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La Corée,"Pays du matin clair et frais"
Emmanuelle Grisez

Diplômée de l'INALCO, accompagne des voyages Clio depuis 1999.

La Corée – ou doit-on dire les Corées ? – a été au cœur de l'actualité de l'année 2000 : première rencontre officielle entre les présidents de Corée du Nord, Kim Jong II, et du Sud, Kim Dae Jung ; retrouvailles de trois jours pour des familles séparées depuis cinquante ans ; espoir de signature d'une paix définitive, on ose même imaginer une possible réunification... En octobre, les efforts d'ouverture du président sud-coréen ont été récompensés par le prix Nobel de la paix. Chez les Occidentaux, la Corée n'évoque que de très rares souvenirs historiques : la guerre, les manifestations étudiantes des années 80 et les Jeux olympiques de Séoul. Pourtant, la Corée moderne est le fruit d'une histoire longue et mouvementée.


Une origine sibérienne et non pas chinoise...


En 2333 avant notre ère, Hwan-ung, fils du dieu du ciel, descendit sur terre, sur les monts Taebaek. Il y rencontra une tigresse et une ourse qui vivaient dans une caverne. Celles-ci l'implorèrent de leur donner forme humaine. À l'issue d'une épreuve de cent jours qu'elle fut seule à réussir, l'ourse fut transformée en femme. Elle épousa Hwan-ung et lui donna un fils, Tan-gun, le premier Coréen. La présence de l'ours dans leur mythe fondateur rappelle l'origine sibérienne des premières populations coréennes. Les fouilles les plus récentes valident cette hypothèse puisqu'elles ont permis d'exhumer des poteries du Néolithique et de l'âge du bronze (Xe siècle av. J.-C.) apparentées à celles de Sibérie. Nomades sibériens de la région du fleuve Amour, Toungouses et Yemaek de Mandchourie ont progressivement pris possession de la péninsule coréenne. La Corée partage ainsi avec l'ensemble des peuples eurasiatiques une tradition de sépultures surmontées de dolmens, alors que ces mégalithes sont totalement absents de Chine. De même, la langue coréenne n'est pas une langue chinoise mais appartient à la famille ouralo-altaïque.


Domination chinoise et Corée ancienne


Les premières formes d'organisation politique apparaissent au nord de la Corée, dans le Liaodong – région de l'actuelle Mandchourie. La zone d'expansion maximale des tribus coréennes n'a jamais dépassé les bords du fleuve Liao. Cependant, le fleuve Yalu forme la frontière « traditionnelle » entre les territoires chinois et la péninsule coréenne. Aux contacts de la civilisation chinoise, certaines tribus nomades installées dans le nord de la Corée acquièrent les techniques de la métallurgie du fer, alors que le bronze était déjà en usage parmi les peuples sibériens. L'âge du fer (IVe siècle av. J.-C.) constitue une période charnière pour la sédentarisation, l'adoption de l'agriculture et l'unification progressive des tribus du nord de la péninsule. Une chronique chinoise de cette époque fait mention pour la première fois du pays de « Chaoxian ». Prononcé à la coréenne, ce toponyme correspond à Choson, « Pays du matin clair et frais », la Corée – l'expression « Pays du matin calme » étant une erreur de traduction due aux missionnaires européens du XIXe siècle.


À partir du IIIe siècle av. J.-C., la Chine est menacée par les invasions des Xiong Nu, peuple nomade scytho-sibérien contre lequel l'empereur Qin ordonne la construction de la Grande Muraille. Les tribus du nord de la Corée entament leur expansion vers le sud de la péninsule en s'alliant avec les Xiong Nu contre les armées chinoises. Pour protéger sa frontière est, l'empereur Wu lance une grande offensive en 109-108 av. J.-C., la Chine s'empare du nord de la Corée et y crée cinq commanderies. Mais les Chinois ont du mal à maintenir longtemps ces postes armés avancés. Seule Lolang, dans le bassin du fleuve Taedong – non loin de l'actuelle Pyongyang –, joue un rôle majeur puisqu'elle assure un contrôle chinois sur la région pendant quatre cents ans, de 108 av. J.-C. à 314 ap. J.-C. Cette commanderie fournit aux Coréens un modèle d'organisation administrative. Des colons chinois viennent s'y installer, ce qui permet la diffusion de leur culture auprès des tribus coréennes, notamment de l'écriture chinoise et de la pensée confucianiste. Simultanément, les tribus locales se fédèrent contre la domination chinoise. Le premier royaume coréen de Koguryo aurait été fondé en 37 av. J.-C. au nord-est de Lolang, entre les fleuves Yalu et Tumen : il menace directement la commanderie et coupe ses routes commerciales avec la Chine. Deux autres royaumes se forment à peu près à la même époque : Paekche (18 av. J.-C.) au sud-ouest (autour de Kyongju) et Silla au sud-est.


Les trois royaumes (Ier siècle av. J.-C. – 668 ap. J.-C.) et l'introduction du bouddhisme


Pendant six siècles, les conflits et les retournements d'alliance se succèdent, car chacun des trois royaumes tente de prendre l'ascendant sur les autres. Les voisins de la Corée sont partie prenante dans ces conflits. Alors que les luttes avec la Chine affaiblissent le royaume de Koguryo, Paekche et Silla se renforcent en traitant avec l'empire du Milieu. Paekche entretient surtout de bons rapports avec le royaume japonais des Wa et les utilise contre Silla. Les Trois Royaumes s'inspirent du modèle chinois pour organiser leur administration. Au cours du VIIe siècle, Silla s'unit avec la Chine des Tang et s'empare successivement des royaumes de Paekche et de Koguryo. Une fois parvenu à ses fins en 676, Silla se rapproche de ses anciens ennemis pour obliger les Chinois à quitter la Corée. Une forme d'identité commune coréenne voit alors le jour malgré les rivalités. Elle permet de chasser les troupes chinoises et d'unifier le pays sous l'autorité de Silla. L'intense activité politique et militaire de l'époque donne également lieu à un important brassage culturel. Dans le cadre de relations diplomatiques avec la Chine, les Trois Royaumes entrent en contact avec des moines bouddhistes chinois. C'est l'un d'eux, Sundo, qui en 372 fait adopter le bouddhisme par la cour de Koguryo. En 384, un autre convertit le royaume de Paekche. Grâce aux bonnes relations entre Paekche et le Japon, des moines bouddhistes coréens introduisent cette religion dans l'archipel nippon en 550. Le bouddhisme japonais connu sous le nom de zen provient de la branche coréenne sôn.


L'âge d'or de Silla unifié (668-918)


La diffusion du bouddhisme parmi les élites a contribué à favoriser l'unification de la société coréenne à l'époque du royaume de Silla. Religion officielle, le bouddhisme se superpose aux croyances chamanistes de la population, héritage de son origine nomade. Religion officielle, le bouddhisme se superpose aux croyances chamanistes de la population, héritage de son origine nomade. Venu de Chine, le confucianisme – qui n'est pas réellement une religion, mais plutôt un ensemble de principes philosophiques et moraux régissant l'homme et l'organisation de la société – se diffuse également parmi les lettrés de la cour de Silla. Pendant deux siècles, la Corée connaît une période de prospérité et de paix, obtenue grâce au versement à la Chine d'un tribut, symbole de sa vassalité. La capitale, Kyongju, établie dans le sud du pays, devient un centre artistique important avec la construction de temples (Pulguksa) et de palais. Les artisans développent une extraordinaire maîtrise de la technique du céladon, et les céramiques coréennes sont exportées en Chine et au Japon. Le pays est divisé en provinces administrées par des « fonctionnaires » – originaires des grandes familles du royaume – qui tirent leurs revenus des terres qui leur sont attribuées et des impôts sur la paysannerie. Les révoltes et les luttes de clans se multiplient à partir du VIIIe siècle. En 918, le pouvoir royal est très affaibli et incapable de résister aux invasions des Khitans, peuplade turque venue des steppes sibériennes. Le général Wang Kon repousse partiellement les envahisseurs et monte sur le trône. Devenu roi sous le nom de Taejo, il fonde la nouvelle dynastie de Koryo.


L'époque de Koryo et les invasions mongoles (918 – 1392)


Cette époque est marquée par les invasions successives des tribus turco-mongoles qui dévastent le pays. Après les Khitans et les Jurchets, la Corée doit affronter les Mongols de Gengis Khan qui se sont emparés du trône chinois au début du XIIIe siècle. Dans un premier temps, les Mongols aident le royaume coréen à se débarrasser des Khitans, mais le prix exigé en échange est très lourd. Les relations s'enveniment et, en 1231, les Mongols envahissent la Corée. Les périodes de combats et de redditions se succèdent pendant plus de trente ans. Malgré quelques actes héroïques, en particulier de la part des moines bouddhistes, les Coréens ne peuvent faire face à la supériorité de la cavalerie mongole. Dès le début de l'invasion, la Cour a quitté la capitale pour se réfugier dans l'île de Kanghwa. Les Coréens sont humiliés, le peuple se révolte plusieurs fois contre l'occupant et l'incurie de ses propres généraux. La quatrième invasion mongole de 1254 est particulièrement dévastatrice. En signe de soumission totale, le roi Kojong envoie son fils comme otage à la cour de Pékin. En 1259, la domination mongole sur la Corée est définitivement assurée. De 1274 à 1300, les Mongols transforment l'île de Chejudo – l'île la plus grande et la plus au sud – en un immense élevage pour leurs chevaux. De plus, la Corée doit leur servir de base avancée pour conquérir le Japon et, entre 1274 et 1281, elle est mise lourdement à contribution pour fournir hommes, navires et approvisionnement lors des expéditions mongoles. Les rois coréens sont totalement asservis aux Mongols qui favorisent les mariages mixtes afin de créer une nouvelle aristocratie dominante. En mettant fin à la domination mongole sur la Chine, les Ming permettent aux Coréens de retrouver leur indépendance : un général coréen allié aux Ming, Yi Song-gye, s'empare du pouvoir en 1392 et fonde le royaume de Choson. En échange du versement d'un tribut, les Ming rendent leur autonomie aux Coréens.


Le royaume de Choson (1392 – 1910)


Ce royaume, dirigé par la dynastie des Yi (du nom du fondateur), a façonné la Corée moderne. Pour rompre avec l'ancien régime, Yi Song-gye fait construire une nouvelle capitale, Séoul. Le XVe siècle s'ouvre sur une période de profonde réorganisation administrative et de remise en ordre après les invasions mongoles. Plusieurs souverains énergiques luttent contre la noblesse corrompue de Koryo et contre les institutions bouddhiques dont l'influence politique et la richesse étaient devenues très importantes. Pour contrer la puissance des moines, la nouvelle dynastie favorise l'avènement de la pensée néoconfucianiste qui va désormais imprimer sa marque à la société coréenne. Les souverains de Koryo avaient déjà privilégié le remplacement de l'ancienne noblesse guerrière par une élite de lettrés. En effet, une réforme des concours administratifs, calqués sur le modèle chinois, avait permis l'émergence d'une nouvelle noblesse, formée dans les écoles confucéennes. Sous le royaume de Choson, la classe des lettrés, les Yangban, évince définitivement les autres catégories. Le roi Sejong (1418-1450), le « roi soleil » de la Corée remodèle tout le pays. En 1446, il crée de toutes pièces un alphabet coréen, le Hangul, plus adapté à la prononciation coréenne que les caractères chinois et beaucoup plus facile à apprendre.


L'amiral Yi Sun Sin est le deuxième héros du royaume de Choson. Par deux fois, en 1592 et 1597, il repousse l'invasion japonaise d'Hideyoshi. Inventeur du premier cuirassé de l'histoire, « le bateau-tortue », il oblige les Japonais à abandonner leur conquête en coulant leurs navires. Les Japonais ont dévasté le pays et emmené avec eux les meilleurs artisans coréens. À la fin du XVIIe siècle, la Corée comptait environ cinq millions d'habitants. Entre les XVIIIe et le XIXe siècles, sa population se stabilise autour de sept millions ; malgré un taux de natalité important, la mortalité reste très élevée et limite l'expansion démographique.


Mis à part les invasions et les guerres, un climat rigoureux et un relief très montagneux ont toujours rendu difficile la vie en Corée. À partir du XVIIIe siècle, elle devient le « Royaume ermite » : elle se ferme totalement aux étrangers et veut se protéger des invasions en se cachant du reste du monde. Des missionnaires catholiques présents en Chine tentent de s'y installer mais, comme au Japon ou en Chine, ils finissent massacrés. Cependant le catholicisme attire les couches les plus populaires, opprimées par le carcan de la société confucianiste. Aujourd'hui, la Corée compte près de 25 % de chrétiens.


Domination japonaise (1910 – 1945) et guerre de Corée


À la fin du XIXe siècle, la Corée attire une nouvelle fois les convoitises d'un Japon en pleine modernisation. Les Occidentaux, en train de se partager la Chine, l'abandonnent volontiers à l'appétit nippon. En 1910, le roi est contraint de signer un traité d'annexion et la Corée devient partie intégrante de l'Empire japonais. Une nouvelle époque terrible commence alors. Pendant trente-cinq ans, les Japonais vont s'ingénier à détruire l'identité coréenne, provoquant une haine farouche dans la population. L'usage de la langue coréenne est interdit, les Coréens doivent approvisionner le Japon et 160 000 Coréennes sont enlevées pour être livrées à la prostitution. Le traumatisme est immense ; en 1995, les rescapées attendaient toujours des excuses officielles de la part du gouvernement japonais.


La capitulation du Japon le 15 août 1945 est vécue comme une fête sans précédent. Cependant, les épreuves sont loin d'être finies pour la Corée. Après la capitulation allemande, Staline avait promis aux Américains de soulager leur front asiatique en entrant en guerre contre les Japonais. En août 1945, les Soviétiques ont pénétré dans le nord de la Corée tandis que les Américains débarquaient au sud. Il est prévu que les Japonais signent la capitulation avec chacun des alliés, de part et d'autre du 38e parallèle. Quelques mois plus tard, alors que le territoire coréen est toujours sous administration internationale, la détérioration du climat entre les grandes puissances transforme une ligne imaginaire en une frontière infranchissable. Après des élections libres organisées par les Américains dans le sud, la République de Corée du Sud est proclamée en août 1948. En réaction, une République démocratique populaire est proclamée au nord. Le 25 avril 1950, des troupes nord-coréennes franchissent le 38e parallèle. La Corée devient alors l'épicentre de l'affrontement est-ouest. Pour les Américains, Russes, Chinois, Français, Canadiens, Britanniques qui y participent, cette guerre est terrible et marque un « retour à la case départ » autour du 38e parallèle. Pour les Coréens, après trois ans de lutte fratricide, c'est une déchirure qui laisse les deux côtés ruinés et dévastés.


Nouvelle organisation économique, élections démocratiques, ouverture sur l'extérieur, contestation accrue contre la présence des troupes américaines alors que la menace nordiste diminue : la Corée du Sud subit aujourd'hui de profondes transformations. En ces débuts de XXIe siècle, les Coréens vivent des années charnières qui sont en train, une nouvelle fois, de modifier profondément leur société et leur pays. La crise économique asiatique de 1997-1998 ne les a pas épargnés. Si la persévérance et l'acharnement qui les caractérisent ont permis aux Sud-Coréens de renouer dès 2000 avec la croissance, le pays n'en sort pas indemne. Grâce à une organisation reposant sur les chaebols – la traduction approximative de chaebol est conglomérat ; il s'agit des groupes Daewoo, Hyundai, Samsung et LG qui couvrent tous les secteurs de l'économie coréenne –, la Corée du Sud est passée en trente ans du stade de pays misérable, au même niveau de développement que le Cameroun en 1955, à celui de premier « Dragon d'Asie », reçu, en 1996, à l'OCDE qui rassemble les vingt pays les plus riches de la planète. Cependant, la crise a révélé la fragilité de ce système économique et contribue à remettre en cause le néoconfucianisme qui en assurait la cohésion sociale. Les chaebols sont en faillite et totalement discrédités. Les valeurs qui ont fondé l'identité coréenne et assuré sa survie sont remises en cause par les nouvelles générations et la mondialisation. Évoluer, tout en préservant l'héritage historique qui assure sa spécificité, constitue le défi majeur auquel est confrontée l'actuelle société coréenne.

Emmanuelle Grisez
Octobre 2005
 
Bibliographie
Histoire de la Corée Histoire de la Corée
André Fabre
L’Asiathèque, Paris, 2000

La Corée, chamanes, montagnes et gratte-ciel La Corée, chamanes, montagnes et gratte-ciel
Juliette Morillot
Autrement, Paris, 1998

La Corée La Corée
Claude Balaize, Jin-Mieung Li, Ogg Li, Marc Orange
Que sais-je ?
PUF, Paris, 1991

Chine, Japon, Corée Chine, Japon, Corée
Sous la direction de Pierre Gentelle, Philippe Pelletier
Géographie Universelle
Belin Reclus, Paris, 1994

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