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La littérature intertestamentaire
André Paul
Historien, bibliste et théologien
L'adjectif « intertestamentaire » est familier aux biblistes de toutes confessions chrétiennes, protestantes surtout[1]. D'aucuns cependant l'utilisent avec réserves[2]. Il est en effet utile mais volontiers ambigu. Il qualifie globalement l'ensemble des textes littéraires issus de la société juive entre le IIIe siècle av. J.-C. et la fin du Ier siècle chrétien, qui, exclus des livres dits canoniques, ont avec la Bible des harmoniques ou résonances évidentes. Aussi, les savants des pays à tradition catholique comme l'Italie et l'Espagne, plus discrètement la France, préfèrent-ils « apocryphes » : ils parlent volontiers des « Apocryphes de l'Ancien Testament ». Le vocable « intertestamentaire » implique le pluriel « testaments », l'« ancien » et le « nouveau » ; et il contient « inter », qui dit à la fois la distance et la relation entre ces deux unités. La distance, c'est le champ d'une activité littéraire ininterrompue dans ce que l'on a proposé d'appeler « Intertestament » ou « espace social du livre[3] ». La relation, c'est le lot des composants du Nouveau Testament dont les sources se repèrent dans l'Ancien avec son univers fructueux d'écriture. Pour une part, le recueil de la Nouvelle Alliance s'est écrit avec les dits et les non-dits, les scènes et les coulisses, et plus encore la langue de l'Ancienne. En témoignent formellement les citations de celle-ci qui balisent inlassablement son texte, de la première page de l'Évangile de Matthieu à la dernière de l'Apocalypse de Jean.

La Bible grecque et sa nébuleuse littéraire

La langue grecque est commune à l'Ancien Testament et au Nouveau. Elle est le facteur formel et essentiel de la relation, de l'interrelation entre les deux unités. L'Ancien Testament n'est pas la Bible hébraïque, appelée Mikrâ, « Écriture », étymologiquement : « Lecture », par les Juifs. C'est la collection bien plus fournie, différemment agencée, des livres que les chrétiens homologuèrent et promurent d'emblée, non sans eux-mêmes les compléter et enrichir. La première traduction des Écritures fut réalisée en grec par des Juifs. Ce fut un événement sans précédent. Une légende bien répandue dans l'Antiquité, juive puis chrétienne, la présente comme l'œuvre miraculeuse de soixante-dix ou soixante-douze savants mandatés par le grand prêtre de Jérusalem. Le témoin le plus ancien en est la Lettre d'Aristée, œuvre juive[4] de fiction composée en grec vers la fin du IIe siècle av. J.-C. Selon cette source, la traduction aurait été commandée par le bibliothécaire royal d'Alexandrie en vue de répondre au souhait de Ptolémée Philadelphe, le deuxième monarque de la dynastie des Lagides (285-247 av. J.-C.). Or, tous les traducteurs auraient traduit le texte de la Loi de Moïse d'une façon rigoureusement identique. Les auteurs chrétiens reprendront en chœur ce récit, qu'ils diffuseront – seul Jérôme osera le décrier. Un jour, ils institueront le mot latin septuaginta, « soixante-dix » ou « Septante », comme titre global de la Bible grecque, dont ils étaient les exclusifs héritiers.

La légende des soixante-dix ne concernait de fait que la traduction des cinq premiers livres des Écritures, réalisée au cours du IIIe siècle av. J.-C., à Alexandrie très probablement. Au début du siècle dernier on retrouva quelques fragments égyptiens du Deutéronome en grec, datés de la première moitié du IIe siècle avant notre ère. Les grottes des environs de la mer Morte ont elles-mêmes livré quelques restes de la Bible grecque antérieurs au christianisme. Les livres prophétiques et bien d'autres encore furent traduits ensuite. L'œuvre de traduction se poursuivit, ailleurs qu'à Alexandrie, jusque sans doute chez les chrétiens. Une Bible grecque différente des Écritures hébraïques existait donc aux premiers temps du christianisme. Notons que la Septante[5] est toujours l'Ancien Testament de l'Église grecque orthodoxe.

Si pour une large part la Septante est une traduction, elle n'en présente pas moins les qualités d'une Bible originale. Longtemps, elle a joui d'une autonomie quasi totale vis-à-vis de la collection des livres hébraïques, d'abord chez les Juifs de langue grecque puis surtout chez les chrétiens, majoritairement hellénophones dès les débuts et pour des siècles. Elle fut la Bible fondatrice du christianisme. C'est elle que Paul de Tarse utilisa dans ses lettres. Elle fournit à la religion nouvelle la matrice des mots, formules ou expressions qui équipèrent son discours et façonnèrent sa doctrine. La langue de la Septante n'est pas l'idiome classique des Hellènes mais une forme originale de la « langue commune » ou koïnè, attestée dans son usage courant par les papyri et les inscriptions d'époque gréco-romaine. Dans son usage littéraire, celle-ci est la langue de Polybe, de Strabon, de Philon d'Alexandrie, de Paul de Tarse, de Flavius Josèphe et de Plutarque. Mais le grec de la Bible a ses particularités que les auteurs du Nouveau Testament ont de leur côté accentuées et même cultivées. Pour les livres de la Loi, la version grecque demeure assez proche du texte hébraïque, avec cependant de nombreux aménagements de sens. Il en va autrement pour les livres d'Isaïe et des Proverbes, d'autres encore comme surtout le livre de Job. Ici, la traduction est assimilable à l'acte littéraire proprement dit. On écrit ou réécrit la Bible en grec plus qu'on ne la traduit de l'hébreu. La Septante apparaît ainsi comme l'effet de deux dynamiques qui croisent et conjuguent leurs vertus : celle de l'interprétation et de la communication, et celle de la création littéraire.

Le destin premier de la Bible grecque dans l'histoire, au cours des IIIe et IIe siècles av. J.-C., évoque celui-là même des Écritures hébraïques. Les deux situations semblent symétriques. Dans les deux cas, on voulut répondre à un besoin vital : d'un côté, l'identification nationale au moyen d'une charte de référence aux repères ancestraux garantis, la Loi de Moïse ; de l'autre, la reconnaissance sociale, voire politique, par le truchement d'une « constitution » véritable, en grec nomothésia. Cette fois, les conditions étaient autres. On ne revenait pas de l'Exil « purificateur » vers une terre nationale à sanctifier. On était sorti de celle-ci pour résider une fois pour toutes dans la « cité », la polis d'Alexandrie ou d'ailleurs. On devait se faire suffisamment grec, par la langue d'abord, tout en restant rigoureusement juif. L'exercice était risqué mais s'avéra durablement possible. Or, dès ses premiers temps ou presque, la Bible grecque suscita à ses côtés, à la manière de textes d'appoint ou de médiation, bien des œuvres écrites. L'apparition de ces dernières n'est pas sans rappeler celle des nombreux livres qui accompagnent les textes bibliques originaux à partir du IVe siècle av. J.-C. et dont la masse des rouleaux de Qumrân témoigne immensément. Un patrimoine culturel, littéraire et exclusivement en grec, se constitua ; il doublait celui que les Juifs avaient produit et produisaient toujours sur leur terre nationale, en hébreu et en araméen. Il est possible d'imaginer ce qu'était la bibliothèque dont disposait par exemple l'éminent philosophe et exégète juif contemporain de Jésus, Philon d'Alexandrie. Il y avait d'abord la Loi de Moïse traduite en grec, avec des livres prophétiques et des psaumes. Des commentaires juifs des Écritures sont signalés par le même Philon, soit allégoriques et précurseurs des siens, soit littéraux. Lui-même composa deux grandes sommes[6] dont la majeure partie nous est parvenue par les canaux chrétiens : le Commentaire allégorique de la Loi et l'Allégorie de la Loi. Dans la même cité d'Égypte, circulaient à l'époque des œuvres de philosophes, d'historiens, de poètes et de dramaturges juifs. La rédaction de nombre d'entre elles va des débuts du IIe siècle av. J.-C., avec le philosophe Aristobule, à la première moitié du Ier. Tous ces auteurs, bien que juifs, adoptent les procédures et les formes littéraires des classiques grecs, qu'ils lisaient familièrement, des plus anciens aux plus récents. On dispose d'un texte particulièrement intéressant, de la fin du IIe siècle av. J.-C. probablement. C'est une page extraite d'un drame en vers composé par un poète juif de langue grecque, Ézéchiel le Tragique. Cette pièce est à la tragédie grecque ce que l'œuvre exégétique de Philon sera à la philosophie platonicienne. Elle a pour titre Exagôgê, « Exode ». Elle porte l'empreinte d'Euripide, à l'époque le plus populaire des tragiques grecs : elle en imite la langue, la versification et la forme dramatique. On y perçoit également l'influence de Sophocle mais surtout d'Eschyle. Cet Ézéchiel semble avoir voulu refaire, à l'intention des Juifs et à leur propos, ce que l'auteur des Perses et des Suppliantes avait réalisé concernant les Grecs. Mais ce faisant, il s'affirme comme un vrai juif. Dans la diaspora grecque, il est le témoin de procédés et de traditions relevant déjà de ce que l'on appelle midrash, « exégèse » ou « interprétation. » Ce mot hébreu signifie plus précisément : « recherche et exposition du sens actuel et exact d'un passage de l'Écriture ». Vers la même époque, les Juifs d'Alexandrie voire d'ailleurs proposèrent et promurent une variante juive de la Sibylle méditerranéenne ou orientale. Dans le genre approprié des oracles « sibyllins », ils firent intervenir cette figure insolite à l'instar sinon à la place des prophètes d'Israël. Le plus significatif de ces écrits[7] est le Troisième Oracle sibyllin. Pour la forme, soit la langue et la métrique, c'est un pur pastiche d'Homère. Il reflète aussi des traditions, idées et croyances d'origine grecque : le mythe des races d'Hésiode par exemple ; ou orientale : ainsi, l'antique doctrine babylonienne de l'année cosmique. Il n'en demeure pas moins une œuvre juive. Les développements sur l'homme et sur Dieu et la conception de l'histoire s'y accordent avec les vues exactes des écrits juifs dits apocalyptiques, dont nous parlerons plus loin.

Dans leur totalité, ces écrits sont bien antérieurs au christianisme, qui, dans le halo de la Septante, contribuera à les sauver. Ils reprennent et orchestrent sur de nouveaux registres les récits fondateurs et les messages majeurs de la grande tradition biblique. Ils font du midrash véritable, mais à la manière grecque et dans un luxe de modulations littéraires authentiquement grecques. Ils surent signifier néanmoins leur différence, d'autant plus qu'ils étaient culturellement confrontés à un autre système, entièrement grec de source et de destin. Inversant de quelque façon l'histoire, certains de ces auteurs, historiens ou historiographes, se déterminèrent à faire dépendre de leur patrimoine national tant la culture grecque que toutes celles qui l'avaient précédée et inspirée. Pythagore, Socrate et Platon auraient emprunté à Moïse, dans le sillage d'Homère et d'Hésiode, ses premiers débiteurs. Orphée serait le sectateur de Moïse dans son enseignement sur la création. L'antériorité historique et l'ascendant culturel de Moïse sur Homère constituaient l'argument global. Les penseurs chrétiens, à partir du IIe siècle avec Justin, le reprendront à leur compte, le Christ ou Logos venant remplacer Moïse. Vers 150 av. J.-C., l'historien juif Artapanos, suivi par quelques autres, alla même plus loin dans son Traité sur les Juifs. Il comptait des précurseurs au siècle précédent. Il s'intéressa à trois grands héros bibliques dont la carrière a pour scène l'Égypte. D'abord Abraham, qui aurait enseigné à Pharaon l'astronomie – les Babyloniens, les Égyptiens et les Grecs en attribuaient jalousement la primeur à leurs ancêtres respectifs. Ensuite Joseph, le grand vizir, auteur d'une réforme agraire et inventeur du système des mesures. Enfin et surtout Moïse, non pas législateur mais fondateur de la culture égyptienne et père de toute civilisation, identifié même à Orphée et semble-t-il à Thot (ou Hermès), le dieu égyptien de l'écriture et source de la culture, avant tout de l'alphabet.

Ce mouvement de production littéraire des Juifs de langue grecque se trouve traverser les trajectoires multiples de la version grecque des Écritures. Il est aussi riche que divers. Telle ou telle œuvre se détacha de ce lot particulièrement fourni, pour se retrouver, par une voie juive sinon chrétienne, homologuée comme « Écriture ». C'est le cas du livre de la Sagesse, retenu à jamais dans la Bible grecque et classé parfois, provisoirement, dans le Nouveau Testament. Cette onde d'écriture poursuivit un temps son cours dans le christianisme. La diffusion du Nouveau Testament et l'essor de la première littérature patristique, exclusivement en grec, ont entraîné des enrichissements du texte de la Bible. Parallèlement, des œuvres jusqu'alors ignorées ou tenues à l'écart du corps biblique, les livres des Maccabées par exemple, au nombre de quatre dans la Septante (seuls les deux premiers ont été retenus dans la Bible chrétienne, catholique du moins), furent introduits. Et l'on perçoit combien la pertinence des mots « Intertestament » et « intertestamentaire » se trouve vérifiée par cette production diversifiée dont la Bible grecque des Septante s'impose bien comme la matrice ou le ferment.

La Bible hébraïque et sa parenté littéraire

Rappelons que sur la terre nationale de Iouda, plus tard Iudæa, les œuvres que nous disons intertestamentaires se multiplièrent aussi. Grâce aux découvertes de la mer Morte, nous connaissons aujourd'hui des doubles peut-être concurrents, des reprises anthologiques littérairement agencées et doctrinalement régentées d'un ou de plusieurs livres de la Loi et des Prophètes ; sans omettre les enrichissements et broderies, compléments et actualisations des mêmes textes, ni jusqu'aux conversions actualisées de la Loi sous la forme de Règles. La frontière n'est jamais prononcée entre ce qui appartiendrait aux Écritures et le reste ; la notion d'œuvre dérivée et plus encore celle d'apocryphe étaient loin d'avoir cours. On peut ainsi aujourd'hui donner raison à l'historien juif Flaviuancien novice essénien, qui parle de « deux livres » laissés par Ézéchiel et « des livres » écrits par Daniel. Nous disposons là d'un vaste secteur de bibliothèque antique. Le poids de la tradition faisant, on le classe, on l'édite et on l'étudie à part, avec l'ensemble des textes dits de Qumrân. Nous renvoyons donc à la rubrique « manuscrits de la mer Morte ». Non sans présenter un échantillon de cette riche production, témoin insigne des liens de quelque façon organiques entre les deux Testaments. Il s'agit d'une paraphrase du livre de la Genèse dans une forme populaire, écrite dans la langue araméenne de Iouda ou Iudæa. Cette œuvre figurait parmi les tout premiers manuscrits apparus en 1947. Appelée d'abord puis couramment Apocryphe de la Genèse, Histoires de Patriarches convient mieux. C'est un recueil de contes bibliques composé d'un enchaînement de scènes relatives à la vie d'Hénoch, de Lamech, de Noé et d'Abraham. Nous sommes en présence d'un genre mixte. On y voit alterner : des passages qui ne sont guère que la traduction du texte hébraïque à la manière d'un targum[8] rigoureux ; des traditions d'appoint dont la fonction est de servir de médiation à l'interprétation, ce qui relève du midrash[9] ; des éléments nouveaux ou étrangers qui a priori ne s'imposeraient pas, sortes d'illustrations en hors texte. Par endroits, intervient le « je » autobiographique, significatif et récurrent, de l'un ou l'autre personnage. L'une des premières traditions de ces exégèses pour beaucoup romanesques fait état de l'apparence exceptionnelle de Noé à sa naissance, avec l'émoi paternel qui s'ensuivit. L'ingérence de facteurs génitaux non humains paraissait évidente. On savait bien qui est la mère, l'épouse de Lamech, mais il fallait rechercher qui est le père, naturellement parmi des êtres « héroïques » qui échappent pour beaucoup à la condition des hommes. Le récit de l'union des « fils de Dieu » avec les femmes ou « filles des hommes » (Gn 6) était tout indiqué comme solution du problème. Et ainsi on restait dans le cadre, certes élargi et négocié, de l'interprétation ou midrash du texte sacré. Le résultat est populaire. On est en présence d'une sorte de texte avec illustrations, une bande dessinée avant l'heure. On ouvre la voie de l'accès édifiant, et parfois ludique, à l'écrit institué. À l'instar des grandes figures antiques, Jésus-Christ plus que toute autre, le destin d'exception du patriarche Noé tel qu'attesté par le livre de la Genèse implique une naissance non moins d'exception. Or, le texte officiel et l'histoire homologuée comme authentique conservent jalousement leurs droits. Et le rôle des deux géniteurs naturels demeure sauf. Voilà pour une part la problématique herméneutique des Histoires de Patriarches. On s'approche ainsi du genre littéraire de la Vie à l'antique dont, pour leur part et à leur façon, les Évangiles canoniques seront les grands et précoces témoins ; mais on reste ici dans le cadre propre de la culture judaïque.

Arrêtons-nous sur un genre particulier d'écrits auquel l'écriture et l'inspiration du Nouveau Testament doivent beaucoup. Dès les temps les plus anciens, la tradition littéraire chrétienne servit de vecteur et de remparts à un ensemble d'œuvres d'origine juive dont la signature est fictive, « pseudonymique » dit-on. Les Juifs de l'Antiquité pré-chrétienne, puis les chrétiens des premiers temps, cultivèrent en effet l'usage du pseudonyme, sans pour autant en détenir l'exclusivité. La fausse signature[10], c'est celle d'un ancêtre fondateur ou d'un ténor de la nation appelée Israël ; ainsi, Moïse dans le Testament de Moïse, Abraham dans le Testament d'Abraham, Élie dans l'Apocalypse d'Élie, les douze fils de Jacob dans les Testaments des Douze Patriarches. C'est celle aussi d'un protagoniste de la première humanité, Hénoch dans le Livre d'Hénoch, Adam dans le Testament d'Adam, etc. Ces personnages se trouvent mis en scène dans des récits dont ils sont les héros principaux. Ils ne sont plus les agents marquants et prestigieux de l'histoire passée, histoire nationale mais aussi, en amont et en aval, histoire de l'homme et histoire des hommes. Ici et maintenant, ils sont les relais, les médiateurs d'une histoire révélée, celle du monde céleste auquel ils sont censés avoir accès au terme d'une ascension mystérieuse, guidés par des anges : histoire sans histoire, d'où émane la vision ultime de l'achèvement total de la destinée tant des hommes comme tels que de chaque homme en particulier. Cette vision est faite de scènes que le voyageur céleste devenu visionnaire devra décrire aux hommes à son retour sur terre. Elle s'accompagne de leçons divines à transmettre à la société terrestre. Ainsi, celle-ci sera parée pour emprunter l'unique et infaillible chemin qui mène à ce que le fondateur du christianisme, Jésus de Nazareth en personne, désignera comme le « royaume de Dieu ». Les récits de telles scènes assorties de telles leçons sont appelées « apocalypses » du mot grec apokalypsis, « révélation », mot qui ouvre le dernier livre de la Bible chrétienne. La littérature dite « apocalyptique », juive surtout mais aussi chrétienne puisque bien des sections du Nouveau Testament adoptent sa forme et épousent son esprit, est immense. Tous ces écrits ont pour langue originale : l'hébreu – ainsi, le Livre des Jubilés, dès le IIe siècle av. J.-C. qui propose une interprétation radicalement nouvelle du don de la Loi à Moïse ; l'araméen – comme le Livre d'Hénoch, dont certaines sections datent du IIIe siècle av. J.-C., qui prend appui d'abord sur le récit merveilleux de Gn 6 ; et sans doute le grec. Traduits en d'autres idiomes, le grec, le latin, le syriaque, l'éthiopien, le copte, l'arménien et le slavon, c'est par ce canal salvateur qu'ils sont parvenus jusqu'à nous. Certains, ainsi le Livre des Jubilés dans la Bible éthiopienne, ont été homologués à l'instar des livres saints.


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[1] On en jugera par l'ouvrage de la prestigieuse Bibliothèque de la Pléiade intitulé : La Bible. Écrits intertestamentaires, Gallimard, Paris 1987, où l'appartenance protestante des auteurs est dominante.

[2] En 1972, le présent auteur inaugura dans la revue Recherches de science religieuse un Bulletin critique « de littérature intertestamentaire », qui devint, au milieu des années 80, et est toujours : « du judaïsme ancien ». Les éditeurs allemands ont adopté une terminologie plus neutre : Jüdische Schriften aus hellenistisch-römischer Zeit, « Écrits juifs de l'époque hellénistico-romaine ». Récemment, le grand spécialiste A.M. DENIS proposait comme titre de sa dernière et imposante publication : Introduction à la littérature religieuepols, Turnhout 2000).

[3] Ce sont les formules de A. PAUL dans l'article « Testament » de l'Encyclopædia Universalis (repris dans le Dictionnaire de Théologie chrétienne, Encyclopædia Universalis-Albin Michel, Paris,1998, p. 776-779. Du même auteur : Intertestament, Cahier Évangile 14, Le Cerf, Paris 1975.

[4] Publiée avec texte grec, introduction et traduction française par A. PELLETIER : La lettre d'Aristée à Philocrate, Sources chrétiennes n° 89, Le Cerf, Paris 1962.

[5] Fruit de l'inestimable travail de M. HARL et de son équipe, elle est en cours de publication en fascicules séparés aux éditions du Cerf, avec texte grec, amples introductions et notes, et traduction française, sous le titre de : Bible d'Alexandrie.

[6] Publiées aux Éditions du Cerf avec le texte original et une traduction française dans la série Les Œuvres de Philon d'Alexandrie.

[7] Excellemment édité et étudié par V. NIKIPROWETZKY, La Troisième Sibylle, Mouton, La Haye-Paris, 1970.

[8] On appelle targum, au pluriel targumim, les traductions araméennes de la Bible juive.

[9] Ce mot est richement documenté dans les rouleaux de Qumrân.

[10] Les savants anglosaxons, peu enclins à parler de « littérature intertestamentaire », élargissent l'usage de la pseudonymie à ce que leurs homologues latins appellent « Apocryphes de l'Ancien Testament », et ils disent : « Pseudépigraphes de l'Ancien Testament ». L'ensemble du corpus des livres non bibliques a été publié en anglais, en deux gros volumes, sous la responsabilité de J.H. CHARLESWORTH, avec le titre : The Old Testament Pseudepigrapha (Londres, 1983 et 1985).
André Paul
Septembre 2003
 
Bibliographie
La Bible. Écrits intertestamentaires La Bible. Écrits intertestamentaires

Bibliothèque de la Pléïade
Gallimard, Paris, 1987

Testament Testament
André Paul
In Dictionnaire de Théologie chrétienne(Encyclopaedia Universalis)
Albin Michel, Paris, 1998

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