Fondements des civilisations d'Asie
Michel Soutif
EDP Sciences
2009
Scientifique de renommée internationale, président de la Société française de physique, l'auteur a été, au cours de sa carrière, conduit à mettre en œuvre de nombreux programmes de coopération scientifique avec les pays d'Asie orientale. Passionné de culture chinoise, il s'est métamorphosé en historien pour présenter au grand public un tableau d'ensemble des civilisations asiatiques. Une entreprise particulièrement bien venue au moment où la mondialisation en cours correspond, dans une large mesure, à un réveil de l'Asie qui, à moyen terme, semble condamner à une certaine marginalisation la petite péninsule européenne qui a conduit pendant un demi-millénaire le char de l'Histoire. Préfacé par l'historien André Laronde et par la physicienne Michèle Leduc, l'ouvrage fera découvrir à ses lecteurs le royaume coréen de Silla, l'ancienne Bactriane, la Chine des Han et des Tang, le Japon de Nara et de Heian ou la Bagdad des Abbassides.
Ces différents foyers culturels ne se sont pas développés repliés sur eux-mêmes et l'auteur met bien en lumière les courants d'échanges et les influences mutuelles, à travers la route de la soie des temps anciens, à la faveur de l'éphémère pax mongolica du XIIIe siècle ou quand l'amiral chinois Zheng He conduisait ses jonques jusqu'aux côtes africaines de l'océan Indien. Foyer d'innovation majeur, l'empire du Milieu a produit, au cours de ses trente-cinq siècles d'Histoire, des inventions techniques telles que le papier, la porcelaine, la poudre ou la boussole. Il s'en est sans doute fallu de peu que la Chine des Ming ne réalisât la première le « décloisonnement du monde » entrepris à partir du XVe siècle par les caravelles portugaises et complété par les grands voyages de découverte européens échelonnés jusqu'au XIXe siècle. C'est probablement la pression exercée sur ses frontières septentrionales par les nomades de la steppe, qui en contraignant l'empire à faire face à cette menace, a empêché que les jonques du Fils du Ciel ne transformasse en lac chinois l'océan Indien. Dans la perspective de la longue durée qui doit être celle de l'historien « global » d'aujourd'hui et de demain, le repliement chinois entamé au XVIIIe siècle – après les fructueux contacts établis par les Jésuites présents à la cour de l'empereur mandchou – apparaît désormais comme une séquence passagère. Il a correspondu – à partir du déclenchement, en 1842, de la guerre de l'opium - à une phase d'abaissement d'un empire qui était encore au siècle précédent – avant que la révolution industrielle partie d'Angleterre ne transformât l'Europe – la première puissance économique de la planète. Un épisode de la longue histoire chinoise qui s'est clos avec le remarquable décollage entamé à partir de 1978 sous la houlette de Deng Xiao Ping et qui a abouti en 2008 à la superbe mise en scène de la cérémonie d'ouverture des jeux Olympiques de Pékin. C'est à l'intelligence de cette évolution multiséculaire que nous invite le livre de Michel Soutif au moment où, à l'évidence, une partie de l'avenir du monde est en train de se préparer en Asie.