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La dynastie des Mings,
du dynamisme à l'isolement
Jean-Pierre Duteil
Professeur à l'université de Paris VIII

La dynastie des Ming représente aux yeux de l'étranger une période d'éclat de la civilisation chinoise. Mais qui sait que son nom même repose sur un jeu de mots bénéfique puisque ming signifie « lumière » ? Pour les Chinois eux-mêmes, l'avènement des Ming marque surtout la reconquête du pouvoir par les Chinois et la fin de la domination mongole, celle de cette dynastie des Yuan si décriée par l'historiographie impériale. Pour Jean-Pierre Duteil auteur, entre autres ouvrages consacrés à l'Extrême-Orient, de L'Asie aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles (Ophrys, 2001), le dynamisme de cette dynastie – que démontrent son expansion maritime et sa politique de grands travaux – trouvera ses limites quand fonctionnaires pléthoriques et eunuques avides de pouvoir isoleront l'empereur, divinisé par le confucianisme, du pays réel.

La reprise en mains autoritaire sous le fondateur des Ming

Les Mongols n'ont dominé l'ensemble du territoire chinois que durant la seconde moitié du XIIIe siècle ; après 1350, le pouvoir leur échappe de plus en plus. Les historiens officiels ont mis en cause l'origine étrangère de la dynastie, son incurie, son mépris du bien public. Les griefs retenus – rapacité, corruption des fonctionnaires, misère des campagnes – n'ont rien de très original. Il faut ajouter à cela la faveur accordée par les Yuan au clergé lamaïste, et l'inflation due à la monnaie de papier, belle invention dont les conséquences ne pouvaient être mesurées. En tous cas, les Yuan affrontent une crise très grave au milieu du XIVe siècle : elle se termine par l'arrivée des Ming, qui s'insèrent pendant près de trois siècles, de 1368 à 1644, entre deux dynasties étrangères, les Yuan mongols (1271-1358) et les Qing mandchous (1644-1911).

Aux environs de 1340, la Chine du Nord est affamée et sans secours après plusieurs défluviations catastrophiques du fleuve Jaune, qui finit par reprendre son ancien cours en 1336. Une société secrète, les « Turbans rouges », soulève les provinces afin de porter au pouvoir leur chef, incarnation du boddhisatva Maitreya. La misère est profonde en Chine méridionale également mais, là, c'est la piraterie japonaise qui terrorise les populations. En 1357, un chef d'insurgés de la basse-vallée du Yangzi s'empare de Yangzhou, puis de Nankin en 1359. Ce chef local des « Turbans rouges », qui répond au nom de Zhu Yuanzhang, est le fils d'un ouvrier agricole devenu moine bouddhiste avant de devenir une sorte de « seigneur de la guerre ». Après avoir pris le contrôle de la puissante cité de Nankin au débouché du Yangzi, il réussit à expulser les Mongols du Jiangxi, puis du Hubei, entre 1360 et 1362, et continue à les repousser vers le nord. En 1368, il prend Pékin et fonde la dynastie des Ming. L'ancienne Khanbalik des Mongols perd toutefois son statut de capitale au profit de Nankin, et la reconquête totale de la Chine n'est accomplie qu'en 1382.

Le fondateur des Ming a pris le nom de Taizu et son règne, de 1368 à 1398, reste dans l'histoire de la Chine comme l'« ère Hongwu ». Par souci de commodité, les souverains sont désignés généralement sous le nom accolé à leur règne.

Fils de paysan pauvre, Hongwu a constaté les causes de la misère des campagnes, imputables à la guerre sans doute plus qu'aux Mongols, à commencer par l'abandon du système des digues et des canaux dans les bassins du Yangzi et du fleuve Jaune. Pour y remédier, il fait aménager quarante mille réservoirs dans les dernières années du XIVe siècle. Des régions entières se trouvent dépeuplées par la guerre et la famine, et bénéficient d'un transfert de population. Enfin, la région qui entoure la nouvelle capitale, Nankin, fait l'objet d'une politique de reboisement systématique : un milliard d'arbres auraient été plantés durant l'« ère Hongwu », ce qui devait permettre, entre autres, la construction d'une flotte de mer. Ces grands travaux devaient porter leur fruit à long terme ; dans l'immédiat, il faut assurer la rentrée des impôts, tâche difficile dans un pays ruiné. Hongwu met en place une organisation fiscale très rigoureuse, confiant le maintien de l'ordre et la collecte des deniers publics à des groupes de dix familles, responsables de leur circonscription devant le mandarin local. À la fin du règne, dix mille fonctionnaires réussissent ainsi à faire rentrer vingt millions de quintaux de grains, contre une douzaine seulement au temps des Yuan.

Hongwu n'utilise qu'un corps relativement restreint de mandarins ; il préfère s'appuyer sur les élites rurales, reste méfiant vis-à-vis des « lettrés » comme l'avait été Qin Shi Huangdi, le fondateur de l'empire. Son règne n'en est pas moins bureaucratique et il est même à l'origine d'une pression administrative accrue. L'empereur concentre dans ses mains l'essentiel du pouvoir, dirige lui-même les « Six Ministères » des Finances, des Armées, des Travaux publics, des Rites, de la Justice et de la Fonction publique. Les trois premiers doivent contrôler les trois grandes catégories de la société : paysans, soldats et artisans. On en arrive à un étroit corporatisme, car l'hérédité des professions va de pair avec l'assignation à résidence dans un secteur donné : régions frontalières et littorales pour les soldats, régions urbaines pour les artisans, et rurales pour les masses paysannes.

L'empereur commande aussi les « Cinq Armées » et, dès 1382, fait surveiller ses hauts fonctionnaires par les « gardes aux vêtements de brocart », une police secrète aux pouvoirs occultes et étendus. Résolument autoritaire, Hongwu ne supporte pas la contradiction et fait intenter un procès à son ancien compagnon d'armes, Hu Weiyong, procès qui implique quinze mille personnes et aboutit à son exécution. Enfin, depuis 1367, la législation civile et pénale est redéfinie par le très important Code des Ming, qui fixe avec une grande précision les délits et les châtiments. C'est ce code qui fixe les mesures et le poids de la cangue, du serre-doigts, du « bambou lourd » et du « bambou léger ». C'est ce code, repris ensuite par les Qing, qui banalise l'usage des coups de bambou et est à l'origine des réflexions sinophobes de Montesquieu : « C'est le bâton qui gouverne la Chine… ».

Évolution et expansion sous Yongle, 1402-1424

Le général Zhu Di est l'oncle du successeur de Hongwu, le jeune Huidi, qui ne règne que de 1398 à 1402. Après ces quelques années, Zhu Di s'empare de Nankin et décide de régner sous le nom de Chengzu. Il s'agit de l'« ère Yongle », qui contribue au prestige de la dynastie naissante en profitant, il est vrai, des effets de la reconstruction économique.

Yongle a poursuivi également une politique de grands travaux, en particulier la réfection du Grand Canal, de 1411 à 1415 ; accessible aux jonques, il relie Tianjin à Hangzhou en passant par Nankin. L'achèvement de cette voie de communication essentielle entre le nord et le sud de la Chine contribue à rendre possible le choix de Pékin comme capitale. L'empereur s'intéresse également aux productions minières : il réserve les mines à l'État en faisant jouer l'antique monopole du sel et du fer, tout en accordant parfois des concessions aux particuliers. L'étain, le cuivre, l'argent font partie des produits exploités : la production d'argent contrarie d'ailleurs les tentatives que fait Yongle pour imposer l'usage du papier-monnaie, qui continue à se dévaluer. L'administration finit par reconnaître le liang d'argent de trente-six grammes, nouvelle unité monétaire qui détrône le papier dont les émissions s'arrêtent au milieu du XVe siècle ; les Européens connaîtront cette monnaie sous nom malais de taël.

Mais le règne de Yongle reste important pour deux raisons : le transfert de la capitale à Pékin et l'expansion maritime chinoise en direction de l'océan Indien.

Il semble que ce soit surtout l'importance stratégique de Pékin, avant-poste septentrional de la civilisation chinoise abrité derrière la double ligne des Grandes Murailles, qui ait déterminé Yongle à y installer le gouvernement des Ming. Yongle, avant de détrôner son neveu, l'empereur Huidi, avait été le prince de Beijing, la « capitale du Nord » ; désormais Pékin devient la métropole d'un empire gouverné par une dynastie chinoise. Dès 1407 commencent les travaux de construction du palais impérial, tandis que le site de la ville entourée de murailles est déplacé vers le sud, recouvrant une partie de l'ancienne Khanbalik des Yuan. Mais les services administratifs sont très longs à se déplacer de Nankin à Pékin, et la mort de l'empereur, en 1424, interrompt le transfert, qui ne sera véritablement achevé qu'aux environs de 1450.

L'expansion sur mer est particulière à cette dynastie chinoise, la seule qui ait vu la Chine devenir une grande puissance navale. La jonque de haute mer alors utilisée joue alors un peu le même rôle que la caravelle en Occident ; vaisseau robuste et lent, muni de voiles lattées et d'un gouvernail axial, son type a peu évolué au cours du temps, et restera le même jusqu'à la fin des Qing. Les jonques devaient permettre la reprise des relations entre la Chine et les royaumes vassaux, du moins ceux qui peuvent être atteints par mer. Dans l'optique des Ming, il n'y a pas de relations diplomatiques au sens plein du terme : les royaumes voisins sont tributaires et, sous Hongwu, des émissaires du petit royaume hindouisé du Champa, de Siam, de la Corée, des rois de la côte malaise, avaient porté à la cour de Tianzi, le « Fils du Ciel », les cadeaux toujours assimilés à un tribut. En retour, Yongle décide d'envoyer vers ces pays des « ambassadeurs », en fait des fonctionnaires chargés des remerciements. Un eunuque musulman, Zheng He (1371-1434), se voit confier la responsabilité de diriger sept expéditions maritimes vers le Nan Hai, la « mer du Sud », vers les pays d'Asie du Sud-Est et de l'océan Indien. Il atteint des objectifs de plus en plus éloignés : le Champa sur la côte du Vietnam et Java en 1405-1407, Calicut et Ceylan où il dresse des stèles trilingues en 1407-1409, de nouveau la côte de Malabar et Ormuz en 1413-1415, avant l'Arabie et la Somalie en 1417. Les jonques chinoises atteignent les côtes d'Afrique orientale en 1421 et y reviendront en 1431, sous le règne de Xuande (1423-1435). Ce sont des expéditions à caractère « massif », qui évoquent plus celles de Vasco de Gama que de Colomb. Sur des dizaines de jonques, Zheng He embarque jusqu'à vingt mille hommes mais, à la différence des Européens, il ne semble pas chercher les produits précieux. Les résultats sont uniquement d'ordre politique : Zheng He proclame la suzeraineté chinoise sur Java, Calicut, Ceylan, se voit même divinisé en Asie du Sud-Est sous son nom chinois de Sanbiao taijian. Il fournit cependant à l'empereur des « curiosités », comme le fera Jean Mocquet pour Henri IV, et il laisse une relation de son voyage, rédigée par son lieutenant, les « Merveilles des océans », Yingya Shenglan, parue en 1451.

Ombres et faiblesses

Autoritaires mais énergiques, les premiers Ming semblent avoir redressé l'économie de la Chine et développé son rayonnement. Ils sont toutefois à l'origine de maux profonds et durables.

Dès le règne de Hongwu, le fonctionnement normal de l'administration se trouve modifié par le développement du nombre des eunuques, chargés à l'origine du gynécée et, en général, des affaires touchant à la vie privée du souverain. La confiance que leur porte l'empereur leur permet de contrôler aussi les gardes du palais et, par là, d'accéder au rang de mandarins militaires sans avoir été lauréats des concours de recrutement.

Sur le plan institutionnel, les eunuques constituent une anomalie dans la mesure où ils sont amenés à intervenir dans des affaires qui relèvent normalement de fonctionnaires. C'est pour cela que Hongwu avait modifié les institutions en créant pour eux le neige, une sorte de conseil restreint qui peut remplacer celui des mandarins. Le neigeen arrive très vite à contrôler la police secrète, puis la diplomatie ; à ce titre, les eunuques se voient nommés à la tête des ambassades ou des expéditions maritimes. Ils s'enrichissent en percevant les tributs ou des pots-de-vin de royaumes vassaux, et flattent les « épouses secondaires » du souverain, sachant jouer sur les rivalités de famille. Ils s'appuient également sur le clergé bouddhiste et propagent cette religion de salut qui s'oppose au confucianisme des fonctionnaires, évincés et désormais plus accessibles à l'idée de corruption. Après la mort de Yongle, le groupe des eunuques a tendance à s'institutionnaliser : rentrer dans cette catégorie est de plus en plus considéré comme un moyen de réussite pour de jeunes garçons qui ont des capacités mais n'appartiennent pas aux grandes familles lettrées, d'où est issue la plus grande partie des promotions de lauréats des concours. À terme, cette catégorie de serviteurs forme un véritable écran entre la personne de l'empereur et le reste du monde : reçu au palais impérial en 1601, Matteo Ricci ne rencontrera que les eunuques.

Sur le plan des relations internationales, les Ming restent obsédés par les dangers venus du nord, des « peuples de la steppe » qui semblent incarner aux yeux des Chinois d'alors toute forme de barbarie. Les difficultés viennent pourtant du sud : aux XVe et XVIe siècles, les Vietnamiens chassent les gouverneurs chinois et installent à leur place Lê Loi, fondateur des Lê, en 1427 ; les Japonais ravagent les côtes des provinces méridionales par l'intermédiaire des pirates wokou. Les premiers Ming n'en font pas moins porter les principaux efforts sur la construction de Grandes Murailles qui reprennent d'anciens tracés du VIe siècle de notre ère. Les tronçons « extérieurs » de ces remparts, les plus au nord, sont réalisés de la région de Pékin à là de cette muraille, « une des frontières les plus absolues du monde » selon Jacques Gernet, la Mongolie reçoit moins des trois cent cinquante millimètres de pluie indispensables aux récoltes et son seul moyen d'existence reste le pastoralisme nomade. La rudesse du climat et de ce mode d'existence a développé les qualités guerrières des différents peuples de la steppe, Mongols, Mandchous, Tibétains. En 1449, les Mongols, lors d'un raid audacieux effectué malgré la muraille, réussissent à s'emparer de l'empereur Zhengtong (1435-1449). Cet épisode est à l'origine de la seconde ligne de remparts, la Muraille « intérieure », édifiée sous Chenghua (1465-1487). Au total, les Ming ont construit cinq mille kilomètres de fortifications, murs de pierres et de briques couronnés par un long chemin de ronde et dominés, de loin en loin, par des tours-fortins gardées par des soldats. Au XVIe siècle, les Ming tentent de conserver l'intégrité de leur territoire, protégés par des remparts dont l'efficacité n'a jamais été totale et sans doute moindre que celle des digues édifiées à la même époque pour protéger le Zhejiang des pirates. La Grande Muraille a parfois été comparée à la ligne Maginot ; il serait sans doute préférable de la mettre en parallèle avec le limes romain, dissuasif sans être étanche.

L'« ère Wanli », 1573-1619, dernière grande période des Ming

Les Ming ont contribué à figer la personne impériale, tant sur le plan idéologique que par le biais des réalisations administratives et architecturales. La position prise par les eunuques – ils étaient vingt mille à l'avènement de Wanli, en 1573 – conduit les fonctionnaires à imposer de plus en plus le confucianisme, qui suppose l'exaltation de la personne impériale et, en même temps, sa mise à l'écart du pouvoir réel.

On sait que, depuis l'Antiquité, l'empereur est le dépositaire du « mandat céleste », le Tianming. Il est garant de la marche du cosmos et de l'ordre social ; sa seule rectitude maintient le bon ordre et la paix, d'où ces maximes quelque peu fatalistes et très en vogue sous les Ming : « la vertu de l'empereur est comme le vent, le peuple est comme l'herbe ; quand le vent souffle, l'herbe plie ». En fait, le « culte impérial » s'est développé après l'embellissement de Pékin par Yongle et la construction de deux monuments essentiels, le temple du Ciel et l'autel de la Terre. La charge symbolique détenue par l'empereur est particulièrement sensible lors du labourage rituel accompli au début de l'année, lorsque le souverain tient de sa main droite le timon d'une charrue de cérémonie en forme de dragon, devant deux cents paysans et des acteurs figurant les divinités, Vents, Nuages, Pluie et Tonnerre. Lors des cérémonies exceptionnelles, l'empereur était astreint à porter la toque rectangulaire des classiques confucianistes, à douze rangs de perles, avec la veste noire, la robe jaune et les bottillons rouges. Au quotidien, il revêtait au moins sa robe jaune à dragons.

Ce hiératisme compassé contraste étrangement avec l'impression de morne ennui qui se dégage des journées passées dans le palais impérial. Tous les jours, rythmée par les claquements de fouet des censeurs prêts à punir tout manquement au protocole, a lieu l'audience de la cour, face à la salle des cérémonies. Rite immuable, pendant lequel l'empereur ne dit pas grand-chose et n'apprend rien non plus ; le reste de sa journée est consacré à recevoir l'adieu des fonctionnaires qui partent en province ou à la retraite. Le dixième empereur Ming, Zhengde (1505-1521), rompt avec la tradition, s'absente de la capitale et fait même scandale en proposant de tenir l'audience le soir. Son successeur Jiaqing, pendant son long règne (1521-1566), s'acquitte avec soin des affaires publiques et, à la fin de sa vie, s'évade grâce à l'alchimie taoïste.

Les premières années de Wanli sont dominées par la personnalité du Grand Secrétaire Zhang Juzheng, qui gouverne l'État avec l'appui de la police secrète, jusqu'à sa mort en 1582. L'« affaire » qui éclate ensuite montre à quel point le conflit s'était envenimé entre l'empereur et ses fonctionnaires. Wanli aurait sans doute aimé gouverner mais se rend compte qu'il lui est impossible d'intervenir véritablement dans la marche de l'État, s'ennuie et a tendance à gaspiller : la construction de son propre tombeau, un tumulus de deux cents mètres de diamètre, a coûté huit millions de liang. Il fait des dons importants aux princes du sang, seule « noblesse » que connaisse la Chine. Or les membres de la famille impériale, en raison de la polygamie, sont nombreux : vingt-trois mille « nobles » sous Wanli, plus que les vingt mille fonctionnaires titulaires de l'un des trois concours. L'empereur vit confiné dans son palais, n'ose plus en sortir à cause de son obésité : on ne le voit plus guère apparaître en public après 1585, année de mauvaises récoltes où il avait fait des prières au temple du Ciel pour demander la pluie. Esprit ouvert et curieux, Wanli est fort intrigué par les descriptions que lui font ses eunuques, en 1601, d'un lettré venu de l'ouest et porteur de surprenants cadeaux. Le père jésuite Matteo Ricci a réussi, après un long séjour à Macao, à pénétrer en Chine en se mêlant à la foule des marchands qui fréquentent les foires de Canton. Il a réussi à s'installer légalement dans l'empire, a fondé une résidence à Nankin, puis est remonté vers le nord dans le but de convertir l'empereur, ou du moins son entourage. Les eunuques s'opposent à une entrevue entre les deux hommes et c'est donc à eux que Ricci présente ses livres, ses peintures à l'huile, ses cartes géographiques et surtout ses horloges. Les eunuques apprennent à les remonter, à les nettoyer et éventuellement à les réparer : ces objets fascinent l'empereur et Ricci obtient le droit d'aller et venir dans le palais, mais sans jamais avoir la possibilité de rencontrer Wanli. L'empereur se trouve donc absent de la confrontation avec l'Occident, alors que la Chine voit se développer des productions artisanales de haute qualité, symbolisées par les filatures de Songjiang ou les fours à porcelaine de Jingdezhen.

La dynastie des Ming allait être emportée en 1644, un peu plus de vingt ans après la mort de Wanli. L'un des gros problèmes de la Chine est alors l'endettement des campagnes, due au fait que depuis Hongwu s'était développée une catégorie de paysans assez fortunés pour faire office de prêteurs, à une époque où l'on recherche avidement la monnaie d'argent. Cet endettement, devenu chronique sous Wanli, est à l'origine d'un soulèvement général qui éclate en 1627-1628. Or les troubles intérieurs de la Chine sont suivis avec intérêt par une puissance en plein développement, celle des Jürchen, tribus cousines des Mongols et sédentarisées dans la région de Gehol, au nord de Pékin. Depuis 1601, les tribus Jürchen, rassemblées autour de Nurhaci, se désignent comme « mandchoues » et s'organisent en « bannières » militaires qui se distinguent par la couleur de leurs drapeaux. En 1621, Nurhaci s'empare de Shenyang, la rebaptise Mukden et y installe sa capitale. Les Mandchous suivent de près l'insurrection de 1627, puis la sécession des provinces du Nord et du Nord-Ouest : un chef militaire qui soutient la révolte, Li Zicheng, est assez puissant en 1644 pour assiéger Pékin. Le dernier des Ming, Chongzhen, se suicide au Nord du palais impérial. Mais la victoire de Li Zicheng allait être de courte durée et, après quelques rebondissements, la ville tombe aux mains des Mandchous dont le khan Abahai a adopté depuis 1636 le titre dynastique de Qing.

Jean-Pierre Duteil
Mai 2002
 
Bibliographie
Le Monde chinois Le Monde chinois
Jacques Gernet
Armand Colin, Paris, 1999

1587 : Le Déclin de la dynastie des Ming 1587 : Le Déclin de la dynastie des Ming
Ray Huang
PUF, Paris, 1985

Histoire de l’expédition chrétienne au royaume de la Chine(réédition de la version française de 1617) Histoire de l’expédition chrétienne au royaume de la Chine(réédition de la version française de 1617)
M. Ricci et N. Trigault
Desclée de Brouwer, Paris, 1978

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