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La Mission historique française en Allemagne (MHFA)
Christophe Duhamelle
Directeur de la Mission historique française en Allemagne

Au regard de la place privilégiée qu'occupent depuis plus de quarante ans les relations franco-allemandes dans la politique extérieure de la France, la Mission historique française en Allemagne peut sembler étonnamment jeune. Elle n'existe en effet que depuis un quart de siècle. Pourtant, l'idée d'une institution franco-allemande dédiée aux études historiques est plus ancienne. Elle habitait déjà les fondateurs, en zone occupée française, de l'établissement qui devint finalement en 1953 l'Institut d'histoire européenne de Mayence et fit l'objet de plusieurs projets élaborés dans les années 1960. Il fallut cependant attendre 1977 pour que le grand historien moderniste Robert Mandrou, diligenté par le ministère des Affaires étrangères, puisse fonder la Mission historique dont il fut le premier directeur. Cette création doit beaucoup à l'accueil réservé à Robert Mandrou par un grand institut de recherche allemand en sciences historiques, l'Institut Max-Planck d'histoire : ce modèle novateur d'institut français fortement associé à une institution du pays d'accueil a prouvé son efficacité et sa solidité, puisque la Mission – bien qu'autonome dans son fonctionnement – est toujours fortement liée à l'Institut Max-Planck d'histoire.

Les fondateurs

De cette période, la MHFA a gardé ses traits principaux et cultive le souvenir de Robert Mandrou qui, marqué par une cruelle maladie, dut abandonner trop tôt la direction du centre qu'il avait créé. Les livres versés par la Mission à la bibliothèque de l'Institut Max-Planck sont regroupés dans un « fonds Mandrou » et la bourse d'été attribuée chaque année porte également son nom. Enfin, grâce à un legs effectué par la veuve de Robert Mandrou, sa bibliothèque personnelle a récemment été installée au sein même de la Mission et constitue non seulement un témoignage important sur l'activité scientifique de ce grand chercheur, mais aussi une collection d'ouvrages dont certains sont des exemplaires uniques en Allemagne.

Cependant, la Mission prit véritablement son essor avec la nomination, en remplacement de Robert Mandrou, d'Étienne François à sa tête. Directeur de 1979 à 1986, il établit sur des bases solides, avec le soutien du ministère des Affaires étrangères, les axes d'action principaux de la Mission historique française en Allemagne. Il obtint également la création d'un second poste de chercheur, puis celle d'un secrétariat. Depuis lors, sous la direction des modernistes Gérald Chaix ou Patrice Veit, et de médiévistes comme Michel Parisse ou Pierre Monnet, la Mission n'a cessé de renforcer ses effectifs. Grâce à une convention signée au sujet de la MHFA entre le CNRS et le ministère des Affaires étrangères en 1994, et élargie depuis, la Mission compte actuellement deux chercheurs détachés au MAE – directeur compris –, deux chercheurs mis à disposition par le CNRS, deux doctorants présents sur place et bénéficiant de bourses d'aide à la recherche de longue durée, et une secrétaire.

Göttingen, une prestigieuse université

Cette montée en puissance s'est traduite également par une augmentation de la superficie de la Mission – qui reste cependant locataire de l'Institut Max-Planck d'histoire, avec qui les liens se sont maintenus depuis la création de 1977. Cette synergie – qui n'a cependant rien d'exclusif, la Mission collaborant avec des institutions scientifiques dans toute l'Allemagne – est pour beaucoup dans le maintien d'une localisation à Göttingen. Permettant, au départ, de diversifier une implantation de la présence française jusqu'alors concentrée en région rhénane, ce choix a permis à la Mission de se retrouver, après la réunification allemande de 1990, pratiquement au centre géographique du pays – position que l'on peut mettre à profit, grâce à une situation ferroviaire exceptionnelle, pour rejoindre en deux heures, par train rapide, Berlin, Hambourg ou Francfort. Surtout, Göttingen offre pour la recherche des atouts décisifs que des Français trop habitués au centralisme parisien ont appris à reconnaître. L'université de Göttingen, fondée en 1734-1737, s'est vite imposée comme l'établissement le plus prestigieux de son temps ; elle en garde une grande tradition d'exigence. Longtemps centre de la plus grande société scientifique, la Max-Planck-Gesellschaft, Göttingen est ainsi la ville allemande qui peut se targuer d'avoir recueilli le plus grand nombre de Prix Nobel – quarante-quatre au total. La bibliothèque universitaire qui, au XVIIIe siècle, avait déjà surpassé toutes ses homologues, abrite aujourd'hui dans un bâtiment moderne quatre millions de volumes et constitue, dans le système de « bibliothèque nationale décentralisée » qui prévaut dans l'Allemagne fédérale, la bibliothèque de référence pour le XVIIIe siècle ; son bâtiment ancien, lui, abrite désormais une bibliothèque en accès libre de plus de cent mille volumes anciens. L'ensemble constitue un instrument de travail précieux, et pas seulement pour les spécialistes de l'Allemagne. De surcroît, à une heure de Göttingen, l'extraordinaire bibliothèque de Wolfenbüttel, fondée par un prince bibliophile, est quant à elle la référence pour le XVIIe siècle. À elles deux, elles offrent un ensemble unique au monde d'imprimés anciens et – peut-être surtout – des conditions de travail idéales pour ceux qui bénéficient du soutien de la Mission.

Accueillir et promouvoir la recherche française

La MHFA est en effet avant tout une structure au service de la recherche. De ce point de vue, ses objectifs sont triples. D'une part, il s'agit tout d'abord pour elle d'accueillir et de promouvoir la recherche historique française. Nombreux sont les historiens et chercheurs français, parmi les plus prestigieux, qui ont ainsi pu donner à l'invitation de la Mission une conférence en Allemagne, soit dans le cadre de l'Institut Max-Planck, soit dans celui de l'université de Göttingen, avec qui les relations sont en plein développement. Au cours des années, nous avons ainsi reçu la visite, entre autres, de Georges Duby, Michel Vovelle, Daniel Roche, Fernand Braudel, Robert Fossier, Jean-Claude Schmitt, Jean Delumeau, Jacques Le Goff, Marc Ferro, Jacques Revel, Pierre Bourdieu ou Emmanuel Le Roy Ladurie. Mais, bien sûr, la Mission concentre avant tout ses efforts sur la recherche française portant sur l'histoire allemande et privilégie en particulier l'étude de la diversité allemande, qu'elle soit culturelle, politique, économique ou confessionnelle, afin de contribuer, avec le regard particulier que donne l'expérience d'un modèle français très différent, à une meilleure compréhension de notre voisin d'outre-Rhin.

Bien que centrée traditionnellement sur les périodes médiévale et moderne, la Mission étend d'ailleurs ses compétences vers l'histoire contemporaine, en complémentarité avec le Centre Marc-Bloch, centre franco-allemand de recherche en sciences sociales, créé plus récemment, à Berlin, sous l'égide d'Étienne François qui avait quitté la Mission peu de temps auparavant. Par ses postes de chercheurs, par ses bourses doctorales, mais aussi grâce à ses bourses de courte durée, très flexibles, et attribuées à tous les niveaux de chercheurs à partir de la maîtrise, la Mission a rendu possible un grand nombre de travaux d'historiens français sur l'Allemagne et a puissamment contribué au développement – voire, dans le cas de l'histoire moderne, à la renaissance – d'une tradition historiographique française en ce domaine. Plus de cent vingt-cinq travaux universitaires ont ainsi pu être achevés grâce à l'aide, ponctuelle ou plus décisive, de la Mission.

Mettre en place des programmes bilatéraux

Cette recherche française sur l'Allemagne ne se conçoit cependant pas en vase clos. C'est au contraire à un échange constant, à un enrichissement réciproque par la diversité des points de vue que tend l'action scientifique de la Mission, qui travaille donc aussi, et c'est son second objectif, à mettre en place des programmes de recherche communs et des manifestations scientifiques bilatérales, que ce soit à sa propre initiative ou en proposant sa collaboration et son aide à des projets nés en dehors d'elle. Ce sont près de cent colloques, groupes de travail, journées d'études qui ont été organisés ou soutenus par la MHFA depuis sa création. Certains ont durablement marqué l'historiographie des deux pays, tous ont contribué non seulement à l'échange des connaissances sur un thème donné, mais surtout à une réflexion commune sur les catégories et les instruments du travail d'historien, la confrontation aux méthodes de l'autre permettant une remise en question de ses propres présupposés.

Cette action a connu progressivement deux élargissements. D'une part, la formation doctorale est apparue comme le prolongement naturel de ces réflexions croisées sur la pratique historienne et comme le meilleur gage d'une inscription dans la durée du renouvellement de la recherche sur l'Allemagne et, plus généralement, sur l'histoire comparée. En organisant des écoles d'été et des journées d'études doctorales ou en collaborant à leur organisation, la MHFA cherche constamment à cultiver cette activité d'éveil à la pluralité qui est aussi un pari sur l'avenir. D'autre part, la relation franco-allemande s'inscrit dans un cadre européen qui, en matière scientifique, reflète l'internationalisation croissante de la recherche. Göttingen est à cet égard, une fois encore, une localisation idéale, ne serait-ce que parce que l'ouverture plurinationale de l'Institut Max-Planck, inaugurée par la coopération avec la Mission historique, s'est depuis lors développée vers d'autres pays, comme la Grande-Bretagne et la Pologne qui ont eu, ou ont, des antennes historiques à Göttingen, en attendant d'autres créations programmées. Dans ce cadre, rares sont désormais les colloques de la MHFA qui ne comprennent pas, outre les francophones et les germanophones, des collègues venus d'horizons plus diversifiés, et particulièrement des pays qui sont en train de rejoindre l'Union européenne.

Le Bulletin d'information de la Mission

Accueillir les chercheurs français, susciter la coopération scientifique internationale, ces deux missions de la MHFA débouchent nécessairement sur son troisième objectif, celui d'une information inlassablement diffusée afin que les efforts de l'institution ne restent pas confinés au cercle des spécialistes de l'Allemagne. La Mission, ses membres et ses hôtes ont toujours eu à cœur d'exercer un rôle de « passeur » entre les cultures scientifiques. À cet effet, le Bulletin d'information de la Mission historique française en Allemagne a été créé et publié pour la première fois à la fin de 1980. Depuis, il est devenu un véritable périodique, qui est publié une fois l'an, dépasse trois cents pages, est diffusé auprès de sept cents destinataires – n particulier les bibliothèques universitaires – principalement en France, mais aussi en Allemagne et ailleurs, et atteindra en 2004 son quarantième numéro. Le Bulletin n'est pas seulement la vitrine des activités et des manifestations de la Mission. Il se veut également le reflet de la recherche française sur l'Allemagne et, au-delà, fournit de nombreuses informations aux collègues français – la plupart des lecteurs ne sont pas spécialistes de l'Allemagne – sur les structures, les thèmes, les débats et les réalisations de la science historique allemande, en ayant recours aux plus grands spécialistes, des deux côtés du Rhin. Enfin, le Bulletin se signale par l'abondance de ses comptes rendus – près de cent par livraison – qui, dans des délais fort brefs, font connaître aux Français les principales productions de l'historiographie de langue allemande.

La Mission cherche également à mieux faire connaître les résultats des travaux qu'elle a promus, qu'il s'agisse de monographies réalisées avec son aide ou des ouvrages collectifs issus des colloques qu'elle a organisés. Axant en particulier son intervention sur les traductions, la MHFA a soutenu depuis sa création la publication de trente-cinq ouvrages.

En outre, la Mission s'est dotée depuis 1997 d'un site internet (http://www.mhfa.mpg.de) qui reflète l'activité de la Mission et comporte tous les renseignements pratiques nécessaires pour bénéficier de son aide ; on y trouvera aussi de nombreux éléments sur l'histoire de la Mission, ses anciens membres et boursiers, les colloques et les publications qu'elle a mis en œuvre. Le site se fait de surcroît l'écho d'autres institutions favorisant les études franco-allemandes et offre un grand choix de liens vers d'autres portails électroniques. Enfin, il présente des informations constamment renouvelées sur l'activité des historiens en Allemagne.

Centre de recherche français du ministère des Affaires étrangères (Direction générale de la coopération internationale et du développement), la Mission historique française en Allemagne fait partie d'un réseau de plus en plus étoffé qui, de Tachkent à Lima en passant par Prague, Tokyo ou Jérusalem, compte près de trente centres qui complètent l'ensemble plus ancien des Écoles françaises à l'étranger – Rome, Athènes, Madrid – et qui constituent autant de pôles d'accueil et de soutien aux chercheurs français travaillant sur le monde entier, de centres de diffusion et de débat d'une pensée désireuse d'échange, de points de ralliement enfin pour une communauté scientifique de plus en plus ouverte à l'internationalisation. Spécialisée dans les disciplines historiques, mais ouverte à l'interdisciplinarité, la Mission historique, en synergie avec les autres institutions du service culturel de l'ambassade de France en Allemagne, participe à un des dispositifs français les plus denses dans un pays voisin et contribue avec succès à développer l'intérêt scientifique pour une histoire proche, et en partie commune.

Christophe Duhamelle
Février 2004
 
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