Botticelli
Alessandro Cecchi
Actes Sud
Arles
2008
Après Giotto, Léonard de Vinci, La peinture romaine et Les jardins des Médicis, les éditions Actes Sud nous proposent un Botticelli qui, rédigé par Alessandro Cecchi, vient confirmer la qualité d'une collection dont les ouvrages allient à une étude érudite de l'artiste concerné une superbe iconographie habilement mise en relation avec un texte de lecture aisée, complété, par un puissant appareil de notes. Responsable, pendant un quart de siècle, du département des peintures du Moyen Age et des débuts de la Renaissance à la Galerie des Offices de Florence, l'auteur était sans doute le mieux à même de renouveler nos connaissances à propos du génial créateur du Printemps et de la Naissance de Vénus les deux chefs d'œuvre auxquels le grand public résume trop souvent l'ensemble de son art trente ans après la parution de la monographie majeure réalisée par R. Lightbown, un siècle après le premier travail scientifique dû à Herbert Percy Horne. Ordonner l'énorme production de Botticelli et de ses collaborateurs et présenter un portrait du maître qui le replace dans son temps et évite les tentations d'une vision romantique polluée par l'anachronisme ont donc été les objectifs visés et brillamment atteints par ce nouvel ouvrage.
Le vrai nom de l'artiste était Alessandro di Mariano Filipepi. « Botticello » (petit tonneau) était le surnom donné, en raison de son obésité, à son frère aîné Giovanni, mais il passa également à Alessandro, ou Sandro, et lui demeura définitivement. Né en 1445, ce fils d'un tanneur fut apprenti chez un orfèvre mais on pense qu'il a pu travailler également dans l'atelier de Fra Filippo Lippi. Sa première œuvre est datée de 1470, alors qu'il a déjà vingt-cinq ans, un âge auquel Masaccio ou Andrea del Castagno étaient déjà parvenus à l'apogée de leur art. Il peint bientôt, pour la famille Vespucci, l'allégorie de Mars et Vénus conservée à la National Gallery. Après l'échec, en 1478, de la conspiration des Pazzi, Laurent de Médicis lui commande, pour le palais du Bargello, une fresque représentant les vaincus pendus aux créneaux de cette résidence du chef de la police florentine, mais il réalise peu après, pour le même commanditaire, Le Printemps dont le thème est inspiré par l'humaniste Marsile Ficin, une œuvre à laquelle fera écho, vers 1485, la célèbre Naissance de Vénus. En 1481, il s'est rendu à Rome pour décorer, à la demande du pape Sixte IV, la nouvelle chapelle que le pontife vient de faire aménager et où le peintre travaille avec Ghirlandajo, Pérugin, Pinturricchio et Signorelli.
Quelques années plus tard, la grande époque de l'humanisme florentin touche à sa fin ; Laurent le Magnifique meurt en 1492, au moment où Savonarole prédit l'imminence du jugement de Dieu sur une ville corrompue par le péché. En 1494, les armées de Charles VII pénètrent dans la ville que fuit Pierre de Médicis dont le palais est pillé par une foule fanatique qui détruit aussi les fresques du Bargello. Le peintre fait alors partie des disciples du prédicateur, de ces « piagnoni », ou « pleurnicheurs », décidés à imposer un nouvel ordre moral et c'est ainsi qu'il aurait sacrifié nombre de ses tableaux inspirés par la mythologie antique, jetés dans les « bûchers des vanités » pendant que son atelier devenait le rendez-vous des partisans du réformateur excommunié. La signature de son frère Simone figure même sur une pétition présentée à Alexandre VI, le pape Borgia, pour faire annuler la mesure prise contre le farouche dominicain, finalement exécuté en mai 1498. Simone fuit alors la ville où Sandro demeure, mais pour ne retenir désormais qu'une inspiration essentiellement religieuse sur laquelle Alessandro Cecchi apporte de précieuses lumières.
Il travaille peu à partir de 1500 et ce sont d'autres artistes tels que Léonard de Vinci, Michel-Ange et Raphaël qui définissent le style de la phase suivante de la Renaissance italienne. Prématurément vieilli, il meurt en 1510 et est enterré dans l'église d'Ognissanti où il avait peint, trente ans plus tôt, L'Extase de saint Augustin. Artiste apprécié des riches Florentins amis du loisir et héritiers des grandes fortunes amassées par les générations précédentes, Botticelli résume toujours le « miracle » qui, pour un temps, fit de la cité des rives de l'Arno l'école de l'Italie et de l'Europe.
On retiendra surtout de l'ouvrage d'Alessandro Cecchi qu'il nous propose ainsi une approche « globale » d'un artiste que l'on ne peut réduire à un nom parmi d'autres dans le brillant catalogue des artistes de la Renaissance transalpine.