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Les Aztèques, le peuple du cinquième Soleil
Carmen Bernand
Membre de l'Institut universitaire de France.
Professeur à l'université de Paris X-Nanterre

Les Aztèques constituent la dernière grande civilisation mexicaine avant l'arrivée des Espagnols. Ce peuple de langue nahuatl était à l'origine un groupe nomade appartenant à la nébuleuse « chichimèque » des tribus du Nord. Les mythes racontent qu'ils quittèrent leur cité d'origine, la blanche Aztlan, pour entreprendre une longue marche qui devait les mener jusqu'au lac de Texcoco… Carmen Bernand évoque pour nous cette civilisation qui nous a laissé des monuments qui frappent l'imagination tant par leur puissance architecturale que par la richesse de leurs sculptures.

L'ethnonyme d'Aztèque signifie « celui d'Aztlan », alors que celui de Mexica indique le lieu de leur installation. Les deux noms se réfèrent donc à un même peuple, selon la double perspective du nomadisme ou de la sédentarisation. Le séjour que les Aztèques, au début de leur errance, effectuent à Tula, la capitale des Toltèques, aura une influence décisive sur leur culture : c'est du moins l'interprétation a posteriori qu'en donnent les annales. En effet, les Toltèques étaient considérés comme les tenants de la perfection artistique et technique, et les Aztèques légitimeront leur suprématie en se réclamant leurs héritiers.

Après cette halte, les Aztèques poursuivent leur route vers le sud et atteignent les rives du lac de Texcoco. Mais d'autres peuples habitent déjà sur ses berges, et les nouveaux venus doivent se contenter d'un îlot entouré de roseaux. Ils subsistent grâce à la pêche et à la chasse. Comme ils n'ont pas de terre, ils construisent des jardins flottants, les chinampas, sur des plates-formes de joncs. La fin de cette période obscure se situe en l'année « 1-silex » du calendrier aztèque qui correspond à 1428, date de l'accession au trône de Itzcoatl. Le temps des humiliations et des privations est révolu et, grâce à la protection de leur dieu Huitzilopochtli, les Aztèques ont réussi à vaincre les cités rivales de Azcapotzalco, Tlacopan (Tacuba) et Coyoacan. C'est le point de départ de leur expansion dans tout le Mexique central.

Tlacaelel, figure essentielle de la construction impériale

Ce chef des armées d'Izcoatl codifie en effet les innombrables rites qui ponctuent la vie de Mexico et instaure des sacrifices humains à une très vaste échelle. Ses idéaux mystiques et guerriers se présentent dans la documentation sous la forme d'un enchevêtrement complexe de symboles. Selon Tlacaelel, le fondement de la ville de Mexico-Tenochtitlan se trouve dans la guerre : « Par nos dards et nos boucliers la cité existe. Là où les dards et les boucliers se teignent, se trouvent les blanches fleurs parfumées, les fleurs du cœur. » (Portilla Niguel-Leon : La Pensée aztèque, Seuil, 1985, p 218)

Tlacaelel ritualise également les relations de rivalité qui opposent les hommes de Mexico et ceux de la ville de Tlaxcala en instituant « la guerre fleurie », dans le seul but de capturer des guerriers destinés aux sacrifices perpétrés dans l'un et l'autre camp. Les Aztèques, protégés par leur dieu, se sentent investis d'une mission civilisatrice : « Tel est le rôle de Huizilopochtli, la raison de sa venue, celle de réunir et d'attirer à lui et à son service toutes les nations » (ibid). Le successeur de Itzcoatl, Moctezuma Ier, réussit le pacte militaire connu sous le nom de Triple Alliance entre les cités de Mexico, Tlacopan et Texcoco. Mais l'Empire aztèque proprement dit est instauré par le souverain Ahuitzotl, qui règne de 1486 à 1502. Le début de son règne est marqué par l'agrandissement du Templo Mayor ; pendant quatre jours et quatre nuits, vingt mille captifs y seront sacrifiés.

Le sacrifice humain, pivot des relations entre les hommes et le monde cosmique

Les Aztèques identifient Huitzilopochtli au soleil, en lutte constante avec les forces de l'univers. Le calendrier aztèque, ou « pierre du Soleil », place l'astre Tonatiuh au centre du disque, assoiffé, la langue pendante en forme de couteau sacrificiel. Il est entouré de quatre glyphes qui font allusion aux quatre Soleils qui ont précédé l'ère des Mexica. Chacun s'étant achevé par une catastrophe, les Aztèques doivent veiller à ce que le cinquième Soleil, le leur, soit toujours nourri de cœurs humains ; la guerre pour se procurer des captifs devient une nécessité cosmique.

Le spectacle des sacrifices montre bien que l'on cherchait également à obtenir, par la terreur, l'obéissance des cités rivales. Les victimes étaient conduites successivement au sommet de la pyramide consacrée à Huitzilopochtli dans l'ensemble cérémoniel du Templo Mayor. Chacune était accompagnée de six sacrificateurs : quatre pour tenir les pieds et les mains du sacrifié, couché sur la pierre de l'autel, un cinquième pour retenir la tête et le sixième pour ouvrir la poitrine avec un couteau d'obsidienne. Le cœur palpitant était arraché et le corps roulait sur les marches en les aspergeant de sang ; arrivé au bas de l'escalier, il était récupéré par celui qui l'avait capturé, qui l'emportait, le débitait et le mangeait en compagnie de sa parentèle. On ne sacrifiait que les captifs, lesquels, avant leur mort, étaient vénérés pendant un an comme des dieux vivants. Tenochtitlan s'inscrit d'ailleurs dans cette économie sacrificielle, puisque son nom contient le terme de tenoch qui signifie la figue de Barbarie – l'une des métaphores pour désigner le cœur des sacrifiés.

Une écriture spécifique, à caractère sacré

Comme toutes les civilisations méso-américaines qui les ont précédés, les Aztèques ont inventé une forme d'écriture. Les livres étaient confectionnés avec des bandes de peau de cervidé, collées les unes après les autres et pliées en accordéon. Les pictogrammes, d'une grande richesse chromatique, étaient peints sur la surface enduite d'une fine couche de stuc. L'écriture était une activité sacrée, pratiquée uniquement par des scribes, les tlacuiloque. Il y avait plusieurs sortes de livres : des récits mythologiques, comme le codex Borgia, des calendriers divinatoires, comme le codex Borbonicus, ou encore des annales historiques et imagées pour chaque cité. Dans les années qui suivirent la conquête, entre 1524 et 1529, les livres anciens furent détruits parce qu'ils contenaient des idolâtries, et seuls quelques-uns furent préservés de la destruction. Mais après cette première tentative de répression, les franciscains s'efforcèrent de recueillir, sous forme de chroniques, la mémoire du passé avec l'aide des élites aztèques. Des codex furent repeints suivant la tradition ancestrale ; d'autres ajoutèrent aux images des légendes en écriture alphabétique, aussi bien en espagnol qu'en nahuatl et même en latin. Le codex de Florence est une encyclopédie du monde aztèque, combinant images et texte, réalisée sous la direction de Bernardino de Sahagun. La coutume des « peintures », influencée par les modèles occidentaux, se poursuivit donc durant l'époque coloniale.

Tenochtitlan la magnifique… avant Mexico

Selon les annales mexicaines, cette ville fut fondée en 1325, sur une lagune d'eau salée. Lorsque les Espagnols la découvrirent, resplendissante de blancheur, traversée par des canaux, couverte de jardins, ils en furent éblouis et la comparèrent aux cités légendaires des romans de chevalerie. On y accédait par quatre chaussées. Des ponts de bois, très joliment travaillés, permettaient de traverser les canaux. Une activité débordante y régnait ; c'est là qu'arrivaient les marchands pochteca, chargés de biens de luxe, plumes, cacao et pierres précieuses. Les pyramides et des maisons à deux étages donnaient l'impression d'élévation – les Espagnols parleront de tours. Mexico était déjà l'une des villes les plus denses du monde avec plus de 200 000 habitants alors que la populeuse Séville, à la même époque, n'en avait guère plus de 70 000.

Les Aztèques emmenèrent aussi à Mexico les dieux les plus vénérés de Méso-Amérique. Le temple de Tlaloc, associé à l'est, à l'eau, à l'abondance et à la végétation tropicale, jouxtait celui de Huitzilopochtli et, dans sa demeure – le Tlalocan – étaient accueillis tous ceux qui mouraient noyés, foudroyés ou hydropiques. Quetzalcoatl, l'ancien Serpent à plumes de Teotihuacan, devint pour les Aztèques un héros civilisateur anthropomorphe, inventeur des arts et des techniques. Roi de Tula, il fut chassé de son trône par un maléfice, s'enfuit alors vers l'Atlantique et s'immola par le feu. Mais son cœur s'éleva jusqu'au ciel et se transforma en l'étoile du matin. Il est sans doute significatif que la date du débarquement des Espagnols à Veracruz, le 22 avril 1519, corresponde exactement au début de l'année « 1-roseau », qui est le nom de Quetzalcoatl dans le calendrier aztèque. Les Mexicains prirent-ils Hernan Cortés pour un envoyé du dieu ? En tout cas, le cinquième Soleil était arrivé à son terme et, en quelques mois, l'une des plus belles villes du monde fut anéantie.

Carmen Bernand
Février 2001
 
Bibliographie
Récits aztèques de la conquête Récits aztèques de la conquête
Baudot Georges & Tzvetan Todorov 
Paris, Seuil, 1983.

L’Origine des Aztèques L’Origine des Aztèques
Christian Duverger
Points histoire
Seuil, Paris, 2003

Le Destin brisé de l’empire aztèque Le Destin brisé de l’empire aztèque
Serge Gruzinski
Découvertes
Gallimard, Paris, 1988

La Pensée aztèque La Pensée aztèque
Miguel-León Portilla
Recherches anthropologiques
Seuil, Paris, 1985

Les Aztèques à la veille de la conquête espagnole Les Aztèques à la veille de la conquête espagnole
Jacques Soustelle
Hachette, Paris, 1995

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