Le voyage de Magellan (1519-1522)
Xavier de Castro et Luis-Filipe Thomaz
Editions Chandeigne
Paris
2007
Spécialisées depuis une quinzaine d’années dans l’édition de textes ou de travaux relatifs à l’histoire de l’exploration et de la découverte du monde par les Européens, les éditions Chandeigne nous proposent, comme quarantième ouvrage de la collection « Magellane » une présentation exceptionnelle du récit réalisé par Antonio Pigafetta du premier tour du monde effectué entre 1519 et 1522. Revenu à Séville avec dix-huit marins de la Victoria placés sous les ordres de Juan Sebastian Elcano, Pigafetta nous a donné la relation complète d’une expédition qui n’avait pas initialement vocation à réaliser l’exploit qui a fait sa gloire. Les cinq navires – confiés par Charles Quint à un capitaine portugais qui avait déjà fait ses preuves aux Indes orientales – avaient quitté l’Espagne avec mission de rallier par l’ouest l’archipel des Moluques, avant de revenir vers l’Europe en suivant la route empruntée à l’aller. Après la mort du célèbre navigateur, survenue lors d’un combat contre les indigènes de l’île de Mactan, Elcano, ancien mutin promu capitaine, fera le choix du retour en Espagne par le sud de l’océan Indien, dans le but d’éviter les périls d’une nouvelle traversée du Pacifique (celle-ci avait duré plus de trois mois sans que l’expédition ne rencontrât une terre) mais aussi d’échapper aux rivaux portugais qui veillaient jalousement sur l’Océan étendu entre l’Afrique et l’Inde depuis que Vasco de Gama et Albuquerque avaient établi là une maîtrise complète du commerce des épices. Davantage que pour le tour du monde auquel il ne pensait certainement pas, Magellan demeure l’une des grandes figures de l’histoire de la découverte du globe pour avoir été le premier à pousser aussi loin au long des côtes de l’Amérique du sud – contre l’avis de ses équipages et en brisant vigoureusement une mutinerie qui aurait pu lui valoir de devoir rendre des comptes à son retour – jusqu’au détroit, en fait un canal naturel long de sept cents kilomètres, qui portera son nom et qui lui permit de déboucher dans la Grande Mer du Sud découverte par Balboa en 1513 et qu’il baptisera lui-même « Océan Pacifique… » Le premier tome de l’ouvrage se présente comme une édition critique du texte de Pigafetta, qui fait la synthèse des quatre manuscrits disponibles. Il est illustré par les images tirées de l’exemplaire de la Beinecke Library de l’Université Yale. Le texte proprement dit est accompagné d’un riche appareil de notes réalisé sous la direction de Xavier de Castro, Luis Filipe Thomaz, Jocelyne Hamon et de Carmen Bernand. Des cartes contemporaines, une chronologie détaillée, un glossaire et un index biographique des différents participants viennent compléter et éclairer la relation du voyage. Le second tome présente vingt-six documents soit l’intégralité des récits, déclarations et lettres des compagnons de Magellan, ainsi que la correspondance d’Antonio de Brito, le capitaine portugais qui fit prisonnier aux Moluques les survivants de la Trinidad qui tentaient de rejoindre Panama en retraversant le Pacifique. C’est donc une somme complète de toute la matière documentaire relative à la célèbre expédition que nous propose cette édition scientifique qui, brillamment présentée et illustrée, peut d’ores et déjà être considérée comme une référence.