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La Route de la soie
Pierre Biarnès
Editions Ellipses

2008
Ancien correspondant du Monde en Afrique, grand connaisseur de l'Asie centrale et analyste lucide des grands enjeux géopolitiques contemporains (Pour l'empire du monde. Les Américains aux frontières de la Russie et de la Chine, chez le même éditeur), Pierre Biarnès, aujourd'hui sénateur, s 'efforce, dans son dernier ouvrage, d'établir une « Histoire géopolitique » de la route de la Soie, cet axe d'échanges, mais aussi d'invasions et de conflits, qui a commandé, des siècles durant, les destinées du domaine eurasiatique. Il nous entraîne ainsi des steppes mongoles aux montagnes afghanes, des déserts de Gobi et du Takla Makan à celui du Kizil Koum, des hauteurs des Tian Chan ou du Pamir aux vallées verdoyantes du Ferghana pour nous permettre de distinguer et d'évaluer les grandes tendances qui ont commandé et qui continuent à déterminer l'évolution de ces vastes espaces, redevenus aujourd'hui le cadre d'un nouveau « Grand Jeu », qui n'oppose plus, comme à l'époque de Kipling, Britanniques et Russes mais confronte les ambitions rivales de la Chine, de l'Iran, de la nouvelle Russie, d'une Turquie toujours attachée aux nostalgies pantouraniennes et, enfin, d'une Amérique qui a compris, avec Zbigniew Brzezinski que l'empire du monde allait se jouer sur le « grand échiquier » des « Balkans eurasiatiques »...
Pour éclairer la complexité de ce puzzle territorial et des rivalités qu'il engendre, l'auteur convoque la longue Histoire, celle qui nous renvoie aux temps lointains où se mettaient en marche, depuis le Nord de la Chine, Huns, Ouïghours, Turcs et Mongols, quand « l'Empire des steppes » cher à René Grousset, engendrait ces « conquérants du monde » que furent Attila, Gengis Khan ou Tamerlan. Mais la route de la Soie ne fut pas seulement le théâtre des invasions et des affrontements militaires, elle fut aussi la voie que suivirent, des siècles durant, les caravanes qui assuraient la poursuite des échanges entre le monde chinois et l'espace méditerranéen, de Xian à Palmyre en passant par les oasis qui bordaient le bassin du Tarim et en empruntant les routes qui, de la vallée de l'ancien Oxus aux steppes du Khwarezm, traversaient le plateau iranien pour gagner les basses terres mésopotamiennes et le désert syrien. Cette dimension demeure, malgré le morcellement politique et les évolutions chaotiques de certains Etats nés de la décomposition postsoviétique.
Aujourd'hui, ce sont les canalisations transportant le gaz et le pétrole qui font de la région l'un des principaux enjeux mondiaux en matière de géopolitique de l'énergie, au moment où s'affirme, à travers l'Organisation de Coopération de Shanghaï, un rapprochement continental sino-russe susceptible de bouleverser la donne des rapports de forces mondiaux. Mais l'avenir de la région ne se réduit pas à la confrontation des intérêts géostratégiques et économiques. Il dépendra également des grandes transformations, opérées dans les esprits, par le « retour du religieux ». La poussée nestorienne jusqu'en Chine, la longue persistance des traditions chamaniques, le succès rencontré par le manichéisme, puis l'expansion islamique en ces terres que sillonnaient aussi les pèlerins bouddhistes, ont largement influencé, dans le passé, l'Histoire régionale et l'on peut penser que cette dimension demeure prégnante aujourd'hui, au moment où les ambitions de l'Iran shi'ite se heurtent aux intérêts du Pakistan sunnite, alors que se radicalise le djihad afghan et que la dissidence ouïghour réveille les solidarités turques. Comme le signale François Thual dans sa préface, ce n'est pas le moindre mérite de cet ouvrage ambitieux que de combiner, dans une approche aussi riche qu'originale, les données de l'Histoire, de l'économie, de la géopolitique et du fait religieux.
 
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