières de Flandres prirent leur essor et les foires de Champagne se développèrent .

Les fleuves russes

Au IX
e siècle, un nouveau monde entra dans l'histoire : la Russie et, là encore, les fleuves jouèrent un rôle capital. Des aventuriers scandinaves, les Varègues, marchands parfois, aventuriers toujours, guerriers souvent, parcoururent la Volga et le Don, s'aventurèrent ensuite sur le Dniepr. Leur participation au service de tribus slaves à des expéditions de pillage dans l'Empire byzantin leur donna rapidement un rôle de chefs militaires, ce qui leur permit ensuite de se rendre maîtres de Novgorod et surtout de Kiev - « mère des villes russes » – où les descendants de Riurik fondèrent la première véritable dynastie russe.
Mais, deux siècles plus tard, tout changea. L'invasion mongole, qui épargna l'Occident, mit à bas le grand duché de Kiev et réduisit la Russie, jusqu'au XV
e siècle, à de petites principautés autour de la haute Volga.

L'Europe moderne

La fin du Moyen Âge vit un renouveau éphémère de la voie danubienne, mais l'expansion ottomane y mit rapidement un terme. Sous l'égide des Hohenstaufen, des Luxembourg puis des Habsbourg, le monde germanique se structure en une Mittel europa s'étendant également à la Bohème et à la Hongrie. Les grandes voies de communication étaient alors la Moldau et l'Elbe – qui joignent Prague à Dresde, Magdebourg et Hambourg – et le cours supérieur du Danube qui relie Vienne et Budapest. Cette situation perdura jusqu'au XVII
e siècle. Alors apparurent les prémices destières naturelles et, dès lors, les grands fleuves d'Europe jouèrent le rôle de frontière plus que de trait d'union entre les pays, phénomène qui s'exacerba au XIXe siècle : ne chante-t-on pas alors Le régiment de Sambre-et-Meuse, ou l'Armée du Rhin !

Mais les XIX
e et XXe siècles furent aussi ceux du triomphe de la technique, de la recherche de la soumission de la nature à la volonté de l'homme, et les fleuves eux-mêmes durent se plier à cette résolution. Ce fut l'époque du grand aménagement des voies navigables : on fit sauter des enrochements qui rendaient dangereux le parcours rhénan à Bingen ; Saint-Pétersbourg, capitale fondée par Pierre le Grand en 1703 à l'embouchure de la Néva, fut reliée à Moscou par le canal Volga-Baltique, amplifié ensuite par le « système des cinq mers ». La reconstruction européenne après la seconde guerre mondiale puis la chute du rideau de fer ont enfin rendu aux fleuves européens toute leur importance.

Didier Trock
Mars 2002
 
Bibliographie
Archéologie des fleuves et rivières en Europe Archéologie des fleuves et rivières en Europe
Bonnamour
Errance, Paris

Hommes et fleuves en Gaule romaine Hommes et fleuves en Gaule romaine
François de Izarra et Pedro Sanchez Gomez
coll. des Hespérides
Errance, Paris, 1993

Des bateaux et des fleuves : archéologie de la batellerie du Néolithique aux Temps modernes Des bateaux et des fleuves : archéologie de la batellerie du Néolithique aux Temps modernes
Éric Rieth
coll. des Hespérides
Errance, Paris, 1998

Histoire de la Russie : des origines à 1996 Histoire de la Russie : des origines à 1996
Nicholas Valentine Riasanovsky et André Berelowitch
Bouquins
Robert Laffont, Paris, 1997

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