L’art des jardins en Europe
Yves Marie Allain et Janine Christiany
Citadelles-Mazenod
Paris
2006
Longtemps délaissée par les chercheurs, l’histoire des jardins a fait l’objet, au cours des dernières décennies, d’un regain d’intérêt que vient confirmer la publication de ce superbe ouvrage, intégré à la collection « L’Art et les Grandes Civilisations » qui a fait, depuis une quarantaine d’années, la réputation d’excellence des Éditions Citadelles et Mazenod. Fort de ses 624 pages et de ses 700 illustrations, l’ouvrage réalisé par Yves-Marie Allain, membre de la Commission supérieure des Monuments historiques et par Janine Christiany, historienne de l’architecture chargée de cours à l’École nationale supérieure du paysage, apparaît comme une magnifique synthèse présentant l’évolution d’un art qui a contribué à façonner les paysages et les imaginaires, à valoriser châteaux, les palais royaux et les demeures aristocratiques avant d’organiser l’espace public au profit du plus grand nombre.
Reflets de l’évolution des connaissances, des techniques et des représentations de leur temps, les jardins s’inscrivent dans les sociétés et dans les mentalités des époques qui ont vu leur réalisation, du jardin Renaissance italien aux parcs publics du XIXe siècle, en passant par le « jardin à la française » tel que le définit Le Nôtre à l’époque du Roi-Soleil. Fidèle aux qualités didactiques propres à la collection, l’ouvrage se décompose en trois parties. La première est consacrée aux techniques et aux savoir-faire. C’est l’occasion de présenter les principaux jardiniers et pépiniéristes qui ont fondé et fait vivre, au fil des six derniers siècles, la tradition européenne des jardins mais qui ne peuvent résumer à eux seuls cette production « artistique » si particulière. Nos deux historiens s’attachent donc à présenter les auteurs de traités sur le jardinage, l’outillage utilisé, les fleurs, les orangeries et les serres, sans oublier de rendre compte des progrès accomplis par la science botanique et des étapes de l’introduction en Europe des différents végétaux. La deuxième partie décrit l’apparition des divers « styles » horticoles et analyse leurs caractéristiques en mettant ces différents moments représentatifs en relation avec l’environnement politique, économique et scientifique qui les a vus naître. Là où le jardin italien s’inscrit dans la vitalité des formes renaissantes ou dans la prolifération baroque, le jardin classique « à la française » semble indissolublement lié à l’établissement de l’ordre louisquatorzien, alors que les grands parcs et jardins publics aménagés à Paris sous le Second Empire font écho à l’avènement des masses urbanisées de l’ère industrielle pour lesquelles il convient désormais de préserver des espaces naturels, fussent-ils méthodiquement aménagés. Un tour historique des plus beaux jardins européens – d’Ambleville et de Villandry à Bomarzo et Tivoli, de Versailles et Aranjuez à Schöenbrunn, Sans-Souci ou Peterhof – vient illustrer et compléter avec bonheur la matière présentée dans les deux premières parties.