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Les citadelles mycéniennes
Louis Godart
Professeur à l’université de Naples Membre de l’Institut (Académie des Inscriptions et Belles Lettres)
 
 

Professeur de civilisation égéenne à l'université de Naples, Louis Godart vous invite à remonter le temps à la rencontre des Mycéniens qui, voici quelques millénaires, ont entretenu en Méditerranée une culture prestigieuse.

Il est des sites qui appartiennent à la légende et au rêve bien plus qu'à l'histoire : la citadelle de Mycènes dominant de sa masse blonde l'immense plaine d'Argolide est au nombre de ceux-là.

Le visiteur qui monte vers l'acropole et soudain, au détour du chemin, découvre les murs colossaux de la forteresse, assemblage mythique de blocs disposés par les Cyclopes, comprend que le vent de la tragédie a soufflé sur ce palais aux temps lointains où la Grèce était commandée par les héros.

Mycènes, que survolent les corbeaux lorsque le jour commence à décliner, à l'heure où le soleil répand les ombres des montagnes d'Arcadie sur les terres d'Argos, a conservé la mémoire des drames que vécut la famille des Atrides.

Avant de porter la guerre en terre troyenne, Agamemnon, roi de Mycènes et commandant en chef de l'armée grecque, dut sacrifier sa fille Iphigénie pour obtenir des dieux les vents favorables qui pousseraient ses nefs d'Aulis en Béotie vers les rivages d'Anatolie.

Durant dix longues années Agamemnon mettra le siège devant Troie avant de parvenir enfin à s'emparer de la place, au prix d'un stratagème conçu par Ulysse, l'inventeur du fameux cheval de bois rempli de guerriers achéens.

La reine Clytemnestre, indignée par la dureté du roi et meurtrie par le sacrifice d'Iphigénie, n'a pas attendu le retour d'Agamemnon en épouse docile et amoureuse. Lorsque le roi victorieux rentre de son expédition contre Troie, elle partage désormais sa couche avec Égisthe. Le chef des Grecs accompagné de l'infortunée Cassandre, la belle prêtresse, fille de Priam, qui fait partie du butin du vainqueur, pénètre en triomphateur dans sa ville et monte à son palais. Clytemnestre lui a préparé le bain ; le roi dépose ses armes et entre dans l'eau. C'est le moment qu'ont choisi les amants félons pour le massacrer et pour tuer l'innocente Cassandre. Les deux enfants d'Agamemnon et de Clytemnestre, Oreste et Électre, assistent à la scène dissimulés derrière une tenture.

Le sang appelle le sang et au nom de l'implacable loi du talion, le jeune Oreste, contraint à venger son père, va tuer sa mère ainsi qu'Égisthe. Poursuivi par les déesses infernales, les fameuses Érinyes, Oreste ne retrouvera la paix qu'après bien des épreuves et des errances, lorsque, grâce à l'intervention d'Athéna, le tribunal de l'Aréopage l'acquittera du meurtre de sa mère.

Le souvenir des vieux mythes reste attaché à ces pierres d'un autre âge. La porte aux lionnes, les cercles des tombes des XVIIe et XVIe siècles avant notre ère, les murailles, les citernes et les poternes de la ville nous plongent dans l'univers des héros qui modelèrent le premier visage de la Grèce il y a quelque 3 700 ans. Mais qui étaient ces princesses, ces rois et ces guerriers, comment et pourquoi bâtirent-ils ces citadelles que nous allons parcourir et admirer en Béotie, en Messénie, en Attique et ailleurs ?

Le monde de l'épopée

La découverte du monde des héros, que l'on appela mycénien car la plus importante des cités qu'ils bâtirent était Mycènes, est liée à trois grands coups de théâtre.

On doit le premier à Heinrich Schliemann, ce commerçant âpre et romantique qui, un jour, paria sur la véracité des poèmes homériques, découvrit la Troie de l'Iliade et mit au jour les tombes des rois et des reines ensevelis à l'intérieur des remparts de la Mycènes d'Agamemnon.

Le second est l'œuvre d'Arthur Evans qui partit à la recherche des témoignages écrits laissés par le peuple que Schliemann avait arraché à l'oubli. Il trouva les restes du labyrinthe construit par Dédale à Cnossos et les milliers de tablettes d'argile entreposées dans les dépôts d'archives du palais de Minos.

Le troisième est lié à Michael Ventris. L'Anglais, démontrant que les textes en écriture linéaire B qu'avaient restitués les fouilles de Cnossos, Pylos, Mycènes, Tirynthe, Midéa et Thèbes étaient écrits dans le dialecte achéen, parvint à reculer de bien des siècles dans le temps les origines de la pensée et de la littérature grecques.

Aujourd'hui que savons-nous de ces Mycéniens, de leurs royaumes et de leurs citadelles ?

L'arrivée des Grecs en Grèce

Vers la fin du troisième millénaire avant notre ère un peuple nouveau dans lequel tous, aujourd'hui, s'accordent à reconnaître ces envahisseurs indo-européens que sont les Grecs, arrive dans ce qui sera un jour l'Hellade. Il s'installe dans les grandes plaines du pays et impose sa présence aux populations de Béotie, d'Attique, du Péloponnèse et d'ailleurs. Ce peuple exploitant les ressources d'un sol qui souvent est riche et fertile, entre en contact avec les Minoens de Crète qui, depuis l'aube du troisième millénaire, ont commencé à sillonner la Méditerranée orientale et à y tisser laborieusement la trame d'un vaste empire colonial. Les Crétois enseignent à ces premiers Grecs les arts et les techniques de la Crète, parmi lesquels l'art d'écrire et de gérer un territoire.

L'enseignement des Crétois portera rapidement ses fruits car les trouvailles les plus récentes faites à Kafkania, un sanctuaire qui domine la vallée de l'Alphée et le grand site d'Olympie, nous apprennent que les Mycéniens ont bel et bien assimilé le linéaire B dès la fin du XVIIIe siècle avant notre ère.

Art mycénien et archétypes crétois

Mycéniens et Crétois vont intensifier leurs contacts ; la civilisation minoenne étant plus développée que celle de ces Grecs qui n'étaient que des nomades jusqu'aux alentours de 2100 avant notre ère, il est logique que nous retrouvions dans les grandes réalisations de l'art continental du second millénaire une forte influence crétoise. Et c'est bien ce qui résulte de l'analyse du mobilier funéraire exhumé dans les cercles A et B des tombes de Mycènes. Les vases, les cachets, les bijoux, les parures d'une richesse inouïe que les habitants de Mycènes ont sacrifiés à la mémoire de leurs rois et que l'on peut admirer dans les vitrines de la salle mycénienne du Musée national d'Athènes portent pour la plupart l'empreinte de l'influence minoenne. Il en est de même d'autres objets célèbres découverts ailleurs sur le continent comme par exemple ces fameux vases en or provenant d'une tombe à coupole mise au jour par Ch. Tsountas à Vaphio, au sud de Sparte, en 1889. Il s'agit de deux gobelets qui forment paire ; sur l'un, des taureaux sauvages sont pris au filet ; sur l'autre, ces animaux, désormais domestiqués, tirent la charrue. Les deux images de ce qu'était la vie des hommes de l'âge du bronze sont ainsi représentées en un symbolisme extraordinaire : scène d'une âpre violence d'un côté, idylle rustique de l'autre. L'art d'ordonner un ensemble est poussé très loin : hommes, bêtes et arbres composent deux des plus beaux paysages de l'art protohellénique. En outre le mouvement exprimé par l'artiste qui a réalisé ces chefs-d'œuvre, violent et dévastateur ici, apaisé et souriant là, fait de ces deux gobelets deux des réalisations les plus hautes de toute l'histoire de l'art.

Mais, si bien des objets provenant des nécropoles mycéniennes évoquent la Crète ou se réclament d'elle, il en est certains qui sont sans parallèle dans l'île de Minos. Ainsi les masques d'or mis au jour par Schliemann dans les tombes à fosse du cercle A de Mycènes. Dans les tombes elles-mêmes, les squelettes des rois, de leurs femmes et de leurs enfants étaient encore recouverts d'or mais ce qui frappa le plus le fouilleur allemand et ce qui nous bouleverse encore aujourd'hui lorsque nous les contemplons dans les vitrines du musée d'Athènes, ce sont les fameux masques d'or qui épousaient dans les moindres détails les traits des souverains disparus. Ces masques constitués d'une feuille d'or appliquée sur la face ont été travaillés par les orfèvres sur le visage même des rois et ont scellé à jamais la majesté de leurs traits.

Les Mycéniens et la Méditerranée

Voilà donc les Mycéniens maîtres du continent grec. À la suite des Crétois ils se lancent le long des routes maritimes qui mènent à la Syrie, à la Palestine, à la côte d'Ionie et à l'Égypte.

Au début du XVIe siècle avant notre ère les armées de Pharaon s'emparent de tout le couloir de Gaza et étendent la domination égyptienne à toute la côte syro-palestinienne. Désormais l'Égypte contrôle les ports du Levant dans lesquels aboutissent les produits et les matières premières venant d'Orient. Il faut acheminer ces biens du Levant vers la vallée du Nil. C'est alors que vont intervenir les Égéens et, pendant plusieurs générations, Mycéniens et Crétois vont s'entendre pour convoyer les produits des ports syriens placés sous le contrôle de l'Égypte vers le pays des pharaons.

L'explosion du volcan de Théra-Santorin aux alentours de 1500 avant notre ère va changer la physionomie politique de l'Égée. La disparition de la flotte minoenne balayée par le raz de marée provoqué par l'éruption va laisser la Crète sans défense. Les Mycéniens vont profiter de l'occasion pour envahir l'île, s'en emparer, détruite ses palais et installer leur capitale à Cnossos d'où ils vont commander à l'ensemble du territoire crétois.

Les siècles d'or de la civilisation mycénienne

La conquête de la Crète par les princes achéens projette les Mycéniens au premier rang des peuples de la Méditerranée orientale. Désormais leurs navires sillonnent la mer et relient les ports asiatiques à l'Europe et à l'Afrique. Dans les comptoirs de Syrie et d'Égypte les marchands mycéniens écoulent les produits de l'artisanat et de l'industrie des provinces achéennes. La céramique mycénienne est attestée dans toute la Méditerranée, aussi bien de l'est que de l'ouest, et dans les tablettes en linéaire B des références à des noms de pays comme Chypre ou l'Égypte, de cités comme Milet, Cnide ou Halicarnasse, d'îles comme Lemnos ou Cythère témoignent des contacts entre les États mycéniens et leurs voisins.

En Grèce continentale, outre Mycènes qui – à en juger d'après sa masse imposante, le rôle qu'elle eut dans l'établissement du répertoire et la diffusion de l'art de la céramique et du travail de l'ivoire, et la place qu'elle occupe dans l'épopée – était probablement le plus prestigieux des palais mycéniens, d'autres résidences palatiales et d'autres États brillent de mille feux aux XIVe et XIIIe siècles avant notre ère.

La Béotie

Ainsi Thèbes dont l'acropole s'élève au cœur de la plaine de Béotie. Cette colline couverte de constructions modernes n'a pas la majestueuse grandeur de citadelles comme Mycènes ou Tirynthe. Pourtant c'est dans ses flancs que l'on vient de faire l'une des découvertes archéologiques les plus importantes des cinquante dernières années dans le domaine de la protohistoire grecque : entre novembre 1993 et juin 1996, lors de la pose de canalisations au beau milieu d'une des rues de la Thèbes moderne, les archéologues ont mis au jour plusieurs centaines de tablettes en argile remontant à la fin du XIIIe siècle avant notre ère. Ces documents écrits en linéaire B sont comparables aux tablettes du genre découvertes à Cnossos, Pylos ou Mycènes : il s'agit de documents comptables écrits en grec mycénien, nous fournissant des informations de première main sur les transactions stipulées par l'administration palatiale du lieu. Mais ce qui est neuf, c'est le message particulier que nous livrent ces tablettes thébaines : dans leur très grande majorité ces textes traitent d'offrandes d'orge et de vin faites par le palais à une grande divinité du panthéon mycénien que j'ai pu identifier comme la Terre Mère. D'autres divinités sont associées au culte de la Terre Mère : Zeus tout d'abord ; Koré ensuite ; ou encore les Harpies, ces filles d'enfer qui poursuivaient Oreste de leur vindicte après que celui-ci eut assassiné Clytemnestre. En outre une série d'animaux attestés dans ces tablettes, parmi lesquels les serpents, les oiseaux, les chiens, les oies et les porcs, reçoivent des offrandes au même titre que les divinités elles-mêmes.

Ces documents nous révèlent un stade très ancien de la religion grecque que nous ne soupçonnions pas jusqu'ici et qui coïncide avec le temps où les rapports entre les hommes et les dieux étaient gouvernés par l'obsession de la survivance.

La Terre Mère, les animaux qui lui sont associés, en particulier les serpents, les chiens et les porcs, représentent ces cultes primitifs et essentiels liés au cycle des saisons qui mènent sans relâche la nature de la vie à la mort et de la mort à la vie. La Terre selon qu'elle sera généreuse ou avare de ses produits dispensera la vie ou la mort. C'est pour cela que les Grecs des premiers âges lui adresseront leurs prières et leurs offrandes comme nous l'apprennent les textes que nous venons de trouver à Thèbes.

Ces documents d'archives en linéaire B évoquent aussi de nombreux sanctuaires du territoire béotien placés sous le contrôle du palais thébain. Parmi ceux-ci le sanctuaire du Ptoion d'où proviennent certaines statues extraordinaires de kouroi archaïques exposées au beau musée archéologique de Thèbes. Ils nous parlent aussi de contacts étroits, à la fois religieux et administratifs, entre la Béotie et l'Eubée et nous apprennent ainsi que la grande île gravitait dans l'orbite de l'État mycénien de Thèbes au second millénaire avant notre ère.

La terre de Béotie a accueilli d'autres résidences palatiales mycéniennes. Au cœur du lac Kopaïs aujourd'hui asséché se dressait une île couronnée par les restes d'une vaste forteresse bâtie vers le milieu du XVIe siècle avant notre ère. L'enceinte de cette citadelle se développe sur trois kilomètres de circuit, tout autour de l'île. Pour s'adapter à la configuration du terrain, le rempart est brisé par une infinité de petits redans qui servent aussi de contreforts et lui donnent un aspect dentelé. Les murs de 5,40 à 5,80 mètres d'épaisseur sont réalisés en appareil cyclopéen ; comme à Mycènes et à Tirynthe les assises et les joints sont plus rectilignes auprès des portes, au nombre de quatre, renforcées par les seules tours que comporte cette enceinte. La partie culminante de l'île était occupée par le palais mycénien qui a été fouillé en partie et a livré, entre autres choses, de très belles fresques du XIIIe siècle avant notre ère.

L'Achaïe et l'Élide

L'Achaïe et l'Élide ont longtemps été considérées comme des provinces mineures de la Grèce mycénienne. L'absence de structures palatiales dans ces deux régions a poussé plusieurs auteurs à imaginer que la pénétration mycénienne en ces territoires du nord-ouest du Péloponnèse avait été moins forte qu'ailleurs. Or voilà qu'aujourd'hui, aussi bien en Achaïe qu'en Élide, des découvertes spectaculaires modifient radicalement la vision que l'on pouvait avoir de ces deux provinces pour la seconde moitié du IIe millénaire avant notre ère.

À Vunteni, une colline qui domine la ville et la baie de Patras, la capitale d'Achaïe, le service archéologique grec est en train de fouiller une nécropole princière remontant aux XIVe et XIIIe siècles avant notre ère. Même si beaucoup de tombes ont été violées dès l'Antiquité, le mobilier funéraire trouvé en association avec certaines dépositions, la qualité de l'architecture des monuments et l'ampleur du site nous permettent de supposer que Vunteni était sans nul doute la nécropole d'un palais particulièrement riche et puissant. Par conséquent il est hautement probable que des fouilles ultérieures dans la région révéleront l'existence d'un autre palais mycénien dont jusqu'ici nous ne soupçonnions point l'existence.

Il en est de même de l'Élide. La fouille de Kafkania nous a restitué la plus ancienne des inscriptions en linéaire B jamais attestée jusqu'ici. Comme une analyse approfondie de la pierre a pu nous apprendre que l'objet provenait de l'endroit et avait donc vraisemblablement été incisé sur place, il ne fait guère de doute que des Grecs mycéniens capables d'écrire étaient présents en Élide à la fin du XVIIIe siècle avant notre ère. Ils l'étaient également aux époques successives car une seconde fouille, celle du cimetière de Haghia Triada, à quelques dizaines de kilomètres d'Olympie, est en train de restituer un matériel d'une telle qualité artistique qu'il nous faut bien conclure qu'il a été produit par des ateliers liés à une vaste structure palatiale se trouvant quelque part dans la région et toujours à découvrir.

La Messénie

La Messénie a été explorée avec beaucoup de soin dès les années trente et, à partir de 1939 une mission archéologique américaine fouilla, sur la colline de Epano Englianos, à quelques kilomètres de l'actuelle bourgade de Pylos, les restes du palais de Nestor, le plus sage des rois grecs qui mirent le siège devant Troie. La salle d'archives, la salle du trône, les appartements et les magasins du palais de Pylos constituent un ensemble saisissant qui nous permet de comprendre l'organisation de l'espace dans ces résidences princières de la fin de l'âge du bronze. On y saisit en particulier l'importance du megaron, cette salle de réunion où le roi recevait ses hôtes et aimait à s'attarder, ainsi que nous le conte Homère, autour du foyer pour y entendre, avec sa famille et sa cour, les aèdes narrer les gestes des héros.

L'Argolide

L'Argolide est la région du Péloponnèse où la présence mycénienne se fait le plus sentir. Outre Mycènes, son palais et son cortège de légendes, les forteresses de Tirynthe et de Midéa sont là pour témoigner du fabuleux passé mycénien de cette vieille terre.

Les murailles cyclopéennes de Tirynthe étonnent les visiteurs plus encore peut-être que celles de Mycènes, et Pausanias, le grand géographe grec du second siècle de notre ère, n'hésita pas à les comparer aux pyramides d'Égypte. Les fouilles exécutées à Tirynthe par Schliemann et Dörpfeld en 1884, reprises par le même Dörpfeld et Karo en 1905, poursuivies aujourd'hui par l'École archéologique allemande, nous permettent de retracer en ses grandes lignes l'histoire du site. Au troisième millénaire avant notre ère, l'acropole était déjà habitée et l'agglomération s'étendait probablement dans la plaine. Au sommet s'élevait le palais des seigneurs de Tirynthe dont le toit était formé de tuiles et de plaques schisteuses. À l'époque du bronze moyen (début du second millénaire avant notre ère), on commença à fortifier la butte. Ces fortifications furent modifiées au XVIe siècle mais c'est entre 1350 et 1250 que l'enceinte fut remaniée de manière radicale au sud et à l'est ; des terres de remblai firent disparaître l'ancienne porte orientale. Les casemates et l'enceinte inférieure furent alors édifiées et l'on construisit une grande porte d'accès. Puis on bâtit autour de la butte un grand rempart qui encercla l'enceinte inférieure. Au sud-est et au sud on établit des galeries voûtées ; les propylées et la rampe E datent à leur tour de cette époque.

Midéa dont l'acropole domine le site de Dendra, là où les archéologues mirent au jour de somptueux tombeaux de la fin du XIIIe siècle, présente bien des points communs avec Mycènes et Tirynthe. Ses remparts cyclopéens, la qualité de la céramique qui y a été trouvée, les documents d'archives qui viennent d'y être découverts montrent que Midéa était un centre économique, politique et administratif d'une importance capitale qui commandait la route d'Argos à Épidaure à la fin du second millénaire avant notre ère.

La fin du monde mycénien

Depuis longtemps historiens et archéologues s'efforcent de retrouver les causes qui ont provoqué la fin des palais mycéniens aux environs de 1200. Il est étrange en effet qu'une civilisation aussi brillante et aussi puissante ait été engloutie à jamais vers la fin de l'âge du bronze.

Longtemps on a cru que les Doriens avaient été les responsables de la destruction des citadelles mycéniennes. Forts de leurs armes de fer, ces Doriens auraient balayé le vieil univers achéen à la fin du II millénaire, introduisant entre autre en Grèce de nouvelles coutumes funéraires comme celle de l'incinération. Aujourd'hui on se rend compte que l'introduction du fer et de ces nouvelles coutumes funéraires est bien postérieure à 1200.

Alors, qui a détruit les palais mycéniens ?

Les fouilles récentes, en particulier à Thèbes et à Mycènes, nous apprennent que le monde mycénien a subi un premier choc aux alentours de 1280 avant notre ère. Les maisons bâties hors de la citadelle de Mycènes sont détruites ; le palais de Thèbes et certaines de ses salles d'archives sont mises à mal par de mystérieux agresseurs ; en Crète le palais mycénien de La Canée, l'antique Kydonia, est rasé. Cette première secousse n'a pas eu raison des citadelles mycéniennes qui ont pu résister grâce à leurs murailles, comme Mycènes, ou qui, dans la pire des hypothèses, sont parvenues à se réorganiser après ces heurts, comme Thèbes ou La Canée, mais il n'en demeure pas moins que le monde grec est aux abois en ce début du XIIIe siècle.

En témoignent les renforcements des ouvrages de défense à Mycènes et à Tirynthe, la fortification de l'acropole d'Athènes et, sans doute, la construction d'une muraille barrant l'isthme de Corinthe.

Quelques décennies plus tard, le glas sonnera pour tous les États mycéniens. Tous les palais seront détruits, aussi bien en Grèce continentale qu'en Crète, là où le centre politique de Kydonia s'est affirmé au lendemain de la destruction du palais de Cnossos.

S'il apparaît que les Doriens ne peuvent être tenus pour les responsables de ces destructions, à qui donc doit-on imputer la fin de l'ère palatiale mycénienne ?

La fin du treizième siècle avant notre ère est marquée par une série de guerres et d'invasions qui modifient le panorama politique de la Méditerranée orientale. L'Empire hittite est détruit ; la plupart des sites et des villes de Chypre et du Levant, au premier rang desquels Ougarit et Enkomi, succombent ; l'Égypte est menacée à deux reprises par des envahisseurs qui sont indubitablement ceux-là qui ont semé mort et désolation au Levant et que les textes désignent du nom de « Peuples de la mer ». Il faudra attendre la bataille décisive qui opposera, au début du XIIe siècle, le pharaon Ramsès III à ces « Peuples de la mer » pour voir l'Égypte enfin libérée de la menace et ces assaillants dispersés ou anéantis.

Il est fatal que les secousses profondes provoquées par ces envahisseurs aient eu des répercussions sur l'ensemble de la Méditerranée orientale et que l'économie des États mycéniens qui étaient en contact étroit avec l'Anatolie, Chypre, la Palestine et l'Égypte, ait souffert du climat d'insécurité du moment. Du reste, une tablette retrouvée dans les archives du roi Nestor à Pylos nous apprend que le palais a procédé à la réquisition du bronze des temples pour fabriquer des pointes de flèches et de lances. C'est la preuve que le cuivre et l'étain en provenance de Chypre et d'Orient sont venus à manquer et que l'État doit recourir à un expédient pour se procurer le métal nécessaire à soutenir son effort de guerre.

Louis Godart
Janvier 1997
 
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