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La civilisation de Great Zimbabwe
Bernard Lugan
Maître de conférence à l'université de Lyon III
Directeur-éditeur de la revue L'Afrique réelle
Expert auprès du tribunal pénal international pour le Rwanda (ONU)

Le mystère et les légendes ont associé les murs et constructions du « Grand Zimbabwe » aux Égyptiens, à Salomon et à la reine de Saba, aux Phéniciens ou aux Arabes, et même aux extraterrestres. Nombre d'autodidactes ou de voyageurs romantiques ont laissé libre cours à leur imagination dans des ouvrages à succès, en des visions romanesques et peu scientifiques. Aujourd'hui, bien des mystères ont été dissipés par les archéologues et les linguistes, et Bernard Lugan fait pour nous le point à la lumière des dernières découvertes.

 Les ruines de Zimbabwe ont longtemps hanté les imaginations. Évoquées pour la première fois par le missionnaire allemand A. Mérensky de la Mission évangélique de Berlin, elles furent révélées par un autre Allemand, le géologue Karl Mauch, celui-là même qui, en 1866, découvrit les premières mines d'or en Afrique du Sud.

Un site majestueux, fouillé à la fin du XIXe siècle

Le site est situé à vingt-cinq kilomètres au sud-est de Masvingo, l'ancien Fort Victoria, et couvre vingt-quatre hectares dans un paysage de savane arbustive aujourd'hui parc national. C'est par dizaines que des ruines de pierres, certes moins imposantes que celles de Zimbabwe ou de Mapungunwe, ont été découvertes, identifiées et répertoriées dans la région comprise entre Zambèze et Limpopo qui déborde sur quatre États modernes : le Zimbabwe, le Mozambique, le Malawi et la Zambie. Elles permettent de mesurer l'influence qu'eut le « Grand Zimbabwe », centré sur le pays Shona, le Mashonaland de la littérature coloniale. Le nom même de Zimbabwe est d'ailleurs shona et, dans sa signification ancienne, il équivaut à « cour du roi ».

Ces ruines sont essentiellement des restes d'enclos faits de murs ou de murets de pierres, à la manière du plan généralisé à toute l'Afrique australe des kraals que l'on retrouve chez les Shona ou chez les Zoulous. Tous furent construits et occupés entre le début du XIVe et la fin du XVe siècle.

Les premières fouilles furent réalisées dans les années 1890-1894 par Théodore Bent et son épouse, accompagnés d'un topographe, R. M. Swan. Le débroussaillage et les excavations faites avec les techniques de l'époque provoquèrent bien des destructions mais permirent également les premières découvertes, telles les célèbres sculptures connues sous le nom d'Oiseaux de Zimbabwe.

De loin, la première image qui s'offre aux yeux du voyageur est difficile à saisir car « Grand Zimbabwe » apparaît d'abord comme un mur, comme une imposante muraille ceignant le sommet d'une colline et se confondant avec la roche. Puis, au fur et à mesure que l'on s'en approche, la majesté du lieu apparaît.

Le site ne manque en effet pas d'allure. Dominé par l'Acropole, il se compose de blocs de granit reliés les uns aux autres ou même raccordés par des murs formant de petits couloirs et de multiples petits enclos ou kraals. Le plus vaste d'entre eux est celui de la partie la plus occidentale. Les ruines situées sur la colline de Zimbabwe dominent de presque quatre-vingts mètres la savane environnante. Elles ne constituent qu'une petite partie d'un vaste ensemble composé de murs en ruine d'une part, et d'un édifice de taille impressionnante, aux murs énormes, l'Acropole (Acropolis Hills) qui domine le Grand Enclos (Great Enclosure).

Deux grandes phases d'occupation

D'abord, durant des millénaires, des chasseurs-cueilleurs du dernier âge de la pierre fréquentèrent le site. Dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, une nouvelle population, probablement bantuphone, s'installa dans la région de Zimbabwe. Certains parmi ces immigrants élevaient des moutons et semblaient maîtriser la technologie du fer. Les chasseurs-cueilleurs Khoisan, qui étaient d'excellents peintres, les représentèrent sur nombre de parois rocheuses. Ces nouveaux venus fabriquaient des poteries, dites du « premier âge du fer », qui font partie du vaste ensemble culturel est-africain, mais ils ne construisaient pas avec des pierres.

Puis, vers les Xe-XIe siècles, ces populations qui occupaient une vaste zone comprise entre le Zambèze au nord et le Limpopo au sud semblent avoir été remplacées. Les nouveaux venus construisaient des huttes de boue séchée et de pisé, le banco, étaient éleveurs de bovins et exploitaient l'or et le cuivre sur une vaste échelle, puisque près de cent mille exploitations minières ont été identifiées. Ce sont les ancêtres de la civilisation de Zimbabwe.

Cette période, dite du « deuxième âge du fer », marque le début des contacts avec les établissements arabes de la côte de l'océan Indien, car des perles de verre d'origine asiatique ont été mises au jour dans les niveaux archéologiques qui lui correspondent. Cette phase qui s'étend jusqu'à la fin du XVe siècle est la principale période d'occupation de Zimbabwe.

C'est durant la seconde partie de cette période, vers la fin du XIIe siècle, que les premières constructions en pierres de granit apparaissent, mais aucun mur n'est cependant érigé avant le XIIIe siècle. Ces constructions semblent avoir été faites dans la vallée dominée par l'Acropole entre la fin du XIIIe siècle et le début du XIVe. Quant au Grand Enclos, caractérisé par ses murs massifs, il fut érigé petit à petit, et cela probablement à partir du début du XVe siècle. Il s'agit d'un mur d'enceinte d'une hauteur moyenne de sept mètres trente avec une épaisseur de cinq mètres cinquante à la base et de trois mètres soixante à un mètre trente au sommet. Cette construction impressionnante est décorée sur plus de cinquante mètres par un motif à chevrons.

À l'intérieur de cette enceinte, un autre mur, dont la finalité est inconnue, est demeuré inachevé. Il constitue une sorte d'étroit couloir conduisant à une grande tour conique dont on ignore la signification et qui domine le Grand Enclos. Ce dernier est lui-même divisé en plusieurs petits enclos, à la manière des kraals traditionnels des éleveurs shonas ou zoulous. Cet immense édifice était probablement la demeure des souverains du « Grand Zimbabwe ».

Un État puissant aux XIVe et XVe siècles

Les fouilles entreprises dans cette enceinte ont permis de mettre au jour un matériel archéologique composé de bijoux en or, d'objets en cuivre, ainsi que de grandes quantités de perles provenant d'Extrême-Orient et datées du XIVe siècle.

À cette époque, le « Grand Zimbabwe » est donc un centre politique et commercial important, et la prospérité des ports arabo-swahili de Kiloa et de Sofala sur le littoral de l'océan Indien dépend très directement de ses activités, principalement des extractions d'or.

Vers 1300 un État puissant, dont « Great Zimbabwe » paraît avoir été le centre dominait donc la région. À la fois lieu de culte, résidence des rois et kraal pour le bétail, « Great Zimbabwe » est situé au cœur d'une zone peuplée et même d'une concentration de population, ce qui eut des conséquences écologiques importantes comme le surpâturage, l'épuisement des sols et la dégradation de l'environnement.

Quand, au XVIe siècle, les Portugais s'installent sur le littoral africain de l'océan indien, Zimbabwe est entré en décadence. Archéologiquement parlant, on peut même dire que le site commence à être abandonné vers la fin du XVe siècle quand le cœur politique et économique de la région semble glisser vers le sud et l'ouest, au moment où le puissant clan Rozwi devient dominant.

Apparaît alors un nouveau souverain qui porte le titre de Mwene Mutapa – littéralement, « le maître du pillage » – et donne son nom au royaume de Monomotapa, dont le premier souverain fut Mutota. Son fils et successeur, Mutope, déplace la capitale du royaume vers le nord, loin de « Grand Zimbabwe ». Ensuite, vers 1490, la dislocation territoriale s'accentue.

Bientôt, il ne reste plus au Monomotapa qu'un territoire tout en longueur, suivant le Zambèze jusqu'à l'océan Indien. À partir du XVIe siècle, les Portugais en feront une sorte de protectorat. Le coup de grâce sera donné au royaume shona par les Ndebela. À la fin de 1831, leur chef, Mzilikazi, entreprend en effet la conquête de la région et s'installe dans le sud de l'actuel Zimbabwe où il fonde Bulawayo, qui devient sa capitale.

Bernard Lugan
Juin 2000
 
Bibliographie
Great Zimbabwe Great Zimbabwe
Garlake, P.S.
X, Londres, 1973

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