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La Slovénie, deuxième Suisse
Georges Castellan
Professeur émérite de l’université Paris III
Ancien enseignant de l’Inalco
Docteur honoris causa des universités de Poznan et de Humboldt de Berlin († 2014)

Pays verdoyant et vallonné, plein de charme, la Slovénie est parfois qualifiée de « petite Europe » tant ses paysages sont diversifiés. Avec sa capitale, Ljubljana, elle est l'un des plus petits États de l'Europe – 20 256 km2 et deux millions d'habitants. C'est aussi l'un des plus jeunes ; elle n'a été admise à l'ONU que le 22 mai 1992. Pourtant les Slovènes sont un peuple ancien, mais leur histoire a été occultée des siècles durant par leurs voisins. La richesse de ses vestiges historiques, sites antiques exceptionnels et villes où se mêlent intimement maisons médiévales et palais baroques en font une destination pleine d'intérêt pour le voyageur curieux de découvrir cette terre d'Occident méconnue.

Cinq régions géographiques très différenciées

Le pays s'étend des chaînes des Alpes orientales – Alpes juliennes et Karawanken – à la mer Adriatique où, sur quarante kilomètres seulement, il dispose d'un seul port, Koper, l'ancienne Capo d'Istria.

L'ensemble forme cinq régions géographiques. Du sud au nord, le Primorje constitue une petite enclave à l'est de Trieste, et la station estivale de Piran est très fréquentée par les Allemands et les Italiens ; longtemps possession de Venise puis de l'Italie, la région a gardé dans ses monuments et ses maisons les caractères de ce dernier pays. Seconde région, le Karst, plateau calcaire d'altitude variant entre 900 et 1 200 mètres : il est célèbre par ses grottes – plus de 6 000 –, dont celles de Postojna et de Skocjan, inscrites par l'Unesco au patrimoine culturel de l'humanité. Les Alpes forment le troisième ensemble, le plus vaste ; elles atteignent 2 864 mètres au Triglav, point culminant du pays dont la silhouette figure sur le drapeau national, et unissent une série de vallées karstiques, dont celle très pittoresque de la Soca, que les Italiens appellent l'Isanzo. À l'est, les Karawanken, du lac de Bled à Ljubljana, marquent la frontière avec l'Autriche ; ces montagnes moyennes, entre 1 500 et 900 mètres, sont coupées de bassins d'effondrement tels ceux de Celje et de Ljubljana (276 000 habitants), la capitale historique – ville qui, dénommée Laibach dans l'Empire autrichien, fut dès le XVIIIe siècle le centre intellectuel de la vie slovène. À l'est de Ljubljana s'étend la région des Préalpes ; dans ces collines, on trouve la ville de Novo Mesto (22 800 habitants), centre de montage des automobiles Renault, entourée de riches vignobles produisant des vins appréciés. Enfin, la cinquième région est un morceau de la plaine de la Drave et de la Save autour de Maribor (108 000 habitants), deuxième ville du pays, tandis que la rivière Mura marque le début de la plaine de Hongrie.

Chacune de ces régions a ses caractéristiques climatiques. Si le Primorje, dont la végétation rappelle celle de l'Italie, connaît un climat méditerranéen, le Karst est parcouru par la bora, appelée là-bas burja – vent qui engendre de fortes baisses de température. Les Alpes, qui se consacrent à l'élevage bovin, connaissent des hivers rigoureux propices au développement des stations de sports d'hiver. Les abords de la plaine hongroise ont des étés chauds mais des températures très basses en hiver.

Sur ces 20 000 km2 vivent deux millions d'individus, dont 88 % se disent Slovènes. Puis viennent les minorités des autres pays ex-yougoslaves : Croates (2,6 %), Serbes (2,4 %), musulmans de Bosnie-Herzégovine, mais aussi quelques descendants des anciens peuples dominants, Hongrois, Allemands, Italiens en voie d'assimilation. Le mouvement démographique est faible. Dans un premier recensement de 1857, les Slovènes étaient 1 202 000 ; en 1991, ils étaient 1 727 000 et, dans l'avenir, ces chiffres devraient baisser. Ainsi, la Slovénie se situe dans l'ensemble des pays dits « développés ». 

Des premiers Illyriens à la dépendance de l'empire des Habsbourg

Des hommes, il y en eut dès la préhistoire. Le premier peuple identifié est celui des Illyriens – groupe parlant l'indo-européen, établi à partir de 1400 av. J.-C. Il fut au contact des colonies grecques de l'Adriatique avant de se mélanger aux Celtes. Cette population mixte connut une civilisation brillante, puis fut conquise par les Romains. Ces derniers répartirent les territoires slovènes entre les provinces de l'Illyrie et de la Norique et y créèrent des colonies comme Emona (Ljubljana) et Pætovia (Ptuj). Le christianisme y pénétra à la fin du IIe siècle, et la Pax Romana assura deux siècles de prospérité. Au milieu du Ve siècle, ces provinces furent ravagées par les Huns.

Mais l'événement essentiel fut, à partir du VIe siècle, l'invasion des Slaves. Venus du nord des Carpates, ils occupèrent la plaine hongroise, puis lancèrent leurs incursions contre les villes romaines de la côte Adriatique. À la fin du siècle, toute la Dalmatie jusqu'à la Save et au Danube était occupée. L'Empire byzantin ne conservait que quelques villes du littoral, comme Zara (Zadar), Salona (près de Split), Raguse (Dubrovnik) et certaines îles. Les Slaves – qui gardèrent leur nom générique : Slovènes – formèrent un duché de Karantanie. En conflit avec les Avars de la plaine hongroise, ils firent appel aux Bavarois en 745. Avec ces derniers arriva le christianisme, prêché par des missionnaires de l'évêché de Salzbourg. Les Francs, s'étant emparés de la Bavière, imposèrent en ces terres du sud leur structure féodale, et transformèrent la région en une « marche » que l'empereur Othon Ier colonisa en implantant des paysans de Rhénanie et de Saxe. Par la suite, cette marche fut divisée en trois duchés : Carinthie, Styrie, Carniole, sous l'autorité de grandes familles. Ils passèrent sous la domination du roi de Bohême Ottokar II. Celui-ci, battu par Rodolphe Ier de Habsbourg à la bataille du Marchfeld en 1278, dut céder les duchés. Dès lors, et jusqu'en 1918, ils furent « possessions héréditaires » des Habsbourg.

Pendant 640 ans, les Slovènes ne furent qu'un des peuples de l'empire. Dans la société féodale, ils étaient des paysans majoritairement serfs jusqu'en 1848, soumis à des seigneurs de culture allemande à qui l'empereur attribuait des domaines en récompense de leur fidélité. Ils ne participaient pas à la vie publique, sauf pour les événements affectant la vie de l'Église. La Réforme protestante sous sa forme luthérienne y fut profonde avec le prêtre Primoz Trubar (1506-1586) : réfugié en Wurtemberg, il publia en slovène un catéchisme et une grammaire élémentaire. Menée par les Jésuites, la Contre-Réforme vit la construction de nombreuses églises baroques et l'ouverture de collèges pour les enfants de la noblesse. L'allemand était la langue officielle parlée par les classes supérieures et moyennes, l'italien était largement utilisé dans le commerce, le slovène était la langue du peuple.

De l'émergence du sentiment national à l'indépendance

Au XVIIIe siècle, la politique de centralisation de Joseph II eut pour conséquence le mouvement romantique qui appela les peuples à étudier et à promouvoir leur langue et leur folklore. Parmi les Slovènes, trois noms s'imposent : le philologue Jernej Kopitar, le prêtre Valentin Vodnik et le grand poète France Preseren. Sous leur influence, la langue slovène fut écrite et donna naissance à une littérature laïque. Les idées de la Révolution française pénétrèrent à travers la domination napoléonienne des Provinces illyriennes qui englobaient une partie des domaines slovène et croate. Elles donnèrent naissance à des partis politiques qui tentèrent de réformer l'empire. Aux élections censitaires de 1867, une majorité de Slovènes fut élue au Landtag de Carinthie sur la base d'une « Slovénie unifiée » regroupant les Slovènes des trois provinces. De même, à la veille de la Grande Guerre, parmi les solutions envisagées, quelques hommes politiques prônaient l'union de tous les Slaves du Sud : Slovènes, Croates et Serbes, à l'intérieur de l'empire.

La guerre décida. La vieille construction des Habsbourg disparut. Le leader slovène, l'abbé Anton Korosec (1872-1940), pour protéger son peuple des ambitions territoriales de l'Italie, vint à Belgrade accepter la proclamation du 1er décembre 1918, par laquelle le prince héritier de Serbie Alexandre Karageorgeviç faisait de l'Union un État nouveau : le « Royaume des Serbes – Croates – Slovènes ». Désormais et pour soixante-douze ans, les Slovènes, jusque-là orientés vers l'Europe centrale, furent soumis à Belgrade, capitale balkanique. Ils s'en retirèrent en 1991, lorsque la Fédération yougoslave éclata. Le président de la Ligue des communistes, Milan Kucan, organisa un plébiscite. À 88,5 %, le peuple se prononça pour une République de Slovénie indépendante. Ce choix fut approuvé par l'ONU en 1992, après une guerre de dix jours menée par l'armée fédérale yougoslave, majoritairement serbe.

Pays indépendant, la Slovénie est une démocratie véritable dont l'économie se développe à un rythme qui la fit inscrire sur la liste des prochains candidats à l'Europe.

Par ses paysages, par le sérieux de sa population, par son économie orientée vers le tourisme, la Slovénie est une seconde Suisse.

 

Georges Castellan
Février 2001
 
Bibliographie
Histoire de l’Empire des Habsbourg, 1273-1918 Histoire de l’Empire des Habsbourg, 1273-1918
Jean Bérenger
Fayard, Paris, 1990

Vie et mort de la Yougoslavie Vie et mort de la Yougoslavie
Paul Garde
Fayard, Paris, 2000

Petite histoire de la Slovénie Petite histoire de la Slovénie
Antonia Bernard
Cultures & sociétés de l'Est
Inst d'Etudes Slaves, Paris, 1996

La Slovénie La Slovénie
Georges Castellan, Antonia Bernard
Que sais-je ?
PUF, Paris, 1998

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