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La Namibie, des premiers Bushmen à l'indépendance
Bernard Lugan
Maître de conférence à l'université de Lyon III
Directeur-éditeur de la revue L'Afrique réelle
Expert auprès du tribunal pénal international pour le Rwanda (ONU)

Si l'appellation « Namibie » n'apparut officiellement qu'en 1968, sous l'égide de l'ONU, pour remplacer celle de « Sud-Ouest africain », le territoire qu'elle recouvre, bien qu'en partie désertique, était occupé par des peuples de races diverses bien avant la « découverte » des Portugais, au XVe siècle. Le devenir de ces différentes ethnies à l'arrivée des missionnaires anglais et allemands au XIXe siècle, les rapports de forces qui s'établirent dès lors nous sont présentés par Bernand Lugan qui a publié en 2001 aux éditions du Rocher un Atlas historique de l'Afrique des origines à nos jours.

La Namibie, ancien Sud-Ouest africain (sous administration sud-africaine de 1919 à 1989), est une immensité désertique de 842 269 km2 enserrée entre le désert de Namib, long de mille trois cents kilomètres sur cent de large en moyenne, et celui du Kalahari. Le plateau central, dont l'altitude est comprise entre mille et deux mille mètres, est la seule zone habitable du pays, et 58 % de la population est concentrée dans le nord, là où la pluviométrie est généralement supérieure à trois cents millimètres en moyenne. Le sous-sol du pays est riche et permet l'exportation de minerais variés.

Une population multi-ethnique

Cet État créé par la colonisation allemande est vide d'hommes. Sa population dépasse à peine le million d'habitants, divisés en une dizaine de groupes humains parlant douze langues et vingt-cinq dialectes principaux.

Les plus anciens habitants appartiennent à la famille Khoisan – les Bushmen – et sont au nombre de 160 000 environ, répartis en trois grandes tribus ou ethnies : les San (30 000), les Damara (80 000) et les Nama (50 000).

Le second grand groupe est celui des populations parlant des langues bantu. Il est divisé en cinq ethnies principales, elles-mêmes morcelées en tribus et en clans. Les plus nombreux, les Ovambo – au nombre d'environ 600 000 – sont des agriculteurs vivant au nord, dans la zone la plus fertile du pays. En 1926, à la suite d'un accord entre le Portugal et l'Afrique du Sud, le territoire de l'ethnie ovambo a été coupé par la nouvelle frontière tracée entre l'Angola et le Sud-Ouest africain. Voisins orientaux des Ovambo, et agriculteurs comme eux, se trouvent les 100 000 Kavango.

En 1989, au moment de l'indépendance, les Blancs étaient environ 100 000, composés de deux grands groupes : 25 000 descendent des colons allemands qui vivaient sur le territoire en 1914, et 65 000 de migrants afrikaners.

Les métis constituent une importante et active partie de la population du pays. Au nombre de 70 000 environ, ils appartiennent à deux grands groupes bien distincts, dont le plus important se compose de ceux qui parlent l'afrikaans, issus du lointain croisement entre des pionniers hollandais et des femmes khoisan.

La colonisation allemande, jusqu'à la première guerre mondiale

Ce territoire avait été le théâtre de longues guerres tribales opposant les pasteurs nomades herero aux agriculteurs, et ces derniers aux Khoisan. En 1806, les missionnaires protestants de la London Missionary Society fondèrent leurs premières stations dans la région, suivis de confrères allemands. En 1883, ces missions allemandes furent attaquées par les Nama et, comme les autorités britanniques de la colonie du Cap refusaient d'intervenir au-delà de leur enclave de Walvis Bay, le Reich prit sous son protectorat tout le littoral atlantique, depuis l'embouchure du fleuve Orange au sud jusqu'au cap Fria au nord. Le Sud-Ouest africain était né.

Si les Ovambo constituent aujourd'hui la principale ethnie de la Namibie, ils doivent cette réalité démographique à la terrible révolte de 1904-1905 qui vit les Herero entrer en guerre contre l'Allemagne et perdre une grande partie de leur population durant le conflit.

En 1900 les Herero, qui occupaient alors le centre de la colonie allemande du Sud-Ouest africain, constituaient la principale population du territoire, car leur nombre était alors évalué à au moins 100 000. Les ancêtres de ces pasteurs à la haute taille avaient migré depuis l'Afrique centrale ou orientale et s'étaient installés dans la région à partir du XVIIe siècle. Lorsqu'ils se révoltèrent, en 1904, ils surprirent une administration allemande avec laquelle ils avaient jusque-là entretenu de bons rapports. Le 12 janvier 1904, les Herero attaquèrent le poste d'Okahandja, massacrant cent vingt-trois colons allemands. Les hommes et les enfants furent dépecés ; quant aux femmes, après avoir été violées, elles furent suspendues par les pieds puis éviscérées.

La brutalité de la répression allemande s'explique largement par ces atrocités. Elle fut menée par le général major Lothar von Trotha (1848-1920), débarqué à Swakopmund le 11 juin 1904 avec 3 500 hommes de renfort. Habitué des campagnes coloniales, cet ancien gouverneur de l'Est africain y avait écrasé la révolte des Hehe en 1896 avant de participer en 1900 à la campagne des Boxers en Chine. Comprenant que les Herero allaient tenter de refuser le combat pour se replier dans l'immensité steppique, il réussit à les fixer sur le plateau du Waterberg qu'il investit le 11 août, sur un front de quarante kilomètres. Pour éviter de se voir totalement pris au piège, les Herero s'enfuirent vers le désert du Kalahari afin de tenter d'atteindre le Bechuanaland britannique, l'actuel Bostwana.

Von Trotha, qui a gagné la partie, sent que la colonie ne connaîtra véritablement la paix que lorsque les Herero auront été véritablement vaincus. II décide alors de les maintenir dans le désert où il sait que leur bétail va périr. Afin d'être bien compris d'eux et pour qu'ils sachent qu'ils ne doivent attendre aucun pardon, il écrit le 2 octobre un ordre du jour demeuré célèbre dans les annales des campagnes coloniales.

Son Vernichtungsbefehl (ordre d'extermination) était ainsi rédigé :

« À l'intérieur de la frontière allemande, tout Herero, avec ou sans fusil, avec ou sans bétail, sera fusillé. Je n'accepte plus ni femme ni enfant, je les renvoie à leur peuple ou fais tirer sur eux. Telles sont mes paroles au peuple herero. Le grand général du puissant empereur. Von Trotha ».

En 1914, le Sud-Ouest africain fut emporté dans le tourbillon de la guerre et les troupes allemandes durent supporter l'offensive sud-africaine. Le 9 juillet 1915, elles furent contraintes de capituler devant un adversaire jouissant d'une énorme supériorité numérique.

Du statut de mandat à l'indépendance

Après la guerre, la Société des Nations confia l'administration du Sud-Ouest africain à l'Afrique du Sud, et ce sous forme de mandat. Mais cette dernière, qui considéra l'ancienne colonie allemande comme une partie de son territoire national reçue en dédommagement pour son effort de guerre aux côtés des Alliés, chercha à l'assimiler. En 1966, l'ONU mit fin au mandat sud-africain ; elle considéra désormais le territoire comme la future Namibie, devant être décolonisée.

Au Sud-Ouest africain, la contestation politique ne débuta véritablement que dans les années 1950. Elle fut essentiellement l'émanation des Ovambo qui fondèrent la Swapo ou South West African People's Organization, dirigée par Sam Nujoma – actuel chef de l'État –, et que les instances internationales reconnurent en 1973 comme seule représentante des populations namibiennes, ce qui était inexact sur le terrain.

Une guérilla éclata bientôt, qui eut ses bases en Zambie puis en Angola après l'indépendance du territoire portugais en 1975. Pour lutter contre la Swapo soutenue par des contingents cubains et un encadrement soviétique, l'armée sud-africaine intervint à plusieurs reprises dans le sud de l'Angola où elle remporta d'incontestables succès. Au mois de mai 1978, le quartier général de la Swapo fut même investi, et plusieurs centaines de guérilleros trouvèrent la mort.

En 1982, les États-Unis d'Amérique lièrent l'indépendance de la Namibie au retrait cubain d'Angola, mais la guerre continua. Un cessez-le-feu fut signé au mois d'août 1988. Au mois de novembre 1989, des élections furent organisées en Namibie, remportées par les Ovambo et leur parti, la Swapo, avec 56 % des suffrages. Le pays était indépendant.

Bernard Lugan
Août 2000
 
Bibliographie
Histoire de l’Afrique du Sud de l'Antiquité à nos jours Histoire de l’Afrique du Sud de l'Antiquité à nos jours
Bernard Lugan
Perrin, Paris, 2003

Atlas historique de l'Afrique des origines à nos jours Atlas historique de l'Afrique des origines à nos jours
Bernard Lugan
éditions du Rocher, Paris, 2001

Dictionnaire d'histoire et des civilisations africaines Dictionnaire d'histoire et des civilisations africaines
Bernard Nantet
Larousse, Paris, 1999

L'Afrique noire de 1800 à nos jours L'Afrique noire de 1800 à nos jours
Catherine Coquery-Vidrovitch
Nouvelle Clio
PUF, Paris, 1993

Atlas des peuples d’Afrique Atlas des peuples d’Afrique
Jean Sellier
La Découverte, Paris, 2003

Histoire de l'Afrique précoloniale Histoire de l'Afrique précoloniale
Anne Stamm
Que sais-je ?
PUF, Paris, 1997

Histoire générale de l'Afrique Histoire générale de l'Afrique
Publié par le comité scientifique international pour la rédaction d'une histoire générale de l'Afrique ( UNESCO )
Edicef / Hachette Livres, Paris, 1991
Huit volumes rédigés par les meilleurs spécialistes. Indispensables pour connaitre l'histoire du continent africain.
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