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Le Musée du Caire, un fabuleux capharnaüm se modernise...
Jean-Pierre Corteggiani
Directeur des relations scientifiques de l'Institut français d'archéologie orientale

Nous remercions le journal Le Monde de nous avoir autorisé à publier cet article de Jean-Pierre Corteggiani, directeur des relations scientifiques de l'Institut français d'archéologie orientale.

Situé non loin du Nil, au cœur de l'immense capitale, le Musée égyptien du Caire abrite ce qui est, de très loin, la plus riche collection d'antiquités égyptiennes du monde : pour de nombreux touristes obligés de suivre leur groupe, il se réduira souvent au prodigieux entassement des trésors de Toutankhamon, mais, du colosse à l'amulette, sans parler de ce qui dort dans les réserves et dans le sous-sol du vaste bâtiment néoclassique de la place el-Tahrir, ce ne sont pas moins de 140 000 pièces qui sont exposées au public.
Depuis 1835, époque à laquelle les autorités égyptiennes ont pris conscience de la nécessité de préserver leur patrimoine, les collections, évidemment de plus en plus importantes, ont été déplacées trois fois.

Une première initiative de Champollion

C'est Champollion qui est à l'origine du premier musée. Au terme de son unique voyage au pays des pharaons, en décembre 1829, le fondateur de l'égyptologie avait remis à Mohammed Ali une Note pour la conservation des monuments de l'Égypte dans laquelle, dressant un état des lieux, il faisait un certain nombre de suggestions et soulignait qu'il fallait tout faire « pour assurer la conservation [...] de tous les genres de monuments qui attestent encore la puissance et la grandeur de l'Égypte ancienne ». Le mémoire n'eut pas d'effet immédiat, mais quelques années plus tard, le 15 août 1835, le vice-roi fit interdire toute exportation « d'objets d'antiquités » et recommanda « de désigner dans la capitale même un endroit destiné à servir de dépôt aux objets trouvés ou à trouver par suite des fouilles ».

Les cadeaux du vice-roi

Une ébauche de musée, où les antiquités devaient être exposées « pour les voyageurs qui visitent le pays », fut installée au bord de l'étang de l'Ezbekkiyya, dans une annexe de l'École civile, mais le vice-roi qui, de toute évidence, y voyait plus un dépôt qu'un musée, y préleva tant de cadeaux pour ses hôtes princiers que, très vite, la collection diminua au point de ne plus occuper qu'une pièce du ministère de l'Instruction publique à la Citadelle, où elle avait été transférée avant d'être offerte en entier à l'archiduc Maximilien d'Autriche par Abbas Pacha.

Mariette et Saïd Pacha

À peine trois ans plus tard, Auguste Mariette allait commencer à réunir les collections qui, malgré quelques vicissitudes, constituent le point de départ de celles que l'on peut admirer aujourd'hui. Ayant regagné la France, en 1854, après sa magnifique découverte du Serapeum à Saqqara, il n'eut de cesse de retourner en Égypte et sauta sur l'occasion qui lui fut donnée en 1857. Grâce à l'intervention habile de Ferdinand de Lesseps, Saïd Pacha, le nouveau vice-roi, lui fit alors demander de venir faire des fouilles pour constituer une collection d'antiquités destinée au prince Napoléon, un cousin de l'empereur des Français, qui devait effectuer un voyage en Égypte. Le voyage n'eut finalement pas lieu, mais les antiquités furent tout de même offertes au prince qui, ravi, recommanda Mariette à Saïd Pacha. Celui-ci, malgré les oppositions, fit nommer Mariette maamour, c'est-à-dire, selon les termes de l'ordonnance vice-royale, directeur « des travaux d'antiquités en Égypte », le 1er juin 1858. Placé directement sous l'autorité du vice-roi, il était chargé, d'une part, de dégager et de préserver les monuments et, d'autre part, de rassembler les objets antiques pour constituer un nouveau musée. Il ne parla d'abord que de la nécessité de disposer d'un dépôt car, en Égypte, Saïd continuait à considérer les collections réunies au Caire comme des réserves de cadeaux et, en France, certains voyaient d'un mauvais œil la création d'un musée du Caire qui ne manquerait pas de concurrencer celui du Louvre.

Un premier musée à Boulaq

Mariette obtint l'autorisation de s'installer au bord du Nil, à Boulaq, à peu près à l'emplacement actuel de la maison de la Radio, dans les bureaux désaffectés de la Compagnie fluviale. Dans ces locaux vétustes, où il vivait avec sa famille, le « directeur des monuments historiques de l'Égypte et du musée du Caire » aménagea quatre premières salles d'exposition, avec l'aide de ses fidèles assistants Bonnefoy et Floris. Les photographies d'époque, publiées en 1871 dans le gros Album du musée de Boulaq, montrent des constructions basses, à deux pas du fleuve qui devait les dévaster presque complètement lors de la crue exceptionnelle de 1878. Même s'il ne voulait pas que l'on regarde « l'architecture intérieure » comme « voulue et cherchée », Mariette avait réussi à transformer des magasins abandonnés en galeries d'exposition tout à fait acceptables. Comme Emmanuel de Rougé au musée Charles X, il y faisait la distinction entre monuments religieux, funéraires, civils et historiques pour la présentation des pièces pharaoniques, regroupant ensemble les antiquités grecques, romaines et chrétiennes ; plafonds étoilés, frises murales inspirées de l'antique, socles de statues, vitrines et armoires ornées de gorges : Mariette avouait avoir « sacrifié au goût et cherché une certaine mise en scène qu'exclut ordinairement la froide régularité de nos musées d'Europe ».
En 1891, dix ans après sa mort, les collections furent transférées de Boulaq à Giza, dans une des anciennes résidences privées du khédive Ismaïl qui se trouvait à peu près à l'emplacement actuel du zoo et du jardin botanique ; elles restèrent dans le décor très chargé de ce palais jusqu'en 1902, date de leur installation dans le bâtiment actuel.

Le musée égyptien du Caire

Celui-ci, dont la première pierre fut posée par Abbas Hilmi II le 1er avril 1897, fut construit, après un concours international, sur les plans de l'architecte français Marcel Dourgnon. Il comprend un sous-sol destiné aux réserves, deux niveaux d'exposition et un deuxième étage plus restreint qui n'est pas ouvert au public ; en tout, une centaine de salles se répartissent autour d'un atrium central.
Au rez-de-chaussée, qui abrite aussi les bureaux de la conservation, les ateliers de restauration et la bibliothèque, ont été rassemblés les monuments les plus lourds classés chronologiquement, depuis l'entrée, dans le sens des aiguilles d'une montre. On y trouve la statuaire plus ou moins colossale, les sarcophages de pierre de toutes les époques, les grandes stèles...
À l'étage, le reste des collections est présenté par types d'objets (outils, modèles du Moyen Empire, bijoux, papyrus, masques funéraires, portraits du Fayoum...) ou par trouvailles (le trésor de Toutankhamon qui occupe une douzaine de salles à lui seul, les trésors de Tanis, les mobiliers funéraires de Maherpra, de Youya et Touyou, de Sennedjem...). Une salle avec un ticket d'accès spécial regroupe les principales momies royales.
Autour de l'édifice, un jardin, qui était autrefois beaucoup plus vaste, est orné de nombreuses pièces, parfois très volumineuses : sphinx, éléments architecturaux, sarcophages, naos, stèles... Dans l'axe de l'entrée, un bassin est probablement le seul endroit d'Égypte où l'on peut voir ensemble des lotus bleus et des papyrus, ces plantes emblématiques qui n'existent plus à l'état naturel dans le Nil. Enfin, à gauche de la façade principale, une exèdre entoure la tombe du fondateur du musée, surmontée de sa statue et portant, pour toute inscription : « À Mariette-Pacha, l'Égypte reconnaissante ».

Les problèmes d'aujourd'hui

Tel qu'il est, le musée pose à l'heure actuelle un certain nombre de problèmes. Le plus évident est celui de son encombrement, et donc de la présentation des objets qui souffre de la trop grande richesse des collections : bien des pièces qu'on ne voit pas parce qu'elles sont reléguées dans la pénombre en haut d'une vitrine feraient la joie d'un conservateur de musée en Europe ou en Amérique. Ici, la difficulté n'est pas d'enrichir les collections – s'il lui est arrivé autrefois d'acheter des objets, le musée n'a pas de budget d'acquisition – mais de savoir où mettre les pièces dignes d'être exposées que ne manquent pas de livrer les fouilles en cours.
Sous l'impulsion de l'actuel directeur général, le Dr Mohammed Saleh, les choses changent et le musée du Caire n'est plus tout à fait le fabuleux capharnaüm auquel, depuis 1975, on opposait systématiquement le très moderne musée de Louqsor : le « journal d'entrée », qui remontait à Mariette, a été entièrement informatisé et après l'installation d'un système d'alarme, la mise en place de nouveaux éclairages et la climatisation de certaines salles, on s'apprête à améliorer la signalisation et à mettre une documentation graphique à la disposition des visiteurs. Ceux-ci, à qui, de temps à autre, sont proposées de petites expositions thématiques, peuvent découvrir chaque mois, dans une vitrine placée à l'entrée du musée, une trouvaille récente ou un objet qui vient d'être restauré.

Un nouveau musée ?

On évoque depuis longtemps la construction d'un nouveau musée où ne seraient présentés, suivant les règles muséographiques actuelles, que les chefs-d'œuvre les plus remarquables, l'ancien musée devenant un vaste local de réserve et d'étude pour les spécialistes. Au début des années 1980, les études architecturales furent poussées assez loin en ce sens, pour que soit organisée une exposition de maquettes des projets en compétition. Il s'agissait alors de construire le futur musée sur un terrain de l'île de Gezira libéré par le déplacement vers Héliopolis de la Foire internationale du Caire, mais des problèmes de financement ont fait abandonner cette idée et c'est le nouvel Opéra du Caire qui fut édifié à cet endroit. Depuis, la décision a été prise de transférer l'essentiel des collections loin du centre. L'emplacement choisi est un terrain d'environ 50 hectares situé près des pyramides de Giza, au départ de la route qui conduit à Alexandrie par le désert. Une fois les études de faisabilité terminées, les travaux devaient durer quatre ans. Un concours international d'architecture a donc été lancé en 2002, dont les résultats, couronnant le projet de Róisín Heneghan et Shi-Fu Peng, furent publiés en mai 2003, mais aucun calendrier des futurs travaux n'est encore publié à ce jour…

En attendant, l'actuel musée du Caire a entrepris la rénovation de plusieurs salles qui, sous un éclairage approprié, regroupent les objets les plus précieux du musée : la première est consacrée aux bijoux, présentés chronologiquement de la première dynastie à l'époque romaine ; la deuxième abrite l'orfèvrerie du mobilier funéraire de Toutankhamon (masque et sarcophage d'or massif, sceptres, parures...) ; la troisième, qui a été agrandie, est consacrée aux trésors des rois tanites des XXIe et XXIIe dynasties (cercueils d'argent, masques et vaisselle d'or, bijoux...) ; dans la quatrième, aménagée dans une ancienne réserve du rez-de-chaussée, est exposé le contenu de la tombe de la reine Hetepheres, la mère de Kheops (IVe dynastie), avec son exceptionnel mobilier (baldaquin, lit, fauteuil et chaise à porteurs).

Jean-Pierre Corteggiani
Décembre 2005
 
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